[POINT DE VUE] Trump en Iran : l’interminable guerre éclair

Après des rodomontades volontairement exagérées, le président américain s’est calmé.
guerre Iran
Photo de Saifee Artsur Unsplash

On nous avait promis l’apocalypse dans la nuit de lundi à mardi. Donald Trump a finalement décidé, dans un appréciable geste commercial, de donner cinq jours de plus à l’Iran. Les cinq jours fantastiques, en quelque sorte, si on veut. TACO : « Trump Always Chickens Out », disent les détracteurs de l’aile dure du camp républicain (« Trump se dégonfle toujours »). Cette fois encore, après des rodomontades volontairement exagérées, le président américain s’est calmé. Espère-t-il que cela le sortira d’un enlisement du conflit qui semble à peu près inéluctable ?

À la remorque d'Israël ?

La guerre contre l’Iran devait être un triomphe éclair, appuyé sur des faits solides, un engagement décidé par les Américains, avec l’appui ponctuel d’Israël. Il devait s’agir d’une intervention ponctuelle et brutale avec, à la clef, une victoire incontestable contre le régime des mollahs. Ça, c’était le discours. Il s’est, en définitive, passé exactement l’inverse. Tulsi Gabbard, responsable du renseignement américain, a déclaré, voici quelques jours, que la menace nucléaire iranienne ne justifiait pas à elle seule l’attaque contre le régime de Téhéran. Peu de temps auparavant, c’était le coordonnateur de la lutte antiterroriste, Joe Kent, ancien des forces spéciales et de la CIA, qui démissionnait, dans un communiqué fracassant, en déclarant que les États-Unis s’étaient engagés dans ce conflit sans raison ni preuves, à la remorque d’Israël et par la faute de son puissant lobby américain. L’engagement des Américains, qu’ils en soient à l’initiative ou qu’ils aient suivi Israël, s’enlise faute de résultats tangibles. L’État hébreu, lui, est déjà passé à autre chose, en concentrant ses efforts sur le Liban. Et d’un point de vue extérieur, l’Iran risque de devenir, pour les États-Unis, ce que l’Ukraine a été pour la Russie : une offensive éclair qui se transforme en interminable débandade.

Sans objectifs précis, sans buts de guerre, sans alliés, sans résultats concrets, la campagne militaire de Trump est en train de s’enliser, peut-être pour longtemps. Dans l’espoir de tromper son monde, Donald Trump, pourtant habituellement performant en termes de négociation - n’en déplaise aux commentateurs français -, en est aujourd’hui réduit à raconter un petit peu n’importe quoi. Il a identifié comme interlocuteur privilégié Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien, alors que celui-ci est tout sauf un modéré, tout sauf quelqu’un qui semble disposé à discuter avec Trump. Il a déclaré que la suspension de la coupure de courant généralisée en Iran était motivée par la reprise des négociations. Il n’en est plus à cela près.

Une coalition très éphémère

L’attaque de l’Iran par les États-Unis et Israël est assez nouvelle, dans son genre. D’abord, c’est une coalition très éphémère, dans laquelle un seul des deux membres (Israël) a les idées claires sur ce qu’il veut faire. Ensuite, c’est une guerre sans troupes au sol, par missiles interposés. Et puis, surtout, c’est une voie sans issue, qui ne dure que parce que les deux camps ont des missiles. Quand l’Iran arrivera au bout de ses capacités militaires, il visera – c’est l’une de ses menaces les plus inquiétantes – les usines de désalinisation des monarchies du Golfe. Et ce sera le chaos, pour longtemps, dans le détroit d’Ormuz.

Pendant ce temps, les Français paient leur essence une fortune, se fichent pas mal de ce conflit auquel on voudrait leur faire prendre part, du moins en pensée… et constatent, chaque jour, l’assourdissant silence de la France, jadis l’une des meilleures amies du monde arabe, aujourd’hui méprisée et inaudible.

Picture of Arnaud Florac
Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

61 commentaires

  1. Trump est loin d’être idiot, il souffle le chaud et le froid, c’est une technique de déstabilisation de l’adversaire et des pauvres journalistes qui ne savent pas quoi publier de fondé ! Tout est stratégie, le personnage est fantasque, parfois vulgaire, typiquement américain, mais ses neurones sont en très bon état !

