Editoriaux - 14 août 2018

Aquarius : l’audace, aujourd’hui, c’est de dire non

Une dramatisation qui se répète n’est pas loin de frôler le ridicule.
La tragédie s’use à force d’être exploitée et instrumentalisée.
Les malheureux migrants, toujours. 170 Éthiopiens, Érythréens.
La dénonciation renouvelée des odieux passeurs.
L’humanisme sans réalisme brandi comme une menace et une exhortation. Les pouvoirs sont sermonnés.
Ceux-ci, gênés aux entournures, voudraient bien mais ne savent pas comment faire. Alors ils tentent tant bien que mal de concilier la morale et la responsabilité, mais ils n’y parviennent pas. Un bout ici, un zeste là, cela ne marche pas !

À nouveau l’Aquarius.

Des formalités d’enregistrement non respectées par le bateau, au grand dam de Gibraltar.
On entendra des médias continuer à exiger de la générosité, les conseilleurs n’étant jamais les payeurs.
L’Italie ne les accueillera pas et Malte non plus.
Jean-Claude Gayssot se déclare prêt à ouvrir le port de Sète pour eux, mais il ajoute que tout dépendra de la décision des autorités françaises. La Corse prête à suivre dans les mêmes conditions. Autrement dit, le président de la République est sommé de sortir du « en même temps » qui, de fait, est en l’occurrence inopérant.

Faut-il continuer à jouer la comédie et à faire semblant de concilier la chèvre et le chou, la misère avec le pragmatisme intelligent pour, en définitive, échouer sur les deux plans ?
Et si le courage était dans le refus, dans une forme – je force le trait – d’inhumanité lucide et politique ? Si le courage était dans la résistance aux bons sentiments confortables qui ont fait des dégâts en Allemagne et qui sont en train de donner la meilleure note humaniste à l’Espagne mais la pire appréciation en solidarité européenne et en perspectives d’avenir ? Si le courage était, tout simplement, de compatir sur le sort de ces migrants en détresse et rackettés mais d’inviter les bateaux à rejoindre les côtes africaines qui constitueraient des destinations bien plus naturelles et cohérentes que celles de l’Europe ?
Mais c’est à l’Europe qu’il faut faire honte, même si elle n’en peut mais !

Je sais bien qu’on est férocement hostile à suivre les bons exemples quand ils émanent de mauvais démocrates mais, pourtant, pourra-t-on poursuivre cette schizophrénie qui nous indique le chemin de la vérité et du bon sens mais nous interdit, par timidité et bienséance, de le suivre ?
Faut-il tenir pour rien que tout est explicable à une opinion publique capable de comprendre les contraintes d’un État et d’approuver tout ce qui sera de nature à faire pièce à la montée des populismes malsains ?

Paradoxalement, le racisme ne réside pas dans le refus d’accueillir des migrants mais dans une hospitalité irresponsable qui ne se soucie pas de ses conséquences ravageuses.
Je me doute que, durant quelques jours, l’Aquarius va mener en bateau tous ceux qui ne prendront jamais le parti net et clair d’annoncer que l’audace, aujourd’hui, est de dire non.
La France, si elle était inspirée par cette résolution bien plus humaine qu’on le pense, infiniment plus efficace qu’on l’imagine, n’aurait aucune leçon à recevoir : on devrait la féliciter pour avoir su donner à une politique nécessaire un visage digne et acceptable.

Extrait de : Justice au Singulier
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