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Editoriaux - International - 16 avril 2017

Trump : la pokérisation du monde !

Le Bureau ovale est le nouveau tapis vert du président américain. En entrant à la Maison-Blanche, Trump semble avoir découvert avec ravissement tous les « war toys » qui étaient à sa disposition.

L’image du fou de Pyongyang entouré de centaines de généraux à la casquette surélevée et aux applaudissements « spontanés » et rythmés a dû interpeller le cow-boy de Washington, qui a trouvé dans ses généraux hyper décorés des conseillers dévoués et prêts à faire entendre à nouveau au monde la voix mégatonique de la plus grande démocratie !

Capricieux, versatile ou menteur ? On ne saurait se prononcer depuis ce côté de l’Atlantique. Mais il apparaît bien que ce qui était sa pétulante vérité électorale ait été balancé avec une égale célérité dans sa poubelle présidentielle. Repli sur les intérêts de la nation, OTAN obsolète, barricade de la frontière sud (sa ligne Maginot) : tout laissait à penser qu’à défaut de devenir fébriles, les allaient se concentrer sur leurs 50 États et leur précieux billet vert…

Même à 260 m, au 72e et dernier étage de sa Trump Tower, l’horizon du nouveau candidat était limité à la Fed – Banque fédérale – à Washington et Las Vegas, à défaut de la côte Pacifique et même du siège de l’ONU situé à moins de 2 km…

Dès son entrée dans le Bureau ovale, surprise et étonnement : le nouveau président se mue en chef de guerre en enfilant, en désordre, les panoplies de gendarme et de chevalier blanc.

Première opération : une rafale de Tomahawk sur la Syrie, pour faire baisser le nez à ce « barbare » d’el-Assad !

Seconde décision : l’envoi d’une flotte près du despote de Corée du Nord et des sommations – pour l’instant orales – avant frappes préventives, sinon curatives.

Le bombardement du terrain syrien se révèle décevant. En effet, une partie seulement des missiles ont atteint leur objectif. Le grand chef découvre que ces engins étaient anciens et ne portaient qu’une charge modeste d’explosif classique. « Général, quoi de plus démonstratif dans nos arsenaux ? Une super bombe, Monsieur le Président, the Mother of All Bombs, jamais encore utilisée en opération réelle. »

Qu’à cela ne tienne, un objectif de nouvelle et grande opportunité est dévolu à cet engin démentiel. Une grotte en Afghanistan, repaire de talibans, inaugure la (re)montée en puissance des États-Unis !

L’escalade, encore classique, fait fi des humeurs de l’ONU, bien silencieuse sur ces initiatives. L’US Air Force possède assurément d’autres GBU 43 (Guided bomb unit). Vont-elles être utiles au maintien de la Pax Americana dans le monde ?

Le fébrile tacticien pourrait se révéler, hélas, un dangereux stratège. Sa diplomatie de roulette trouvera en Asie un concurrent sérieux et déterminé avec la Chine.

En effet, la mer qui la borde est son fief et les sujets d’affrontement régionaux, qui sont nombreux, pourraient subitement s’y réveiller. Revendications sur les archipels Spratleys et Paracels par tous les pays environnants face à la Chine conquérante – Brunei, Indonésie, Malaisie, Philippines, Vietnam -, érection d’îlots artificiels par la même, indépendance de Taïwan et velléités nucléaires de la Corée du Nord forment un « melting-pot » détonant dont la mise à feu pourrait résulter d’un acte irréfléchi et inconséquent et provoquer une déflagration mondiale !

Alors, en ce temps pascal, une lumière de réalisme et de modération pourrait-elle fortuitement éclairer Washington ?

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