[STRICTEMENT PERSONNEL] Au pays des mille et deux nuits
« Nous l’avons en dormant, Madame, échappé belle… » Ainsi le pédant Trissotin, à la troisième scène de l’acte IV des Femmes savantes, aborde-t-il la militante féministe Philaminte. Un astéroïde détecté par les télescopes de l’astronome Jean-Dominique Cassini, premier directeur de l’Observatoire de Paris, a dévié de sa trajectoire et n’a pas frappé la planète. La Terre est sauve.
De la même manière, au matin du 7 avril 2026, les Iraniens, aussi bien ceux qui étaient parvenus à dormir (les plus rares) que ceux qui avaient veillé (les plus nombreux), pouvaient-ils se congratuler. Au dernier moment, la mort stupide avait eu honte, comme dans le poème de Victor Hugo.
Dopé, peut-être même enivré par le coup de poker gagnant qu’avait constitué, quoi qu’il en coûtât, le sauvetage des deux aviateurs tombés en territoire ennemi, Donald Trump avait informé habitants et dirigeants du pays des Mille et une nuits que la mille et deuxième serait leur dernière s’ils ne venaient pas à résipiscence. À défaut d’une réponse positive à son offre généreuse, avait-il poursuivi, l’Iran verrait, sous les coups de l’invincible force de frappe des États-Unis, disparaître sa civilisation trois fois millénaire et retournerait à l’âge de pierre, ni plus ni moins. Le vice-président J.D. Vance, qui serait, dit-on, un va-t-en-paix discret, avait quand même précisé que, pour atteindre cet objectif ambitieux, il était exclu de recourir à l’arme nucléaire. Quant à eux, les inflexibles mollahs gardiens de la révolution, comme on pouvait s’y attendre, avaient rituellement répliqué à l’ex-postulant, désormais disqualifié, au prix Nobel de la paix qu’ils allaient lui ouvrir les portes de l’enfer.
Précaire répit
Au dernier moment, miracle : une heure et demie avant l’expiration de l’ultimatum trumpien, Washington et Téhéran, mine de rien, ont saisi la perche que leur tendait le Pakistan, improbable et opportun médiateur, et décrété un cessez-le-feu de quinze jours, assorti d’une entrée en négociation qui a en effet débuté ce 10 avril. Pris en étau entre les bombardements américano-israéliens et l’impitoyable répression de la dictature islamiste, les malheureux Iraniens ont retrouvé provisoirement l’un des droits les plus fondamentaux de l’homme, celui de dormir - aussi longtemps que durera la fragile trêve entre leurs très réels bourreaux et leurs très hypothétiques libérateurs.
Qu’ils profitent, que le monde autour d’eux profite autant qu’il se peut, de ce précaire répit qui ne doit rien à l’humanité mais tout au véritable rapport de force entre les deux belligérants. Nul n’ignore que l’opinion américaine est devenue majoritairement hostile à la guerre, que celle-ci n’a pas entraîné l’implosion du régime, mais que son coût économique, politique et moral pourrait bien conduire à une défaite des républicains et donc du président MAGA lors des fameux midterms qui se profilent à l’horizon. Quant aux fanatiques irresponsables qui ont de leur propre fait ramené le pays dont ils ont pris le contrôle, il y a un demi-siècle, au Moyen Âge en faisant passer les drones avant le beurre et l’enrichissement de l’uranium avant celui de la population, si indifférents qu’ils se disent aux conséquences de leur folle politique, ils sont les mieux placés pour évaluer l’étendue des dégâts, des ravages et des pertes consécutifs au conflit dans lequel ils sont tout aussi embourbés que leurs adversaires.
Infantilisme
Mais au niveau de régression, voire d’infantilisme, où sont tombés les dirigeants de la première puissance du monde et les gardiens de la révolution, du détroit d’Ormuz et de leurs comptes en banque, celui de leur dialogue, de leur vocabulaire, de leur jactance et de leurs provocations verbales et autres n’est pas sans rappeler les formes convenues que revêtaient les rixes entre Apaches de la zone parisienne au début du XXe siècle. Au « Sors si t’es un homme » des uns répondait le « Retiens-moi ou je fais un malheur » des autres. Trop heureux si l’intervention d’un tiers leur permettait de remettre les couteaux au vestiaire sans perdre la face.
La naissance et l’évolution des deux principaux conflits en cours sont une démonstration éblouissante de la permanence de deux principes, aussi vieux que la civilisation, que la barbarie et que la guerre de Troie, qu’un certain nombre des monarques qui nous gouvernent ont méconnus par inculture, par présomption ou par incompétence. On sait quand et comment commence une guerre. Il est à la portée du premier imbécile venu, et même du second, d’entrer en guerre. On ne sait jamais comment une guerre se déroulera, sur quelles surprises, à quels développements, à quelles conséquences elle mènera.
Entre escalade et reculade
Vladimir Poutine, pourtant un homme intelligent, avisé et expérimenté, croyait ne faire qu’une bouchée de l’Ukraine. La guerre y dure depuis plus de quatre ans et, sous l‘effet d’un phénomène de contamination des plus courants, elle a conduit entre autres l’Europe occidentale, si accoutumée depuis 1945 à l’inaction, au compromis, à la lâcheté, à la défaite, à se lancer dans une folle course aux armements, quitte à se retrouver aux portes de la guerre.
