En quoi le privilège blanc touche-t-il au religieux ? Pour répondre à cette question, il est nécessaire de dissoudre le vernis rutilant de ce concept fraîchement sorti des usines à ressentiment américaines pour voir l’habile mécanisme que cette arme renferme.

Le concept de privilège blanc est né aux États-Unis sous la plume Peggy McIntosh, une riche aristocrate universitaire blanche, qui décrit dans un article publié en 1989 les 26 fois où son statut de Blanche lui aurait ouvert des portes dans la vie. Extrapolant sa situation sociale personnelle très privilégiée et sa mauvaise conscience de classe, elle en conclut purement et simplement que l’ensemble des Blancs habitant dans les pays occidentaux vivent comme elle et bénéficient des mêmes privilèges, qu’ils soient sociaux, politiques, économiques, contrairement aux personnes non blanches vivant dans le même pays et dans le même contexte.

Ces privilèges peuvent être implicites, ils correspondent alors à toute une série d’avantages souvent inconscients et indirects, dont le Blanc bénéficierait, sans même s’en rendre compte. Ces privilèges sont la conséquence d’un racisme inconscient et diffus, profondément ancré dans l’imaginaire de la société. On peut donc être un Blanc farouchement opposé à toute forme de racisme et bénéficier d’un certain nombre de privilèges, sans même s’en rendre compte.

Ainsi, du seul fait de sa couleur de peau, le Blanc est malgré lui le relais et le profiteur d’une injustice dont sont victimes les minorités. Naître blanc, c’est naître coupable, naître blanc, c’est une responsabilité sans faute, naître blanc c’est une honte. Du privilège à la mauvaise conscience, le White Privilege suppose le White Shame. La frontière vient d’être franchie, et le problème social de devenir religieux. Naître blanc, c’est le nouveau péché originel.

La réactivation du péché originel et du sentiment de culpabilité qu’il provoque, voilà ce qui se cache derrière la théorie du privilège blanc et qui explique son succès. Mais comment expliquer une telle repentance chez des Blancs qui ne sont ni racistes et n’ont jamais participé à la colonisation ?

Parce que le péché originel touche au cœur de l’inconscient culturel de la civilisation occidentale. Le bobo blanc parisien, abreuvé au biberon relativiste et déconstructiviste aura beau être athée, il gardera au plus profond de son inconscient des réflexes de pensée issus de la morale judéo-chrétienne avec, au cœur de celle-ci, le péché originel. Décorrélée de son contexte spirituel et religieux, cette faute originelle se retrouve aujourd’hui catapultée dans le monde postmoderne sur un nouvel objet, cette fois-ci purement matériel : la couleur de peau. La nouvelle pomme d’Adam, c’est la colonisation.

Mais cette culpabilité intrinsèque du Blanc est une croyance. Si la religion relève de la foi, le concept de privilège blanc se prétend beaucoup plus objectif, mesurable et quantifiable. Or, la thèse qu’il avance est indémontrable. L’homme blanc ne pourra jamais vérifier la véracité de ses privilèges car leur existence repose précisément sur le ressenti subjectif et partial des minorités opprimées auquel il n’aura jamais accès… en raison de sa couleur de peau ! Non seulement ce raisonnement est profondément raciste, puisqu’il stigmatise une couleur de peau, mais il est également circulaire. La boucle est bouclée, l’homme blanc est coincé, la pomme vient d’être croquée, le voilà piégé.

Piégé ? Oui, car il s’agit bien d’un piège. En effet, parmi ceux qui exigent le pardon, tous ne sont pas là pour réclamer justice, certains sont là pour semer la discorde et prendre le pouvoir. C’est là toute l’ambiguïté, l’opportunisme et la mauvaise foi présents chez certaines personnes qui défilent sous la bannière Black Lives Matter, mouvement réussissant l’exploit d’amalgamer en un seul symbole, ô combien fédérateur, trois sens radicalement différents.

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