[UNE PROF EN FRANCE] Apprendre les tâches ménagères à l’école : trop humiliant ?

Nous préférons multiplier les discours sur le vivre ensemble en retirant aux élèves toute possibilité de l’expérimenter.
© CC BY-SA 2.0
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On nous présente souvent l’école chinoise comme un système ultra-compétitif, où des élèves sous pression travaillent 10 heures par jour avec une discipline de fer et une sélection constante.

« L’éducation par le travail »

Pourtant, l’école chinoise a réintroduit de manière obligatoire ce qu’elle appelle « l’éducation par le travail ». Il ne s’agit pas d’un slogan vague, ni d’une activité périscolaire facultative, mais d’un enseignement structuré, doté d’un volume horaire minimal, inscrit dans les emplois du temps et évalué. Les élèves y apprennent à nettoyer, ranger, entretenir, cuisiner, organiser une vie quotidienne simple, utiliser des outils, réparer ce qui peut l’être. Autrement dit, à vivre dans la vraie vie.

On chercherait en vain, dans ces textes, la moindre condescendance envers ces tâches. Elles ne sont ni genrées ni, surtout, présentées comme subalternes. Elles relèvent de la formation de base de tout individu. Savoir laver ses vêtements, maintenir un lieu propre, préparer un repas simple, comprendre le fonctionnement des objets qui nous entourent, c’est avoir des compétences à la fois individuelles et sociales élémentaires.

L'élève n'est plus un simple consommateur

Il faut mesurer ce que cela produit éducativement. Un élève à qui l’on confie, de manière régulière, des tâches concrètes, visibles, nécessaires, développe un rapport très différent aux lieux qu’il fréquente. Il s’approprie les espaces qui l’environnent et ne s’y comporte pas en simple consommateur. Il apprend que la propreté n’est pas un état naturel mais le résultat d’un effort continu et collectif. Il intègre, surtout, que ses gestes ont des conséquences et qu’il est le membre actif d’une communauté.

Le contraste avec l’école française actuelle est, à cet égard, saisissant. Dans le système public comme dans le privé sous contrat, nous avons méthodiquement organisé la déresponsabilisation totale des élèves. L’établissement est perçu comme un décor neutre, géré par une entité invisible - l’institution, l’État. Les élèves n’y ont aucun rôle actif. Ils ne nettoient pas, ne rangent pas, ne réparent pas, avec la certitude que toute dégradation sera effacée par des mains anonymes.

On s’étonne, ensuite, que les élèves n’éprouvent aucun sentiment d’appartenance, qu’ils traitent les lieux avec désinvolture, voire avec mépris.

Une action sur le réel

L’élève français n’est jamais responsable. On exige de lui des résultats, des compétences abstraites, des postures morales, tout en lui refusant l’accès à ce qui fonde concrètement le sens de la responsabilité : l’action sur le réel.

La Chine, en réintroduisant les enseignements domestiques et manuels à l’école, ne fait pas preuve de nostalgie ni de folklore éducatif. Elle rétablit un équilibre.

Pendant ce temps, chez nous, les élèves sont déconnectés des conditions matérielles de la vie collective. Le ménage serait humiliant. Le bricolage, dégradant. La cuisine, archaïque. Nous préférons multiplier les discours sur le « vivre ensemble », tout en retirant aux élèves toute possibilité de l’expérimenter concrètement, ne serait-ce qu’en passant le balai.

Picture of Virginie Fontcalel
Virginie Fontcalel
Professeur de Lettres

Vos commentaires

89 commentaires

  1. Au siècle dernier,en 15 avant Mitterrand,quand je fréquentais l’école primaire unigenrée (non mixte), à la fin de la journée, l’un d’entre nous nettoyait le tableau et vérifiait la conformité du rangement des casiers de ses condisciples: Qu’est-se-que c’était fasciste et rétrograde mais qu’est-ce-qu’on aimait ça !

