[POINT DE VUE] Négociations au Liban : le sang de nos soldats nous rend légitimes 

La France, au Liban, a payé cet impôt, samedi dernier encore.
Compte X du Chef d'état-major des armées
Compte X du Chef d'état-major des armées

Il existait, autrefois, une expression à la fois superbe et apparemment absurde, tant elle portait en elle d'orgueil et d'humilité à la fois, autant qu'une forme de dérision pour les choses matérielles : l'impôt du sang. Les familles nobles, qui ne payaient pas d'impôts directs, donnaient leurs cadets à l'armée du roi, avec un risque non négligeable de ne pas le revoir. Au roi qui lui demandait pourquoi sa famille ne comptait pas de maréchaux, l'un des ducs d’Uzès avait ainsi répondu : « Sire, c'est que nous nous faisons tuer avant ! » La France, au Liban, a payé cet impôt, samedi dernier encore, avec la mort de l'un de ses parachutistes… et on nous refuserait une place à la table des négociations internationales ?

Nos frères libanais savent que nos deux peuples n'ont pas attendu la FINUL pour être proches. On peut remonter aux croisades et aux États latins d'Orient. On peut remonter à François Ier, qui signa un traité avec les Ottomans et se déclara protecteur des chrétiens du Levant. On peut penser aux volontaires français qui se battirent comme des lions, dans les années 70, aux côtés des phalanges chrétiennes*. Et, donc, depuis 1978, on peut penser à tous nos compatriotes morts sur cette superbe terre du Proche-Orient, à commencer par ceux de l'immeuble baptisé Drakkar ; des parachutistes, déjà.

La FINUL, dont le “I” signifie « interposition », avec une discutable pertinence, est organisée en deux secteurs qui couvrent le sud du Liban, entre le fleuve Litani et la « blue Line », la frontière libano-israélienne. L'un d'eux est sous commandement espagnol, l'autre sous commandement italien. Au sein de ces secteurs, des soldats de tous les pays effectuent diverses tâches de routine, le plus souvent parfaitement inutiles. Les Français, eux, constituent la Force Commander Reserve, le bras armé du commandant des troupes de l'ONU. En cas de crise, ils sont la force d'intervention du détachement multinational. Depuis 2017, la FCR compte une compagnie d'infanterie finlandaise dans ses rangs. Le reste des quelque 800 soldats qui la composent est français.

Le sacrifice de ses fils

Depuis 1978, 150 Français ont trouvé la mort au Liban, dont 58 dans l'attentat du Drakkar, pour un résultat proche de zéro. Ils ont maîtrisé leur force dans un mandat ingrat, parfaitement chanté, une fois de plus, par Jean-Pax Méfret dans Le Béret amarante, un mandat dans lequel on vit « l'arme à la bretelle sous le feu des tireurs ». Peut-être aurions-nous pu dire que le sang de nos soldats nous garantissait, par principe, un siège, et de préférence pas en bout de table ? Certes, le mal remonte à loin : en 1983, déjà, François Mitterrand n'avait pas souhaité que l'on venge la mort de nos soldats… et un diplomate français bien intentionné avait dénoncé la seule mesure de rétorsion que nous avions esquissée.

Alors, oui, la France a mérité, par le sacrifice de ses fils, d'avoir son mot à dire dans cette affaire. Les Américains peuvent sans doute le comprendre.

 

* NDLR : comme Thibaut de La Tocnaye qui vient de publier Mémoires d’un Français: Compagnon de route de la Résistance Libanaise (éditions Saër Al Mashrek).

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Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

35 commentaires

  1. Le sang versé par nos soldats sous bannière onusienne nous rend légitimes à l’ONU mais pas quand Trump invite Libanais et Israëliens à sa table. De toute façon il affiche un tel mépris envers Macron en le raillant à chaque occasion qu’il n’invitera pas celui qu’il considère comme un trublion.

  2. La France est au Liban au sein d’un contingent de l’ ONU, théoriquement force d’interposition, ce qui n’est
    pas criticable, mais si cette force ne sert à rien, et c’est malheureusement le cas, à quoi bon rester là-bas ?
    Risquer de recevoir une balle plus ou moins perdue pour aucun résultat ? La France aime bien se montrer
    partout, mais quand c’est inutile, à quoi bon ? Le jour où l’ONU disposera d’une vraie force de police capable
    de s’interposer, alors oui, on en reparlera.

  3. Notre Occupant élyséen s’étant débarrassé d’un pouvoir qui lui échappait , celui du Corps diplomatique que reste -t-il au sommet de l’Etat pour rendre hommage à nos soldats morts et pas toujours pour la France . Faut-il rappeler que s’est le Liban qui a demandé l’appui des Etats-Unis pour les négociations ? Comment s’en étonner vu le comportement indigne de nos différents gouvernants vis-à-vis de lui depuis une quarantaine d’années !

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