[CINÉMA] La Guerre des prix, les agriculteurs face à la grande distribution
Audrey est chef du rayon laitier dans un hypermarché de province. Idéaliste, cette fille d’agriculteurs, dont le frère a repris l’exploitation familiale, souhaite le développement et la généralisation du bio en magasin, en étroite coopération avec des groupements de petits producteurs locaux. Intransigeante sur cette question, qui relève pour elle de l’éthique, Audrey se voit proposer par sa hiérarchie un poste à Paris, à la centrale d’achats de son enseigne. Sous les ordres du redoutable Fournier, un négociateur chevronné et impitoyable dont le métier consiste à obtenir des agriculteurs des prix toujours plus bas pour une clientèle qui gagne moins de 1.500 euros par mois en moyenne, Audrey verra ses idéaux mis à mal, au point peut-être de basculer elle-même du côté des cyniques et des requins…
Les agriculteurs sous la pression de la grande distribution
Premier long-métrage réalisé par le comédien Anthony Dechaux, La Guerre des prix s’affiche comme un film social, dans la veine du cinéma de Stéphane Brizé, empruntant par moments les codes du thriller. Notamment dans ses séquences étouffantes en « box de négociation », ces petites pièces dédiées qui ressemblent à s’y méprendre à des salles d’interrogatoire de commissariat… Là, nous dit-on, se pratiquent dans la plus grande confidentialité des méthodes de chantage, de la part des grandes enseignes, contre des exploitants pris à la gorge, contraints de revoir leurs prix à la baisse pour ne pas risquer le déréférencement total de leur gramme de produits - soit le retrait pur et simple des rayons… Une pression systématique exercée contre les agriculteurs qui, faute de rentrées financières satisfaisantes, ne peuvent ni se payer convenablement ni entretenir leurs bêtes et leurs infrastructures. En fin de compte, c’est bel et bien la qualité de leurs produits qui en pâtit, entraînant à terme une nouvelle baisse de leurs prix de ventes.
Bien documenté, La Guerre des prix a le grand mérite d’aborder un sujet peu traité au cinéma et de pointer le fait que le bio n’est pas plus à l’abri de pratiques commerciales déloyales : « À la fin, nous dit le personnage de Fournier incarné à l’écran par Olivier Gourmet, c’est toujours une question d’argent. » Le compromis entre la qualité et la faiblesse des prix semble ténu, et c’est l’agriculteur, en définitive, qui en paie les conséquences.
Le piège de la démonstration
Joliment interprété, aussi bien par le comédien belge que par Ana Girardot, qui campe l’héroïne, le film d’Anthony Dechaux est peut-être, cependant, un poil démonstratif dans ses intentions avec ses personnages fonctionnels et archétypaux : la jeune idéaliste, le patron au cœur sec, le frère agriculteur qui en bave… Il paraît invraisemblable qu’Audrey soit parvenue à décrocher un contrat entre son propre frère et Fournier (conflit d’intérêt ?), piégeant involontairement le premier dans une mécanique implacable qu’elle eût pu largement prévoir après tout ce dont elle a été témoin précédemment. Sans doute le réalisateur avait-il besoin d’une totale implication personnelle de son héroïne pour mieux la détourner ensuite de ce système injuste.
Restent un sujet fort et une actrice principale de talent qui nous prouve une fois de plus qu’elle sait choisir ses rôles.
3,5 étoiles sur 5
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3 commentaires
Excellent film qui démontre la prédation des cols blancs sur ceux qui bossent dur du matin au soir sans prendre de vacances.
Attendez, attendez … je crois que vous-vous trompez
Ce ne sont pas les agriculteurs qui sont face à la grande distribution
Ce sont tous leurs intermédiaires, (coop) qui discutent à leur place
et qui s’en mettent plein les poches au passage.
ex cette coop qui devenue une entreprise du CAC40
Les agriculteurs touchent-ils des dividendes ?
Tout comme avec l’Europe.le véritable problème ce sont les intermédiaires.
Un très bon film