Lyon : quand l’éclat de la Fête des Lumières cache une controverse discrète

Certains bénéfices de l’événement seront reversés à une association œuvrant pour l’accueil des migrants en France.
Capture écran La Fête des Lumières sur Facebook
Capture écran La Fête des Lumières sur Facebook

Chaque année, Lyon se pare d’un éclat particulier où les façades des monuments, les places et les ponts se transforment en véritables tableaux vivants. La Fête des Lumières devient alors à la fois un héritage populaire, une commémoration religieuse et un grand rendez-vous culturel attirant des millions de visiteurs. Son histoire profonde, sa dimension chrétienne et la manière dont la ville orchestre l’événement montrent comment la France peut adapter ces réjouissances au présent sans renier son passé et continuer à briller.

De la dévotion à l’événement populaire

L’origine de la Fête des Lumières remonte à 1852, lorsque l’inauguration d’une statue dorée de la Vierge sur la colline de Fourvière, initialement prévue le 8 septembre, dut être repoussée en raison d’une crue de la Saône. Une nouvelle date fut alors fixée le 8 décembre. Ce jour-là, la pluie menaçait une fois encore la cérémonie et laissait craindre une annulation de la part des autorités religieuses. Pourtant, comme un signe venu du ciel, les nuages noirs se dispersèrent, laissant apparaître le soleil et permettant l’inauguration tant attendue. Le soir venu, les Lyonnais déposèrent spontanément de petits lumignons sur le rebord de leurs fenêtres, illuminant la ville et scellant une tradition née d’une ferveur simple et populaire en hommage à la Vierge Marie. Deux ans plus tard, en 1854, l’Église proclama le dogme de l’Immaculée Conception, dont la fête est célébrée le 8 décembre, renforçant encore la portée de la tradition lyonnaise tournée vers la Vierge Marie, protectrice de la cité depuis le XVIIe siècle, lorsqu’elle fut invoquée pour préserver Lyon de la peste.

Au XXe siècle, la tradition des lumignons s’enrichit d’initiatives municipales. En 1989, Michel Noir, maire de Lyon, et son adjoint Henri Chabert lancèrent le « Plan Lumière », destiné à mettre en valeur le patrimoine architectural par des illuminations. En 1999, l’idée d’unir ces installations lumineuses à la tradition du 8 décembre donne naissance au premier festival structuré. En 2000, l’appellation « Fête des Lumières » fut officialisée sous le mandat de Gérard Collomb. Plus d’un quart de siècle plus tard, la manifestation poursuit sa vocation. Ainsi, l’édition 2025, se tenant du vendredi 5 au lundi 8 décembre, propose encore de nombreuses illuminations animées, notamment sur la façade de la cathédrale Saint-Jean et sur la colline de Fourvière.

Les Lumignons du Cœur : une tradition charitable devenue instrument politique

Cependant, derrière l’éclat éblouissant des installations artistiques subsistent des choix municipaux qui soulèvent des interrogations légitimes. En effet, chaque année, lors de la Fête des Lumières, les Lumignons du Cœur proposent aux habitants d’acheter des lumignons au prix de 2 euros. Les bénéfices sont ensuite reversés à une association caritative. En 2025, la ville de Lyon, dirigée par le maire écologiste Grégory Doucet, a ainsi choisi comme bénéficiaire l’association pro-immigration SINGA Lyon, dont la mission affichée est de « changer le regard sur les migrations, d’en montrer la richesse et de favoriser les liens » et qui déclare qu’« une société se renforce quand elle s'ouvre aux migrations ». Pour cela, elle a la charge de créer « des opportunités de rencontres et de collaboration entre personnes nouvelles arrivantes et locales à travers de l’accompagnement à l’entrepreneuriat, des activités partagées et de l’hébergement citoyen ». L'une de ses fondatrices, Alice Barbe, avait d'ailleurs figuré, en 2015, parmi les candidats aux élections régionales de 2015 sur la liste d'EELV. Depuis, son engagement pour l’accueil et l’accompagnement des migrants s'est développé, notamment lors de la crise afghane en 2021, où elle aurait également aidé à l'arrivée en France de 80 à 100 Afghans présentés comme des féministes, d'anciens soldats ou encore des designers.