  2. REPONSE à TUREVERBERE
    Bonjour. Concernant les midterms de novembre 2026, je me garde d’être affirmatif car, comme vous le savez, les sondages donnant Trump perdant à ces élections de mi-mandat ne sont que des projections à un instant T, et qu’un renversement de tendances est toujours possible. Donc prudence.
    Tout ce qu’on peut dire, c’est qu’à ce jour les Américains désapprouvant la guerre américano-israélienne sont environ deux fois plus nombreux que ceux qui la soutiennent, et que la popularité du président US a fortement chuté depuis son investiture en janvier 2020.
    Ceci rappelé, l’agression armée contre l’Iran prendra dans les prochains jours une tournure forcément plus intense et massive étant donné que Téhéran a rejeté hier le « plan de paix » américain en quinze points, par avance inacceptable vu qu’il équivaut à une reddition sans conditions. A mon sens ce pseudo plan n’est qu’un alibi établi pour permettre à Trump d’affirmer qu’il fait tous les efforts nécessaires pour sauvegarder la paix, que par leur refus les Iraniens sabotent toutes chances de sortir du conflit, et que cet entêtement guerrier rend inévitable et nécessaire la poursuite de la guerre contre ce pays, par exemple sous la forme d’une attaque au sol.
    L’armée américaine peaufine actuellement le déploiement de la 11th Marine Expeditionary Unit de l’USS Boxer (LHD-4) basée en Californie, et du groupe amphibie de l’USS Tripoli (LHA-7) basé à Okinawa (Japon). Cette puissante force amphibie de Marines est épaulée par les parachutistes de la 82th Airborne Division de Fort Bragg, Caroline du Nord.
    J’espère me tromper, mais Tump s’étant trop avancé pour ne pas reculer sans perdre la face, je crains un (très) fort embrasement du Moyen-Orient dans les jours qui viennent, avec d’importantes répercussions sur les activités et infrastructures énergétiques des pays producteurs du Golfe Persique.

  3. Comment parler d’enlisement à propos d’un conflit qui a trois semaines , que dire de l’Ukraine alors . Trump ne veut pas détruire l’Iran , il veut éradiquer le pouvoir politique et militaire qui règne sans partage au mépris d’un peuple dont seulement 15/20% le soutiennent . Il s’efforce d’épargner les infrastructures industrielles et énergétiques afin que le peuple iranien une fois libéré puisse reprendre en mains son économie , confisquée par les mollahs et les militaires . Personne ne connait les desseins des deux dirigeants qui ont décidé d’abattre cette dictature sanguinaire et prédatrice au dépend de sa population .

  4. Le gros problème de Donald Trump est de comment faire pour se sortir de ce bourbier où il s’est tout seul enlisé, et ne pas perdre la figure devant le monde entier, et surtout face à l’opinion américaine ?
    Selon les derniers sondages d’hier 24 mars, grosse dégringolade, seulement 35 % des Américains (essentiellement ses fanas ultra-MAGA) soutiennent sa guerre contre l’Iran tandis que 61 % la désapprouvent. Cela signifie que mathématiquement, au moins 12 à 13 % de ses propres électeurs républicains se retournent contre lui et le désavouent. C’est beaucoup, et cela signe un clair et sévère désaveu.
    C’est d’autant plus grave que la majorité de la population US se plaint de sa politique économique grevée par une inflation très supérieure à celle promise. Exemple, depuis le 20 février, le prix moyen du gallon de 3,78541 litres de carburant est passé de 2,93 à 3,98 dollars à ce jour, soit une augmentation de 1,05 dollar par gallon (soit plus 35,84 %) !
    Dernier sujet de préoccupation (et non des moindres) pour Trump, toutes les études le donnent largement perdant aux prochaines élections intermédiaires de Novembre 2026. Si comme prévu il venait à perdre les Midterms et les élections sénatoriales concomitantes, alors c’en serait fini de son règne sans partage et il finirait son mandat avec des pouvoir restreints par le parti Démocrate jusqu’en janvier 2029.

    • SI vous avez raison, Trump aura perdu. Mais que serons nous, occidentaux, vous et moi ? Essayez, pour aller au bout de votre raisonnement, de décrire les conséquences d’une victoire des mollahs iraniens. Vous voyez ce qui se passe en France ? Etes vous capable d’imaginer la même chose à l’échelle du monde ?