  2. tout ces  » apprentissages » faisait partie de l’éducation parentale – j’ai très tôt été responsabilisée à la surveillance des plus jeunes, à changer une couche, à donner le biberon ou le repas, à faire mon lit évidemment, à mettre la table avec les couverts dans le bon sens, à mettre mon linge sale au sale, à ne rien laisser trainer par terre etc…. nous avions peu, mais nous en prenions soin et respections nos lieux de vies – Les parents d’aujourd’hui,sont moins, beaucoup moins exigeant… comme ils disent  » on travaille » ! bah oui mes parents aussi travaillaient, çà n’empêchait pas l’éducation –

  3. « L’homme pense pare qu’il a une main! »
    Cet axiome attribué au grec Anaximandre résume votre article.
    L’usage des mains, -ce qui fait l’Homme…et la Femme- est essentiel dans le développement du sens pratique, cette aptitude à rechercher une solution pour chaque problème matériel et humain.
    Cette combinaison complexe de l’intéroception et de l’extéroception permet d’APPRENDRE puis de COMPRENDRE, et enfin d’apporter LA solution .
    On voit ce vide de la pensée active chez les technocrates manchots qui gouvernent désormais le monde.
    La jactance creuse du politicard ne remplaceront jamais l’expérience du labeur à la cuisine, à la buanderie, au bureau, à l’usine ou sur le chantier.
    La Chine première puissance mondiale, et la France de macron en passe de devenir la dernière… on voit pourquoi.

  4. La France ,ou ce qu’il en reste forme des consommateurs .La Chine forme des travailleurs Trouvez l’erreur !
    çà ne peut qu’empirer

    • J’ai été surprise d’apprendre que les mamans au chômages se plaignaient de manquer d’argent mais achetaient des couches jetables pour leurs bébés et ce jusqu’à 3 ans et plus, des plats tout prêts et ne rêvaient que d’aller chez l’esthéticienne « comme les autres »! quand on est au chômage, on s’arrange pour mettre des couches lavables, apprendre à son enfant à aller sur le pot bien avant 3 ans et pour l’esthéticienne, on n’en a pas besoin à ce point ! Il y a des priorités, tout de même!

  5. l’un des meilleurs sujets du jour avec celui sur BB.
    Cet état d’esprit vient de mitterand , j’en ai connu qui considéraient les études techniques dégradantes pour leur rejeton, ça a donné toutes ces bouses actuelles dont on ne sait que faire.
    Sans parler d’études ils sont incapables de faire quoi que se soit à part regarder un petit écran toute la journée bouffer de la merde anglo-saxonne et se gaver de sucrerie. Faut pas leur demander d’avoir 3 sous de réflexion , c’est du pain béni pour les médias au service du globalisme.

  6. Leur faire passer un coup de balai dans la salle de classe serait effectivement formateur, mais au-dela quel intérêt ? Comme on ne gonflera pas le volume horaire, ça se fera comme toutes les autres formations gadget au détriment du français ou des maths. Le but de l’école est d’instruire et pas d’éduquer. Eduquer c’est le rôle des parents. On ne se fait pas d’illusion car entre regarder « danse avec le stars » et éduquer les enfants, le choix est vite fait. Mais de grâce, l’école est faite pour apprendre aux enfants à lire, écrire et compter. On est loin du compte.

    • Les deux se sont faits, les parents plus l’enseignant car parfois les parents étaient deux à occuper une fonction et parfois ils n’étaient pas aptes pour éduquer leurs enfants. et oui ! même à cette époque, il y avait des gens démunis mentalement et financièrement.

    • En quoi passer 10 minutes à nettoyer sa classe empêche-t-il d’apprendre le français et les maths? En quoi, essuyer la vaisselle et les tables après le repas avant d’aller en récréation empêche-t-il les enfants d’apprendre? de laisser les cabinets propres après son passage empêche-t-il de se défouler en récréation?
      En quoi apprendre à suivre une recette, gêne-t-il l’apprentissage du français? Quand vous avez des profs (femmes) de français de collège qui disent aux jeunes dont ils ont la charge qu’ils  » s’en battent les steacks » de ceci ou de cela ou lors de cours EVARS que les élèves comprendront mieux quand ils auront eu « une b.te dans le c.l »! Pour le coup, on imagine que , oui, les parents feraient sans doute mieux! et que si certains parents font pareil ou pire, ils ne le font qu’à leurs enfants et pas à une classe tout entière!

    • Ça prend 5 minutes pour balayer une classe et, suprême apprentissage, il faut que ça se fasse après les cours sinon on en arrivera à compter le temps de trajet dans le temps de travail.

