Christophe Barbier, l’encenseur professionnel

Colonel à la retraite
 

« Macron, c’est Louis XIV doublé de Blaise Pascal. » Le journaliste Christophe Barbier n’y est pas allé de main morte avec l’encensoir dans son éditorial de jeudi matin sur BFM TV au sujet de l’interview-roman du Président donnée au Point. Mais où va-t-il donc chercher tout cela ? Ce sens de la formule lapidaire, ciselée pour l’éternité d’un tweet ! Cette délicatesse dans la manière de laisser s’envoler les volutes de fumée parfumée jusqu’au plus haut des voûtes de cette cathédrale médiatique où il pontifie, revêtu, été comme hiver, fêtes carillonnées ou pas, de son éternelle étole rouge ! Franchement, y a des évêques qui devraient prendre exemple sur Mgr Barbier.

Et ça sur un ton légèrement impertinent et faussement insolent pour ne pas faire trop fayot !

Certes, Christophe Barbier n’est pas Bossuet. Ces jugements sont souvent hâtifs – il faut bien pondre son œuf que tous les matins du monde nous offrent à gober sur la chaîne d’information en continu – et, justement, comme écrivait l’Aigle de Meaux, « qui veut juger hâtivement juge précipitamment », mais Christophe Barbier fait désormais autorité du haut de sa chaire où il débite des vérités intangibles, sans doute trouvées sur le coin de la table cinq minutes avant d’entrer en studio.

Avant d’arriver à cette formule d’apothéose consacrant le chef de l’État en Président-Philosophe – le nec plus ultra pour un pays qui adore avoir des lettrés à sa tête et qui vient de se coltiner dix ans d’analphabétisme élyséen -, Christophe Barbier nous explique qu’« il y a des formulations chez Emmanuel Macron, toujours très littéraires, toujours très ciselées qui donnent parfois le sentiment d’une élévation avec un risque d’arrogance ». Vous noterez que le compliment l’emporte largement : deux points pour « toujours », un seul pour « parfois ». Emmanuel Macron n’est pas arrogant. Non, il y a juste un « risque d’arrogance ». Nuance. La petite gousse d’ail, en quelque sorte, pour relever le gigot.

C’est là qu’on se dit qu’on a quand même fait de sacrés progrès dans la façon de cirer les pompes des grands de ce monde depuis qu’on imprime du papier.

Tenez. Dans son cruel roman Au bon beurre, racontant la France sous l’Occupation, Jean Dutourd reconstitue un article de l’hebdomadaire Gringoire, relatant l’audience de la famille Poissonard chez le maréchal Pétain, à qui elle offre un panier d’œufs. Extraits. « Leurs ancêtres attendaient ainsi, à Versailles, lorsque, venant de leur campagne, dans un acte d’amour spontané pour leur maître, ils décidaient de lui apporter en offrande les produits de leur commerce rustique… Mais voilà que tout se tait. C’est Lui… Le Maréchal leur donne en échange Son sourire et le rayon de Ses yeux. Le Maréchal lui offre l’éblouissement de Sa face… L’homme met un genou en terre comme un chevalier devant son suzerain. C’est une grande minute… »

Aujourd’hui, on n’écrirait plus comme ça. C’est sûr. En tout cas, pas Christophe Barbier : cet homme éclairé ne fait pas dans l’ampoulé.

En revanche…. Souvenez-vous, c’était pour l’investiture d’Emmanuel Macron. Ce n’était pas sur BFM TV mais sur France 2 : comme diraient les jeunes, on avait craqué ! « C’est l’investiture la plus romanesque de la Ve République. » « On est véritablement dans le roman, et même, osons le mot, dans l’épopée. » Laurent Delahousse avait même atteint des sommets en osant « Ce visage, ce masque d’Emmanuel Macron, cette gravité qui arrive ». Et pour terminer sur un truc qui passe toujours bien : « Des personnes se sont réfugiées dans ses bras. Autrefois, les rois touchaient les écrouelles le lendemain du sacre, il y a un peu de ça. »

Alors, c’est vrai, à côté de ces dithyrambes quelque peu baroques, « Macron, c’est Louis XIV doublé de Blaise Pascal », on est presque dans l’austérité janséniste !

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