Editoriaux - International - Table - 6 novembre 2017

Tuerie dans une église au Texas : le syndrome Néron

Les tueries de masse perpétrées par des assassins solitaires se multiplient, surtout aux États-Unis. La dernière en date a causé la mort de vingt-six personnes de tous âges dans l’église d’une petite ville du Texas. Son auteur Devin Patrick Kelley, 26 ans, a été retrouvé sans vie et, apparemment, selon les dernières informations, il se serait suicidé.

Il était armé d’un fusil d’assaut et protégé par un gilet pare-balles. Il aurait été renvoyé de l’armée et on y voit une explication du massacre qu’il a causé.

Mais pourquoi cette insupportable frustration, cette obsédante volonté de ressentiment et de revanche se sont-elles traduites sur ce mode apocalyptique qui a mêlé sans discrimination adultes et enfants dans la mort et plongé tant de familles dans l’affliction ?

C’est le syndrome Néron.

Certes, on peut déceler un certain nombre de causes immédiates tenant à la psychologie et au parcours de l’assassin, à son état mental et à sa possession d’une arme meurtrière. Cependant, énoncer plusieurs mobiles est en quelque sorte reconnaître qu’il manque le ressort essentiel de cette tuerie qui pourrait d’ailleurs s’appliquer à d’autres massacres du même type.

Le président Trump a cru nécessaire d’évacuer le problème des armes en focalisant sur le seul déséquilibre de l’auteur. C’est évidemment incomplet, mais alors où se trouve la clé profonde qui ouvrirait la porte de la monstrueuse modernité qui accable trop régulièrement ?

C’est le syndrome Néron.

Malgré l’apparente protection dont s’est muni cet individu, il me semble qu’il y a eu chez lui l’effrayante subjectivité d’un ego désireux de tuer le plus possible, avec le sadisme d’une puissance voluptueusement arbitraire, et la pulsion suicidaire qui a suivi d’une manière ou d’une autre. Dans cet accouplement terrifiant, j’imagine Néron faisant brûler Rome en même temps qu’il va disparaître en plaignant le monde qui sera privé d’un artiste incomparable.

C’est le syndrome Néron qui n’est pas éloigné de ces « Après moi le déluge ».

Après nous, les massacres.

Il ne s’agit pas des monstruosités singulières ou collectives de Daech qui, dans le délire, semblent s’assigner des objectifs de haine et de pouvoir : éradiquer les mécréants dans un sens infiniment étendu.

Le tueur du Texas, au fond d’une solitude à la fois douloureuse et triomphante, a laissé se développer une machine infernale aspirant à massacrer pour manifester sa force, et à engendrer sa mort pour démontrer une ultime maîtrise.

C’est le syndrome Néron.

Pour eux, le rêve d’une apocalypse frénétique et de toute-puissance. Pour tant de familles, un cauchemar absolu.

On songe à ces victimes parce qu’on les craint ailleurs.

Extrait de : Justice au Singulier

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