Six jours après la de son jumeau Grichka, Igor Bogdanoff l'a rejoint dans l'autre vie. Entreverront-ils le visage de Dieu, pour emprunter l'un de leurs titres ? On le leur souhaite. Retrouveront-ils, dans la résurrection de leur chair, leur menton inconcevable et leur tignasse de stars de la pub ? On n'est pas certain de le leur souhaiter.

Comme pour la mort de Grichka Bogdanoff, la mort d'Igor a été exploitée par les partisans du vaccin contre le terrible virus. Certes, à 72 ans, pas vacciné, on a des chances de mourir. Le moment vient un jour où, pour reprendre la limpide formule de Desproges, « les droits de l'homme s'effacent devant les droits de l'asticot ». Titulaires de doctorats scientifiques, certes disputés mais jamais annulés, les frères Bogdanoff avaient sans doute plus de cartes en main, pour se faire une idée, que n'importe quel bon citoyen de micro-trottoir qui se contente d'ânonner, derrière les élastiques de son slip de papier bleu : « Bah, dans le contexte actuel, j'pense c'est un geste de bon sens pour se protéger... et pis, bah, sans mon passe, t'façons, bah j'pourrai pas emmener mes enfants à Disney. »

Complotistes, les Bogdanoff ? Allez donc ! Leur approche de la science, digeste et farfelue, ne plaidait guère en leur faveur. Les braves gens (qui n'aiment pas que l'on suive une autre route qu'eux, on le sait) ont tôt fait de salir la mémoire des deux scientifiques les plus connus du show-business. Les mêmes qui s'extasient devant la synchronisation des jumeaux, leur capacité à ressentir la douleur de l'autre à distance ou à partager leurs sentiments les plus intimes, excluent d'ailleurs d'emblée l'hypothèse d'une mort due à la gémellité... ou tout simplement au malheur, puisque ces frères, comme les oiseaux du même nom, auront littéralement été inséparables pendant près de cinquante ans.

Inséparables, d'ailleurs, à un détail près : si Grichka n'avait pas d'enfants, Igor, lui, comme l'a rappelé notre ami Nicolas Gauthier, ces derniers jours, en avait six, issus de trois mariages. Le statut médiatique du défunt n'excuse donc pas tout : un peu de respect pour sa veuve et ses enfants pourrait être le minimum syndical et l'on pourrait attendre au moins quelques jours avant d'utiliser son décès comme un panneau publicitaire pour la piqûre obligatoire.

Les Bogdanoff sont morts. Du Covid, peut-être. D'autre chose, peut-être, également. À 72 ans, on est plus fragile qu'à vingt. Paix à leur âme. Avec eux, au passage, disparaît une certaine idée de la connaissance, ainsi que deux êtres au destin plutôt romanesque. On n'en dira pas autant à la mort d' ou de Gabriel Attal, par exemple. Au « Temps X », s'entend... La mort remet les êtres à leur juste place. C'est au moins ça. « On vous jette de la terre sur la tête et en voilà pour jamais », disait Pascal. Ce qui subsiste, ce sont les souvenirs ; l'empreinte du destin, pour ceux d'entre nous, bien rares, qui en ont un.

Nous avions, nous, les gens de peu, de bons souvenirs des frères Bogdanoff, depuis « Temps X » jusqu'à leurs passages à la télévision, où on hésitait entre l'admiration et l'amusement. Nous n'aurons pas la même chose à dire des petits entrepreneurs de pompes funèbres du qui vitupèrent dans leurs costumes ridicules. Peut-être qu'ils étaient vaccinés, dira-t-on, mais qu'est-ce qu'ils étaient chiants ! À chacun sa fin.

Paix à l'âme des frères Bogdanoff, à qui on ne demandera pas leur passe vaccinal là où ils vont. C'est tout ce qui devrait compter.

4523 vues

4 janvier 2022

VOS COMMENTAIRES

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles (excepté les brèves) sur une période de 5 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.

29 commentaires

  1. Bel éloge funèbre parmi tant de propos insipides, merci pour eux, Monsieur Florac et nos condoléances à leurs familles. L’éloge funèbre du sieur Macron sera-t-elle à la hauteur de ce qu’il souhaite aux Français ? On ne l’a guère entendu sur le mort de ces deux célèbres jumeaux.

Les commentaires sont fermés.