  7. ce n’est pas le rôle de l’école d’apprendre a faire la vaisselle. son rôle est d’apprendre a lire , a compter, l’histoire et la géographie. pour le reste (éducation sexuelle, aider au ménage et a la vaisselle, la politesse, le respect des institutions) c’est le rôle des parents.
    c’est en cela que le terme « éducation » (nationale) est mal choisi ou dénote de ce qu’ils ont derrière la tête.
    l’éducation est du ressort des parents et « l’école » est du ressort de l’état.

    • Nous avions des cours de travaux manuels, cuisine et couture comprises, et pourtant, nous savions lire bien plus tôt que maintenant, nous connaissions l’orthographe et la grammaire mieux que maintenant, et notre connaissance des maths était meilleure.
      Idem pour l’histoire et la géographie (matières que je détestais)

  8. Bonjour Virginie. Vous avez le don de mettre le doit là où ça pique. Vous remettez en surface des activités du bon sens, perdues par idéologies ou mépris de ce qui serait considéré négligeable par les ronds de cuir des ministères successifs. Musique, travaux pratiques élémentaires délaissés au profit d’activités déviantes.

    Nos mères nous rappelaient de temps à autre : « nous apprenions à coudre, à la main, à la machine, à réparer un vêtement, à tricoter ». Ce qui fut bien utile après guerre. Aujourd’hui, on jette, on renouvelle par effet de mode, mimétisme ou simplement amour propre. Apparemment, les futurs pères n’étaient pas sollicités en ces matières. A remettre le sujet dans son contexte, les mères restaient au foyer, les pères gagnaient l’argent nécessaire au foyer. Levés tôt, déplacements à bicyclette par tout temps, en ruralité, bien souvent à la suite d’un petit déjeuner frugale. Malgré tout, ils ont amorcé les « trente glorieuses ». Le goût du travail était naturel par nécessité. Les français n’étaient pas encore gavés d’aides sociales.

    Qu’observe-t-on aujourd’hui ? Musique, travaux et expériences pratiques délaissés à la suite de « bonnes justifications » . Vous décrivez très bien quels en étaient et sont les avantages de ces pratiques, certainement inappropriées pour nos chers pédagogues. A la suite, dès ses premiers pas en activité professionnelle, la jeunesse pense déjà à la retraite. Toute sa motivation s’exprime déjà. Il faut avouer que les adultes lui ont préparé le terrain : nécessité d’épargner, le PER occupe les esprits dès les premières heures . On n’incite pas à travailler, on oblige à penser futur repos, loisir. Dès le départ les dés sont pipés.

    L’Education Nationale est à refondre dans son entièreté. Un tâche colossale qui ne sera jamais menée. Nous aurons progressivement un transfuge vers les écoles privées jusqu’à ce que le mammouth devienne l’ombre de lui-même. Il sera alors possible de le réformer. Nous ne vivrons pas cette période.

    Certes, Virginie, il n’y a pas que du mauvais dans le public. Mais ce qui émerge est coiffé, étouffé par le parapluie de ce qui se révèle décadent. Les bonnes volontés se fatiguent ou désertent, ce qui amplifie le phénomène. Du meilleur on glisse vers le médiocre, à marche forcée volontaire bien souvent. S’adapter au niveau des arrivants tout en appliquant des principes de sous-doués : ex, le mérite au placard, les meilleurs retenus au niveau des médiocres.

    Virginie, vous résumez très bien « les élèves sont déconnectés des conditions matérielles de la vie collective » . Tout leur est dû, des capricieux par nature. Nous en faisons des soumis réactifs. Un trouble inapproprié à l’équilibre mental souhaité.
    Bonnes fêtes de fin d’année Virginie. Persévérez à nous gâter de vos articles.

  9. On préfère leur apprendre comment se servir d’un préservatif. au Japon aussi, les élèves nettoient, balaient et rangent leur espace de travail. Tous ces pays me semblent plus évolués que la France dans ce domaine.

  10. Il y a déjà tellement de délires progressistes à partager avec les enfants, qu’il n’y a plus de temps pour cela.

  11. A l’école de mon enfance, nos tables étaient en bois et chaque année, en juin, on kes passait au papier de verre pour effacer les graffitis de l’année et les laisser propres pour les suivants. Et bien, l’année d’après, on salissant moins, cqfd

    • Et nous, c’était avant Noël, Pâques et les grandes vacances que nous passions les tables au papier de verre avant de les cirer. Et il fallait que l’encrier redevienne blanc étincelant.

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