Donald Trump, si rusé, si habile, si professionnel dans le domaine des affaires, si inculte en matière de diplomatie, d’histoire, de géographie, voire de guerre (et pour cause), s’imaginait, surtout depuis l’épisode et le facile succès vénézuélien, que la seule vue, et s’il le fallait l’utilisation, du gros bâton américain tenait lieu de tout et viendrait à bout de tout. Il balance désormais, suivant les jours et l’inspiration du moment, dépassé par les mystères dont il s’est présenté comme l’organisateur, entre l’escalade et la reculade.
L’étincelle partie d’Israël et de Gaza s’est communiquée aux États-Unis puis a embrasé le Moyen-Orient. De proche en proche, l’incendie pourrait bien se propager au monde entier. Ce qui se passe sous nos yeux indifférents ou effarés vient nous rappeler que le meilleur n’est pas toujours le plus sûr.
Pour ne rien rater
Les plus lus du jour
Popular Posts



































39 commentaires
vous dites de Poutine que malgrès qu’il soit un homme avisé, intelligent… la guerre dure depuis 4 ans !
mais s’il n’y avait pas eu les bellicistes (les européens, macron en tête, bidon et la hyène) et « l’union des velléitaires » pour faire durer la chose, la guerre n’aurait pas duré un mois. et sans l’intervention des britichs qui ont fait sauter le nordstream on pourrait bénéficier du pétrole russe pas cher
Le régime des mollahs ne peut pas être vaincu par des frappes aériennes. Ce sont des fanatiques qui, comme Hitler, se battront à la fois contre les USA et contre leur peuple, tant que les gardiens de la révolution les soutiendront. La seule façon, à l’heure actuelle, de les chasser du pouvoir est d’associer l’agression externe et le soulèvement intérieur. Mais les 50 000 morts des manifestations de janvier pèsent lourd sur les épaules du peuple iranien. Quant à croire qu’une guerre contre un pays qui s’y prépare depuis quarante ans peut être gagnée en 5 semaines, relève soit de la naïveté la plus affligeante soit de l’incompétence la plus totale. Il faut, pour déclarer une guerre, avoir la volonté de la mener jusqu’au bout, au risque de se ridiculiser. Certes, ce conflit semble entraîner Trump vers une défaite politique aux midterms, mais qu’en serait-il d’un retrait qui sera forcément considéré comme un défaite ?
Riri 06, (15h10)
Vous avez raison, le sort des Iraniens n’est pas la préoccupation des américains « moyens ». Pas plus que la survie de l’état d’Israël, d’ailleurs.
En minorité au sénat, D.Trump n’aura pas l’autorisation de faire une « guerre », mais dans un délai raisonnable, il pourra « en remettre une couche » afin de liquider ce régime inhumain des mollah .
Pour l’heure, les négociations ayant échoué – normal avec des intégristes amoureux de la mort- D.Trump a d’autres « idées ». Il vient de décréter l’embargo AMÉRICAIN sur le détroit d’Ormuz que les mollah veulent privatiser.
On notera à cette occasion que Macron, en refusant de participer à une coalition, a encore perdu une occasion de sortir la France du déshonneur.
Et D.Trump menace la Chine, partenaire économique, de placer les droits de douane à 50% si la Chine aide, d’une façon ou d’une autre, les mollahs à se réarmer.
Et puis D Trump pourra continuer à aider militairement Tsahal. Il ne faut pas être défaitiste avec Trump!
D’ailleurs, Israël ne peut pas accepter que les mollah continuent à fabriquer la bombe, un des deux points refusés par l’iran. Faisons confiance aux Israéliens. Le hamas et le hezzballah liquidés, ils auront l’initiative.
Réponse à BERNARD37
Vous affirmez que Trump « reprendra… ce premier round de liquidation du régime des mollahs… après les midterms » de novembre 2026 « pour ne pas avoir à demander l’autorisation au congrès ».
A votre place, je serais plus prudent.
Selon tous les derniers sondages US que j’ai pu consulter, il est donné largement perdant à ces élections de mi-mandat, avec en perspective la perte de la majorité aussi bien à la chambre des représentants qu’au sénat.
Certes les sondages ne reflètent que la situation à un instant T, et les intentions de vote peuvent bien sûr évoluer, s’inverser même en sept mois. Mais si les actuelles tendances se confirment, Trump risque fort de se retrouver en minorité et réduit à expédier les affaires courantes jusqu’en janvier 2029, privé qu’il serait des moyens de son action intérieure et extérieure, notamment par des blocages budgétaires.
S’i Trump veut régler le conflit iranien, il a tout intérêt à le faire AVANT mais surtout pas après les midterms.
Que l’on soit aveugle au sort qui sera réservé aux populations ou que l’on soit ébloui par le résultat de tant d’inconséquence, une chose est sûre, on n’y voit pas plus clair dans cette affaire.
Les discussions USA-Iran ont échoué, ce qui est dommage mais prévisible. Dès le départ le plan de l’un était inacceptable par l’autre et vice-versa. Les Iraniens n’ont cédé sur rien, de même que les Etats-Unis qui exigeaient une reddition sans condition. Le tout saboté par l’excité Trump qui, à peine JD Vance débarqué à Islamabad, claironnait avant même le début des pourparlers que peu lui importait si les Etats-Unis trouvaient ou non un accord avec l’Iran. « Cela m’est égal, on les a écrasés, on a déjà gagné » hurlait-il.
Je suis très pessimiste pour l’avenir.
Les cinq principaux marchands d’armes, dans l’ordre : USA – Russie – -Chine – France – Royaume uni. Quels sont, par hasard, les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies, créés pour assurer la paix dans le monde? Vous avez 1 H.