[UNE PROF EN FRANCE] Chronique de la violence ordinaire à l’école

Cet enchaînement de "faits divers" révèle la démission et la corruption hypocrite des... adultes.
@Unsplash
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Un collègue a été jeté au sol et frappé par des élèves. Il avait, auparavant, giflé l’un de ces garçons. Et la chasse au coupable commence, entre le professeur, les jeunes, les spectateurs… Responsable mais pas coupable, comme les ministres du sang contaminé ? Coupable mais pas responsable, selon la doctrine de l’excuse brandie dès que l’auteur des faits est un mineur, un drogué ou un étranger ?

On pointe du doigt une « génération perdue », et des jeunes qui seraient d’une nouvelle espèce. Ils se noient dans les simulacres d’émotions qu’ils surjouent quotidiennement sur les réseaux sociaux, sans plus rien éprouver d’autre, dans le réel, que d’éventuelles blessures narcissiques. Ils appellent tout le monde « Ma Vie » mais ne donneraient la leur pour personne. Ils ont des « besties » (meilleurs amis), des BFF (Best friend forever), mais ils les « affichent » sur les réseaux à la moindre dispute ou à la moindre contrariété, sans culpabilité ni remords. Ils sont violents.

Quoi de nouveau, sous le soleil ? Libanios, rhéteur du IVe siècle après Jésus-Christ, nous parle ainsi des étudiants de sa cité : « Depuis mon enfance, messieurs, j’ai entendu raconter les combats que se livrent en pleine Athènes les équipes d’étudiants, les matraques, les couteaux et les pierres, et les blessures, et les procès qui s’ensuivaient, les plaidoiries et les jugements sur preuves, et que les étudiants sont prêts à tout oser dans leur désir de promouvoir le prestige de leurs patrons. »

Les jeunes sont perdus ?

Mais qui a abandonné les jeunes au porno et au joint ? Qui fabrique, commercialise, achète les téléphones ? Qui les met dans les mains des enfants, pour avoir la paix, par faiblesse, par lâcheté, par manque d’assurance, par indifférence ? Qui programme les algorithmes de TikTok et de Snapchat ? Qui fabrique les puffs (cigarettes électroniques), les achemine et les vend aux mineurs malgré toutes les interdictions ? Qui les abreuve de publicités pour aiguiser toujours plus leur envie et leur désir mimétique ?

On déchaîne sciemment des passions dont les 5.000 années précédentes nous ont largement appris ce qu’elles entraînaient dans la société, et l’on joue ensuite les vierges effarouchées, on est « scandalisé », on « condamne fermement » ces comportements « inacceptables ». Et on reprend son chemin.

Tout le monde fait semblant d’oublier que l’Homme est un super-prédateur et que la violence fait partie de son fonctionnement naturel, instinctif, primaire. Vous prenez la personne la plus policée, la plus charmante, la plus éduquée, et vous la faites conduire deux heures dans le centre de Paris : elle ira sûrement puiser quelques expressions fleuries dans les arrière-tiroirs de son vocabulaire. Cette violence culmine à l’adolescence, chez les garçons comme chez les filles. Et qui était en charge de canaliser cette dite violence, dans les générations antérieures ? Les adultes.

Mais régulièrement dans l’Histoire, les adultes désertent, absorbés par leurs propres troubles et leurs contradictions. Ainsi, après la Révolution, des hordes d’enfants hantaient-elles les rues des villes, provoquant troubles et bagarres. Ains, à la fin du XIXe siècle, les Apaches animaient-ils, en jouant du couteau, les ruelles et les impasses.

Aujourd’hui, ce que révèlent les « faits divers » qui s’enchaînent inlassablement depuis des années, c’est la démission et la corruption hypocrite des adultes. Je ne dis pas des parents, mais bien des adultes en général. Et quand les éventuels boucliers vertueux baissent la garde et regardent ailleurs, les vicieux prospèrent et la gangrène gagne. Tant que les acolytes d’Epstein et consorts tiendront les rênes, et que la société civile, suffoquée, cherchera elle-même de l’air dans les paradis glauques de la drogue, du sexe ou des jeux (regardez les chiffres de toutes ces consommations chez les adultes), on se rachètera une conscience à bas prix en jetant la pierre aux adolescents.

À un moment, il faudra que tout le monde se reprenne en main, à commencer par moi. Sera-ce demain ?

