Editoriaux - Politique - Social - 3 janvier 2020

Nuit de la Saint-Sylvestre : le record des voitures brûlées a été battu

Comme c’est festif, une voiture qui brûle !

Dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, en même temps que le président de la République nous a présenté ses vœux sur un mode classique, contestables ou non sur le plan politique, en tout cas sans la moindre manifestation d’angoisse sur l’état de la France, Strasbourg et sa communauté urbaine allaient être à feu et à sang, une guérilla urbaine, un terrorisme purement national, des groupes masqués saccageant, incendiant et s’en donnant à cœur joie !

D’autres villes de France, nombreuses, ont connu et subi les mêmes dévastations et désordres dans une impunité qui stupéfie.

Ce n’est même plus « Il est interdit d’interdire ». On ne sait plus interdire et on observe les transgressions en les qualifiant de rituel alors qu’elles se généralisent. Dépassé par le chaos, on a pris le parti de lui laisser carte noire.

On était en France. Le record des a été battu. Plus de 220. Une vingtaine de fonctionnaires blessés. Je vais finir par penser qu’une véritable compétition s’engage, dans notre pays, entre les lieux et les cités chaudes, pour déterminer qui saura le mieux profiter de l’absence de toute autorité de la part de l’État. Une sorte de joute pour la commission du pire.

 

Il faut bien considérer qu’en effet, ce doit être festif, une voiture qui brûle, puisque chaque année, on attend avec une impatience résignée le chaos qui surgira au cours de cette nuit du 31 décembre.

On devrait se féliciter du fait que des élus, par exemple Robert Herrmann et Stéphane Bourhis, se sont indignés et ont demandé qu’un consensus, au moins, existe sur l’effroyable constat. Mais on ne sait que trop que nous sommes très forts sur les prévisions alarmistes avant et les constatations affligées après. Il n’a manqué que la vigueur, la rigueur, l’absence de complaisance et une politique de sécurité cohérente et efficace.

Et un pouvoir qui aurait été capable de l’inspirer et de l’ordonner.

Mais il était trop préoccupé par ce mystère insondable : qu’allait donc dire le président sur les retraites ? (“Le Président essaie la flatterie démocratique…”).

Et pour l’essentiel, nous n’avons rien eu. Seulement la réponse de la folie strasbourgeoise et des alentours.

J’entends bien qu’il serait malhonnête d’imputer au Président et aux ministres concernés la responsabilité directe de ce qui a offert dans le paysage républicain, sans l’ombre d’une résistance, des scènes d’ignominie urbaine en même temps que le solennel et le lénifiant évitaient soigneusement d’évoquer les inquiétudes françaises : l’identité, la sécurité, la justice, la sauvegarde de notre unité, la compréhension de notre peur face à un savoir vivre ensemble éclaté, bousculé, parfois nié.

Des obsessions lancinantes indignes d’être apaisées par les titulaires d’un pouvoir peu soucieux de rassurer ceux qui le subissent.

Je ne peux pas m’empêcher d’analyser cette simultanéité entre l’adresse présidentielle et la fureur strasbourgeoise emplie de bruit, de dégradations et de fumées comme un signe éclatant et pervers : un État qui voudrait mais ne peut pas, des voyous qui ne veulent rien mais peuvent tout.

L’erreur est là : il serait temps que le pouvoir s’occupe de nous, donc de ce qui devrait le regarder au premier chef. Le reste, ce sont des digressions démocratiques.

Extrait de : Justice au Singulier

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