Economie - Editoriaux - International - 27 mars 2019

Contrats chinois d’Airbus, un dragon de papier ?

Après sa visite en Italie, où les points de destination finale de la nouvelle route de la soie vers l’Europe ont été concrétisés, avec les ports de Gênes et de Trieste, le président chinois Xi Jinping poursuit son opération séduction avec la visite officielle en France.

Rappelons, en prémices, que ces voies nombreuses traversant les pays d’Asie et d’Europe orientale, et qui sont un énorme investissement financier, ont un seul but, conséquence d’une vision à long terme : le commerce avec les pays riches, surtout dans le sens est-ouest !

Dès lors, le mirifique contrat avec Airbus annoncé lors de cette visite d’État suggérant un bénéfice inverse pourrait berner les innocents ou faire mentir les sceptiques.

Trois cents avions Airbus pour trente milliards d’euros sont les chiffres percutants et triomphants annoncés dès le début de la visite avant le grand raout élyséen !

Fichtre ! Voyons cela avec des yeux grand ouverts et non pas bridés par un irrépressible bonheur cocardier…

Au commencement, en 2008, était signé un accord entre le constructeur européen et la Chine spécifiant que la moitié des avions commandés par ce pays devraient être assemblés sur place. Contrat respecté sur le site de Tianjin.

L’an passé et, succédant à la visite du Président Macron début janvier, de nouvelles négociations étaient entreprises en septembre par l’avionneur, qui visaient une commande de 180 A320-21. Cet important projet impliquait une augmentation des quantités d’unités assemblées en Chine.

Depuis lors, il est permis de penser que de nouvelles et très importantes concessions ont dû être consenties par Airbus pour parvenir à ce contrat gigantesque de 290 A320 et 321 « néo » – nouvelle génération – et de 10 A350, ce nouveau long courrier concurrent du Boeing 777 (montage sur place, contreparties…).

La part du travail accordée à la compagnie CASC- China Aviation Supplies Holding Company – réduira certainement le bénéfice net de ces futures collaborations pour le vendeur. Les trente milliards annoncés et étalés dans le temps sont donc à pondérer d’un montant que les brillants experts économistes auront sûrement à cœur de nous révéler dans les revues spécialisées ?

Dans la même veine de « contrat du siècle », comme les éditorialistes aiment le clamer, celui de 31,3 milliards signé le 11 février dernier avec l’Australie pour la fourniture et la maintenance – pour une période de cinquante ans ! – de douze sous-marins profitera d’abord aux chantiers d’Adélaïde (en Australie) où ils seront construits, fût-ce avec l’assistance d’ingénieurs français et les emplois indirects créés en métropole.

Important corollaire de gros contrats à l’étranger, surtout avec des pays en voie de développement industriel : les transferts de technologie. Ceux qui permettent aux bénéficiaires de devenir nos concurrents à terme, telle l’Inde, par exemple, avec les avions de chasse…

Un autre est constitué par des contreparties dans des domaines de compétences ou de productions locales qui grèvent également le bénéfice pour la balance commerciale.

Enfin, dans le cas spécifique d’Airbus, un Brexit « sans accord » pourrait générer de sérieux problèmes techniques, car les ailes de ces beaux avions sont fabriquées à Broughton (soumis, alors, à des droits de douanes) où sont employés 14.000 personnes !

Et sans ailes, le plus bel avion manque, à l’évidence, totalement de charme…

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