  5. J’ai cru lire un article du Monde ou de Libé. Dire que « la menace nucléaire iranienne ne justifiait pas à elle seule l’attaque contre le régime de Téhéran » c’est un mensonge aussi gros que la petite fiole de Colin Powell. Déclarer, quand on est coordonnateur de la lutte antiterroriste « que les États-Unis s’étaient engagés dans ce conflit sans raison ni preuves » c’est ou bien une énorme sottise et une montagne d’ignorance ou bien une haute trahison. quand le monde entier sait que le régime iranien est un régime qui pratique le terrorisme d’état. Donner du crédit aux paroles de ces deux fonctionnaires mus par des considérations politiciennes pour étayer la thèse d’un fiasco « quasi » certain me semble incroyable de la part de BV.
    Oublié TOUT ce qui est en jeu. Oublié la déclaration de guerre de l’Iran qui prend en otage les diplomates et employés de l’ambassade, oublié les mensonges iraniens sur leurs intentions nucléaires, oubliés les massacres des Iraniens , oublié l’assassinat de nos 58 parachutistes, oubliés les menaces de mort à Israël, oublié le terrorisme, oublié le Hamas, les Houthis et le Hezbollah.
    Et pourtant c’est simple. L’Iran des mollahs et des ayatollah c’est Saint Denis et Roubaix à l’échelle mondiale avec des miliciens islamistes armés jusqu’aux dents et la bombe atomique à très brève échéance pour faire bonne mesure.
    On accepte ou on refuse. Moi, je refuse.
    Alors il faut prier pour que les zigzags de Trump ne soient destinés qu’à mieux balader les ennemis et les adversaires de tous poils, y compris aux US et en Europe.
    Alors il faut prier pour que les armées américaines débloquent le détroit et fassent taire les couards qui ne pensent qu’au prix de leur litre d’essence.
    Alors il faut prier pour que le Peuple iranien et Israël retrouvent la paix.
    Alors il faut prier pour que l’Occident soit débarrassé d’un des principaux promoteurs du DJIHADISME.

    • Vous avez entièrement raison et j’adhère à tous vos arguments parfaitement étayés. Parfois BV, comme beaucoup de journaux portant sensés dans leurs opinions, semble se tirer une balle dans le pied avec des articles à la démonstration fallacieuse. Il y a ceux que vous citez pour ce genre d’exposé.

  6. Beaucoup se contenteraient de « débandade » comme celle des Russes en Ukraine. On ne parle plus de l’Ukraine. Les russes se sont débandés vers l’Iran ?

  7. « L’assourdissant silence de la France « ?
    Il faudrait qu’elle fasse davantage que parler de paix comme Macron et enfin résonner les avions du charles de Gaulle et ses missiles?

  8. Trump égal à lui même!
    Il ne se « dégonfle pas », il promet l’outrance pour faire changer d’avis ses « prospects », et revient sur des positions plus souples lorsqu’ils ont « senti le vent du boulet ».
    Trump négocie avec des dirigeants iraniens, mais lesquels? Le « gros cadeau » dont il parle, fait au monde par les fous d’allah, c’est sans aucun doute la « réouverture de la circulation maritime dans le golf persique. Pour le reste, en particulier la chute du régime et la récupération des 460 kg d’uranium enrichi à 90% en U235, il faudra attendre… une intervention de commandos?
    Israël, de son côté, transforme en suie et en fumée ce qu’il reste du hezballah.
    Le Liban « libanisé », sans gouvernement, sans armée, a laissé faire l’Iran depuis des dizaines d’années.
    La France qui fut « protecteur » du Liban n’a rien fait non plus pour redonner sa souveraineté au Peuple libanais. Les ponts, bombardés par Israël , le fleuve Libani devient la nouvelle frontière entre Israël et le Liban. Les tueurs du hezb’allah liquidés, les chrétiens qui vivaient dans ce sud Liban pourront y revenir en paix.
    Et Lecornu aura beau « sautiller comme un cabri », en « réclamant » l’exigence macroniste qu’Israël quitte le Liban, la milice pro iranienne qui occupait le sud Liban sera éliminée. Et le gouvernement Libanais pourra de nouveau « gouverner ».

Commentaires fermés.

Quentin Deranque - que s'est-il vraiment passé ?

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

LFI se dresse contre les banquets du Canon français… mais défend les rave party
Yves-Marie Sévillia sur Radio Courtoisie
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois