Entretien - Liberté d'expression

Xavier Magnin : Une vingtaine de Turcs sont arrivés, nous intimant l’ordre d’enlever l’affiche

Directeur de cabinet du maire du Pontet
 

Au Pontet (Vaucluse), un kiosque à journaux a été attaqué par des militants turcs en raison de la une du Point qualifiant Erdoğan de dictateur.

Xavier Magnin, directeur de cabinet du maire Joris Hébrard, présent sur les lieux lorsque la société Decaux a entrepris de remettre l’affiche, a été pris à partie et menacé. Il raconte au micro de Boulevard Voltaire.

En raison de la une du Point, un kiosque à journaux a été attaqué au Pontet par des militants turcs pro-Erdogan.
Vous étiez sur place. Pouvez-vous nous dire ce qu’il s’est passé exactement ?

Le kiosque a été menacé par des militants turcs pro-Erdogan vendredi en fin d’après-midi, début de soirée. Personne n’en a eu connaissance officiellement. Ce n’est que le samedi matin que la presse locale m’a téléphoné pour me faire part de la vidéo mise en ligne sur le net.

La ville du Pontet est-elle connue pour avoir une importante communauté turque ?

Au Pontet se trouvent deux communautés importantes, les Maghrébins et les Turcs. La communauté turque doit représenter entre 1000 et 1500 personnes. Il y a un kiosque à journaux qui a été implanté grâce à la volonté de Joris Hebrard. Il n’y avait malheureusement plus de vendeur de journaux dans le centre-ville du Pontet. Si l’on voulait un magazine, il fallait courir dans une zone commerciale.
L’une des priorités était de remettre un commerce de ce type pour participer à la liberté d’expression. C’est tout à fait logiquement que Joris Hebrard a demandé à la société JC Decaux de remettre l’affiche rapidement sans tenir compte des menaces, en promettant la protection policière lors de la remise de l’affiche.

Avez-vous souvent des tensions entre communautés ?

La délinquance est relativement importante sur le Pontet. Les fortes communautés d’origine étrangère cristallisent un peu toutes les passions. Une des premières actions de Joris Hebrard était de remettre la sécurité en ville grâce à l’embauche de policiers municipaux. Cela permettrait de mettre en place des patrouilles le jour, la nuit et 7 jours sur 7. Il y avait un vrai besoin.
Nous avons d’ailleurs très rapidement obtenu des chiffres conséquents en matière de sécurité, avec notamment une baisse de tous les délits sur une commune.
Les communautés ne peuvent pas se voir. Elles cohabitent, mais il y a vraiment deux clans, les Turcs et les Maghrébins.

Avez-vous été pris à parti ?

Nous avions donné rendez-vous à la société de JC Decaux pour qu’elle positionne les nouvelles affiches. Nous avions assuré la protection avec les forces de police municipale et avions demandé à la gendarmerie d’être présentes. Cela a été fait puisque 3 véhicules de gendarmerie et 1 véhicule du PSIG étaient sur les lieux. Le représentant de l’État avait fait le nécessaire.
Le temps que l’affiche soit posée, une vingtaine de Turcs assez virulents, voire très menaçants, sont sortis de partout et de nulle part. Il a fallu que je parlemente avec eux, car ils nous intimaient l’ordre d’enlever à nouveau les affiches. J’ai répondu qu’il n’en était pas question.

Y a-t-il eu des arrestations ?

Ce pays est quand même formidable. Ils ont menacé de revenir le soir pour tout casser et m’ont menacé personnellement devant les forces de gendarmerie. Manifestement il y avait des consignes pour ne pas envenimer les choses. C’était peut-être la chose à faire, mais on peut menacer devant les forces de l’ordre de tout casser ou de toucher à l’intégrité d’une personne physique et il ne se passe pas rien. Il n’y a face à cela aucune arrestation. J’aurais peut-être dû me faire casser la gueule pour que cela arrive.
Cependant, je ne jette pas du tout la pierre aux gendarmes présents, car ils ont assuré ma sécurité et celle des personnes qui étaient là. Heureusement qu’ils étaient là.

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