Editoriaux - Polémiques - 21 janvier 2019

Faut-il interdire les lanceurs de balle de défense ?

Au vu des chiffres de la mobilisation de cet acte X, tout indique que le mouvement des gilets jaunes ne va pas s’essouffler de sitôt, surtout si le président de la République remet par ses propos une pièce dans la machine à chaque déplacement de son grand débat.

Et en parlant de débat, le Défenseur des droits, monsieur (bien nommé ?) Jacques Toubon, a relancé celui sur l’armement des forces de l’ordre. Suite aux nombreux blessés, notamment des gens éborgnés, dans les rangs des gilets jaunes, il a réclamé l’interdiction de l’utilisation des lanceurs de balle de défense (LBD) lors des manifestations. C’est d’une logique imparable : des manifestants sont blessés par les projectiles des LBD, supprimons les LBD, plus de blessés. C’est une idée simpliste et donc, comme souvent, une fausse bonne idée.

Sur les chiffres de la violence, d’abord : pour 100 blessés côtés gilets jaunes, ce sont pas moins de 1.000 policiers et gendarmes qui ont été blessés pendant ces manifestations ; et, pour certains, gravement également. Je ne parle pas du traumatisme pour les familles de gendarmes quand, comme à Dijon, les manifestants se sont attaqués aux grilles de la caserne.

Ce rapport de 1 à 10 prouve une chose : quoi qu’on en dise, les forces de l’ordre font, dans l’ensemble, preuve de professionnalisme et de mesure dans l’usage de la force. Il n’est donc pas incongru de penser que sans le LBD, les dommages auraient pu être encore plus importants pour les forces de l’ordre et donc, aussi, en réaction, pour les manifestants.

Cela dit, les blessés sont bien là, qui pour plusieurs d’entre eux, telle Fiorina, n’étaient pas des casseurs. Il s’avère qu’une majorité de ces tirs blessants de LBD ont été réalisés par des unités de police non spécialistes du maintien de l’ordre. Fatiguées, engagées dans des conditions difficiles, pilotées par une salle de commandement qui voit les événements par le petit bout de la focale des caméras de vidéosurveillance, énervées aussi par tous ces gilets jaunes, dont on voudrait bien qu’ils rentrent enfin chez eux, ces unités manquent de discernement et vont à la faute. C’est toujours un de moins qui ne battra pas le pavé le samedi suivant, diront certains.

Mais pour celui-là, ce sont probablement dix de plus qui descendront dans la rue pour le venger. Et la violence montera d’un cran… jusqu’à l’usage du pistolet, voire du fusil d’assaut ? Comme le disait un officier de gendarmerie, supprimez-nous le LBD en maintien de l’ordre et nous n’aurons plus que nos poings ; on a vu ce que cela donnait face à un Christophe Dettinger. Pendant ce temps-là, les vrais casseurs, eux, pourront continuer à œuvrer impunément.

Mais en attendant, ce débat sur l’armement des forces de l’ordre permet de détourner l’attention des vraies causes de la montée de la violence : le mépris, devenu férocité, de la caste dirigeante pour ces gens qui ne sont rien et qui osent demander que leur voix soit entendue.

Alors, Monsieur Toubon, si vous voulez proposer autre chose que de désarmer nos forces de police, préconisez que ne soient engagées en encadrement de ces manifestations que des unités spécialement entraînées, y compris pour l’usage du LBD. Mais, pour cela, il faudrait créer de nouvelles unités, augmenter le temps consacré à la formation, bref, des mesures sur le long terme. Proposez, aussi, que le ministre de l’Intérieur soit compétent ; proposez que ce gouvernement arrête de mépriser ceux qui ne pensent pas comme lui ; proposez, pourquoi pas, le RIC ! Il s’agit bien d’un droit à défendre.
Utopique ? Allons, Monsieur Toubon, à 30.000 euros par mois, on peut bien se permettre de faire quelques propositions « disruptives ».

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