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Virginie Fontcalel
Professeur de Lettres

Vos commentaires

36 commentaires

  1. Aujourd’hui déjà dire qu’il faut remettre l’autorité au centre du débat, que la politesse et la courtoisie sont des bases de la vie en société, qu’il faut être ferme mais juste et sanctionner la moindre incartade vous fait passer pour un vieux réac. Combien de fois n’ai je entendu: « mais c’est pas grave ». Oui, rien n’est jamais grave en soi, sauf qu’à force de tout excuser, la vie en société devient impossible. Quant à ce professeur qui a giflé ce jeune récalcitrant, il devrait être félicité par nous tous et non suspendu par une hiérarchie devenue totalement irresponsable.

  2. Certes, la « violence », plus ou moins prononcée chez les jeunes, a toujours existé, mais comme le dit Socrates (cf. commentaires), avant 1968, les adultes trouvaient normal de ne pas laisser dériver les gamins dans les bêtises, et ils sévissaient tout de suite. Depuis 68, tout a dérivé très vite, et donc, les parents et les grand-parents des jeunes d’aujourd’hui sont dans l’idéologie de 68 ; ça fait donc beaucoup de monde, tout milieu social confondu. Pour redresser la barre, il va falloir oser être extrêmement énergique (pour dire les choses de manière politiquement correcte).

  3. Plus rien ne nous étonne, hélas ! Quand on dispose de moyens suffisants, on met ses mômes dans des écoles privées, voilà le nouvel élitisme !

  4. De mon temps, on vouvoyait les profs et on se levait quand un adulte entrait en classe. Il est urgent de rétablir un certain ordre, exiger le respect. On peut traiter tous ces profs et chefs d’établissements de gauche de laxistes, dire qu’ils ont créé cette situation. Mais n’oublions pas les parents qui n’éduquent plus, voire pire qui éduquent dans le rejet de la France, de son autorité… Même motivés, les profs ne peuvent rien face à des perturbateurs sans repère.

  5. En 1995, un ami professeur d’anglais au lycée Massena de Nice m’expliquait qu’il devait enjamber de nombreux élèves assis ou allongés dans les couloirs de l’établissement avant d’atteindre sa classe…

  6. J’ai dù être une professeur coréenne…
    Dans mes classes,quand on ne devait pas moufter,on ne mouftait pas.Mais j’ai 77ans.

    • Moi aussi j’ai 77 ans. Pour faire un parallèle avec mon vécu, anecdote : en mai 68, devant ma salle d’examen (concours écoles d’ingénieurs) un « piquet de grève » veut nous empêcher d’entrer ; mon père qui m’accompagnait, va vers le groupe, sort un calepin et dit « je prends les noms » ; le meneur du piquet donne son nom en tremblant et se retournant vers ses camarades constate qu’ils se sont tous volatilisés. Il faut dire que mon père qui est prof était en costume cravate et que son calepin était un agenda de la MAIF.

  7. « Faits divers » ou effets divers, dans tous les domaines de la société de cet effondrement des consciences, des intelligences, du rapport aux autres, de la morale, de ses filiations ?
    L’école est un des symptômes sans doute du ramollissement généralisé d’une nation.
    Le pays est dans le coma. Reste à savoir s’il va pouvoir se réveiller, ou s’il est trop moribond.

  8. Nous payons 70 ans de dérive scolaire au plus haut sommet. De Gaulle a fait une grave erreur en 1947, celle de « laisser » la Direction de l’Education nationale à la gauche socialiste pour la remercier pour ses actions de résistance. Il aurait fallu la conserver dans le giron de la droite chrétienne.

  9. Nous avons fait des « enfants rois » et ils sont devenus des adultes « pommés » !! L’autorité a fonctionné pendant des siècles et a fait des générations qui a permis de « tirer vers le haut » et avec nos nouvelles méthodes d’éducation , il suffira de 3 générations pour faire la grande reculade !! Pourquoi les pays émergeants sont les premiers en tout car à la base ils sont disciplinés !!

  10. 2h? Même pas. Traverser esplanade du forum des halles, cela suffit pour vous donner la haine de l’humanité, quelqu’elle soit! Et pourtant au milieu de tout ça il y a bien des personnes attentives aux autres dans les petits accidents de la vie.

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