Editoriaux - Santé - 14 octobre 2018

Trop de césariennes, mais où ?

On se lamente sur le manque de médecins, mais leurs vocations seraient peut-être plus nombreuses s’ils n’étaient pas régulièrement stigmatisés pour leurs « turpitudes » par des médias en quête de cibles. Une semaine, ils donnent trop d’antibiotiques, la suivante, ils injectent des vaccins « toxiques », la troisième, ils refusent de faire des IVG, etc. Il est vrai que, cette fois-ci, le coup part de leur propre boutique, puisque c’est le prestigieux magazine médical The Lancet qui révèle que le nombre de naissances par césarienne a quasiment doublé dans le monde en quinze ans. Pour une technique qui sauve des millions de femmes et de bébés chaque année, on devrait a priori se réjouir ; sauf que ce n’est apparemment pas là où elle serait le plus indiquée, comme en Afrique, qu’elle augmente le plus…

On estime entre 10 et 15 % la proportion de césariennes justifiées par des raisons médicales. Mais dans quinze pays (dont la République dominicaine, le Brésil, l’Égypte, la Turquie, le Venezuela, le Chili, la Colombie, l’Iran…), plus de 40 % des naissances ont lieu par césarienne, « pour l’essentiel dans des environnements aisés et sans raison médicale ». Bigre, on ne savait pas que ces pays comptaient plus de gens « aisés » que la France (où, au passage, le taux de césarienne à 20 % reste stable depuis 2010) !

Ce que vous n’apprendrez pas par la grande presse, c’est que la césarienne satisfait souvent les deux parties.

L’accoucheur, d’abord, qui trouvera toujours plus confortable de programmer une intervention que d’être tiré du lit à deux heures du matin. D’autant que, juridiquement, il est toujours plus facile de justifier une césarienne que de s’en être abstenu et d’avoir fait subir avec spatules et forceps de prétendues « violences obstétricales ». Ce qui explique un plus fort taux d’accouchements par les voies naturelles dans le service public hospitalier, bien mieux protégé des poursuites que le médecin libéral. Lequel, en raison de son « goût plus marqué » pour la césarienne, a, en revanche, statistiquement moins besoin du recours à la réanimation du nouveau-né…
Mais la future mère peut être aussi spontanément demandeuse de césarienne. Parfois, c’est la peur de l’accouchement par voie basse, ou un précédent qui a laissé un mauvais souvenir. D’autres, particulièrement soucieuses de leurs corps, veulent la garantie de conserver un périnée intact.

Enfin, des groupes de pression s’affairent pour démédicaliser l’accouchement. Des associations féministes comme le CIANE (Collectif interassociatif autour de la naissance), qui tiennent les obstétriciens au mieux pour des maltraitants, évidemment très écoutés de Mme Schiappa et siégeant dans tous les comités Théodule. Mais surtout les sages-femmes, dont le nombre a augmenté de plus de 70 % en vingt ans alors que celui des naissances ne l’a, lui-même, fait que de 10 % dans le même temps. Dès la sortie d’école, beaucoup d’entre elles ont du mal à trouver un poste stable. On comprend que leur tentation soit grande de rafler le marché…

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