Depuis quelques années, les instances du ministère de l’Éducation nationale prônent l’enseignement numérique comme la réponse aux nombreux problèmes du système éducatif. À l’ère du Covid-19, fermeture de tous les établissements scolaires oblige, l’Éducation nationale passe le test obligatoire de l’enseignement numérisé à travers tout le territoire. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les premiers résultats se révèlent pour l’instant plus qu’insatisfaisants.

Dans cet exercice, les enseignants se retrouvent, une fois de plus, livrés à eux-mêmes. Excepté quelques amorces de cours numérisés dans les établissements les plus innovants, de nombreux professeurs du premier et du second degré n’avaient jamais été préparés à l’enseignement à distance. Pour ceux-là, notamment, la situation se révèle bien plus délicate que l’on ne peut le soupçonner : plates-formes pédagogiques saturées et difficilement consultables, accès inégal au numérique selon les familles – et donc les élèves -, classes numérisées avec de nombreux élèves virtuellement absents, etc.

Nombreux sont les enseignants qui s’interrogent sur la validité de cet enseignement à distance, improvisé tant dans l’approche pédagogique que dans l’évaluation des connaissances acquises. Comment s’assurer que l’élève compose sans aide parentale ? Comment évaluer les acquis de l’apprenant sans jamais encadrer matériellement le travail de ce dernier ? Des interrogations qui nécessitent des réponses concrètes du ministère, à l’approche des examens nationaux. L’égalité de traitement des élèves se veut un des principaux gages de réussite de notre système éducatif. Or, en l’état, la notion d’équité entre les élèves semble plus que jamais menacée.

Et quand certains professeurs du second degré interrogent les inspecteurs académiques sur des approches d’enseignement à distance, ces derniers les orientent vers des sites de youtubeurs étiquetés pédagogues censés pouvoir les guider. Comme s’il suffisait de regarder une vidéo de blogueur (aussi qualifié soit-il) pour acquérir et mobiliser des savoirs et des savoir-faire pédagogiques…

Quant à l’accompagnement des parents, ce n’est guère mieux. Pour exemple, le site institutionnel de la direction générale de l’enseignement scolaire du ministère invite simplement les familles en difficulté à prendre contact auprès du chef d’établissement de leur(s) enfant(s). Les autres, celles qui ont la chance de bénéficier d’un accès au numérique, doivent se contenter d’un lien vers le Centre national d’enseignement à distance (CNED). Quant aux enseignants, ils peuvent se référer à l’outil habituel d’Éduscol, totalement inadapté à l’enseignement à distance généralisé. Ces temps-ci, l’école de la République navigue bien trop à l’aveugle.

Peut-on reprocher à l’Éducation nationale de ne pas avoir anticipé une telle crise ? Était-ce son rôle ? Non. En revanche, le contexte invite à questionner le « tout numérique » prôné depuis quelques années par les instances ministérielles successives. Le numérique a trop souvent été mis en avant comme la solution miracle à tous les problèmes rencontrés par les enseignants : démobilisation et absentéisme des élèves, violences verbales et physiques auprès des équipes éducatives, baisse du niveau général des élèves, difficulté à recruter des professeurs qualifiés, etc.

Or, aujourd’hui, c’est bien l’enseignant, la personne physique, qui manque aux apprenants et à leurs parents. C’est encore l’enseignant qui, en première ligne, assure, comme toujours, le travail de formation des élèves de la nation. N’est pas pédagogue qui veut. Après la crise, il conviendra de s’en souvenir.

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