Requiem pour les gilets jaunes

7 septembre 2019, acte XLIII des gilets jaunes. Depuis dix mois, comme les choses ont changé… Le nombre des manifestants, bien sûr, mais surtout l’essence même du mouvement, qui n’a plus rien à voir avec sa pureté du début.

Rappelez-vous, l’esprit des ronds-points, cette ferveur populaire qui faisait vibrer les patriotes ou grincer les dents des mondialistes.

Je me souviens de ceux de Montbard. La première chanson d’Antonin : « Débranche ta télé et enfile ton gilet… » « Démocratie autoritaire pour nous faire manger la poussière… » « Je veux des sourires dans la rue, loin des politiques corrompues pour pouvoir passer au-dessus, loin des promesses jamais tenues… » « L’humanité face au monétaire ». Ces gens sincères et pacifiques, que sont-ils devenus ?

Je me souviens des « Gueux », de Gaëtan Thomas. « Portant la France des oubliés, enfin on les voyait un peu, les gueux. » « Ils veulent plus d’BFM TV, de tous ces médias enchaînés qui sèment la peur la division. » Les drapeaux tricolores flottaient sur les cortèges bon enfant. Nos trois couleurs, je ne les avais pas vues défiler depuis des décennies.

Je me souviens de Marguerite et de ses souriantes danseuses. « Ils veulent l’Europe à tout prix, les gentils, ils veulent nourrir leurs enfants, les méchants » . Génial et ô combien vrai !

La France des oubliés, la France périphérique, si bien analysée par Christophe Guilluy et Jérôme Fourquet, sortait enfin du cercle des gens qui pensent autrement et qui pensent aux autres.

Puis, après la grande peur macronienne de décembre sont venus – est-ce un pur hasard ? – les samedis assombris par la fumée et, sur l’Arc de Triomphe, les tags noirs des Black Blocs, opportunément et subitement sortis d’on ne sait où. La récupération gauchiste était en marche et, « en même temps », la participation aux manifestations déclina.

Les LBD parlèrent. La répression se déchaîna. Je pense souvent à cette jeune fille visée longuement par un policier et éborgnée à bout portant.

Pour elle, vous allez me prendre pour un fou, je fais le rêve de gagner à EuroMillions. Je construirais un grand centre de santé pour ceux qui ont payé dans leur chair leur soif de dignité. Ce serait aussi un lieu d’activités agricoles pour ceux qui cherchent du travail, ainsi qu’un lieu de réflexion et d’enseignement. Enfin, ce serait un lieu de mémoire pour le mouvement des gilets jaunes, mais aussi un lieu de mémoire en l’honneur de toutes les personnalités françaises qui les ont soutenus.

Un rêve…

Hélas, à Montpellier, ce 7 septembre, 500 Black Blocs accompagnant impunément quelques centaines de gilets jaunes se sont livrés à leurs dégradations habituelles. La récupération par l’extrême gauche est totale. J’ai décidé de retirer le gilet jaune de mon pare-brise…

J’en veux à cette grande formation politique, le RN, qui n’a pas saisi l’occasion de montrer qu’elle se tenait aux côtés du peuple des oubliés. Toujours cette attitude du « nous ou rien » qui ne la mènera à rien. Juste à faire réélire Macron.

Mais les faits sont têtus, la France des oubliés est toujours là. Et il y a bien peu de chance que la clairvoyance et la sollicitude pour « ceux qui ne sont rien » illuminent le cœur et l’esprit de l’omniscient Président.

Alors, les gilets jaunes réapparaîtront, j’en suis sûr. Je ressortirai le mien.

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