Editoriaux - 17 février 2019

Plutôt que de « customiser » Simone Veil, libérons les Marianne de mairie…

Le 12 février dernier, en mal de reconnaissance médiatique, la sénatrice centriste strasbourgeoise – qui fut furtivement maire de son agglomération – Fabienne Keller s’était mis dans la tête de donner à nos Marianne de mairie les traits de Simone Veil pour réparer l’outrage de la dégradation de son portrait avec des croix gammées à Paris. Je ne suis pas persuadé que Simone Veil – pour l’avoir côtoyée au Parlement européen – aurait apprécié cette « customisation » communale que lui propose aujourd’hui la sénatrice alsacienne alors que, plus solennellement, elle vient de faire son entrée au Panthéon.

D’autant que, de nos jours, après bien des aléas liés aux différentes représentations de Marianne, tantôt guerrière, tantôt sexy ou asexuée, le symbole de la République – de la « Gueuse », comme l’appellent les royalistes – est devenu une affaire bassement commerciale. De Brigitte Bardot à Laetitia Casta, en passant par Mireille Mathieu, Faizant et Évelyne Thomas, chaque maire peut opter pour la Marianne de son choix. Mais pas plus que la présence d’un portrait officiel du président de la République n’est obligatoire – qu’attend-on pour le virer, du moins en photo ? -, nulle obligation légale n’est faite à une mairie de posséder un buste de Marianne. « Dieu, mais que Marianne était jolie, quand elle marchait dans les rues de Paris… », chante quelque part Michel Delpech. « Marianne a maintenant quelques rides au coin des yeux »

Le patronyme de Marianne, sur le plan officiel, était apparu en 1797 lorsque, après la répression du coup d’État du 18 fructidor, le Directoire voulut trouver un nom moins austère pour la République. La petite Histoire veut que le sans-culotte Barrès, de passage sur les rives du Rhin, s’était entiché d’une Alsacienne, Marie-Anne Reubel,(encore une Alsacienne !) et s’enquit de son prénom : « Parfait, dit-il, il est simple, il est bref et sied à la République, autant qu’il sied à vous-même. » La République avait enfin trouvé un prénom de femme qui valut à l’Alsacienne Marianele Reubell, selon la presse people de l’époque, une pension à vie de 6.000 livres que lui accordera généreusement Napoléon en 1811.

Symbole ringard (s’il en est) de la « République une et indivisible », qu’attendent nos féministes des Femen pour créer un Mouvement de libération des Marianne de mairie ? Et si, à l’instar du Mouvement de libération des nains de jardin – dont je suis un ardent militant -, on rendait leur liberté à toutes ces Marianne de mairie qui s’ennuient ferme dans les tristes maisons closes de nos conseils municipaux. « Oh so long, Marianne, it’s time that we began », chante Leonard Cohen (« Oh, adieu, Marianne, il est temps que nous commencions »). « Oh, you are really such a pretty one » (« Oh, tu es vraiment si jolie »). « I see you’ve gone and changed your name again » (« Je vois que tu es partie et as changé ton nom une fois de plus »).

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