Ce choix, pleinement assumé, s’inscrit ainsi de manière cohérente dans l’orientation idéologique du maire. Pour autant, il soulève un débat de fond : un événement financé, organisé et promu en partie avec l’argent public peut-il légitimement servir à soutenir une cause militante lorsque celle-ci ne fait pas consensus auprès de l'ensemble de la population ? En effet, selon un sondage CSA pour le JDD, CNews et Europe 1 publié en septembre 2025, 79 % des Français se disent favorables à un durcissement de la politique migratoire. Dans ce contexte, la décision de la mairie apparaît en décalage avec une grande partie de l’opinion publique. Ainsi, une fête jusqu’ici fédératrice, apolitique et simplement culturelle se voit détournée de sa vocation initiale pour devenir l’outil d’un agenda clairement idéologique et politique.

L’importance de cette fête

Malgré ces choix contestables, la Fête des Lumières conserve une portée qui peut dépasser, fort heureusement, les querelles politiques. En effet, l’âme de l’événement demeure profondément ancrée dans le patrimoine et l’attachement des Lyonnais à leur ville ainsi qu’à leur Histoire.

Lyon n’est pas seulement la scène de la Fête des Lumières, elle en est l’auteur vivant. Ce lien intime se lit à travers de nombreux témoignages comme celui de Rémi, ancien étudiant à Lyon, déclarant, auprès de Boulevard Voltaire : « La Fête des Lumières, c’est incroyable, c’est un rendez-vous à ne surtout pas manquer. Les créations présentées sont toujours belles, originales et chaleureuses. C’est un événement qui fait vibrer Lyon, qui l’anime, qui la fait vivre et qui contribue vraiment à la faire rayonner en France. » Pour Clothilde, catholique pratiquante, la Fête des Lumières revêt une dimension spirituelle profonde : « Pour moi, c’est bien plus qu’un spectacle. C’est une manière lumineuse d’entrer dans l’Avent et de se préparer à Noël. » Ce ressenti populaire résume la manière dont la fête nourrit l’identité lyonnaise, dynamise la vie locale et renforce sa renommée, participant ainsi au rayonnement culturel de notre pays.

Picture of Eric de Mascureau
Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

44 commentaires

  1. N’y a t’il pas d’autres associations à qui donner ? Comme des associations agrées de sécurité civile utiles à toutes et tous

  2. Il y a quelques décennies, cette fête des lumières était strictement religieuse. A 20 heures on mettait des bougies dans des verres de couleurs sur le rebord des fenêtres et les cloches des églises sonnaient , et tout ça pour honorer la Vierge Marie. Comme pour tout ce qui était beau et profond on a évolué vers un consumérisme débridé qui nous mènera droit en enfer. Tant pis.

  3. « Lyonnais de souche » je vais tous les ans voir les divers spectacles et bien cette année je suis particulièrement déçu, à part Saint Jean où la projection était magnifique comme souvent, le reste m’a bien déçu en commençant par la place des Terreaux où le début commençait bien puisque l’on attaquait avec les Mères Lyonnaises, pour tout de suite dériver sur la mal bouffe avec les raviolis Buitoni… et pour couronner le tout l’apalogie du couscous… Lyon capitale de la gastronomie, je ne pense pas sue c’est avec pareille projection que les visiteurs toucheront du doigt la gastronomie lyonnaise. Et que dire de la place Bellecour sinon… rien, le vide, le néant… enfin si des food-truck… grandement contestés par les restaurateurs ayant pignon sur rue.

    • La place Bellecour était si agréable. Ma mère aimait s’arrêter acheter un bouquet de glaieuls. Les chaisières veillaient à la juste occupation des sièges.
      Et bien sûr, la statue équestre de Louis XIV.
      Magnifique transition entre la rue de la Charité et ses antiquaires et la rue de la Ré(publique).

  4. J’ai quitté Lyon, ma ville natale, il y a bien longtemps. Dans les années 50-60, les « Illuminations » étaient un événement bon enfant
    La fête consistait à déambuler dans la presqu’île en admirant les vitrines, principalement pâtisseries et charcuteries et en faisant un peu les fous avant de rentrer à la maison.
    À présent, cette fête gigantesque me fait peur. Pas sûr que la Vierge apprécierait.
    Ce n’est que mon modeste point de vue.

  5. Tant pis si je suis en retard. Dans ma candeur naïve, je croyais que la fête des lumières avait quelque chose à voir avec les Frères Lumière. Mais non, il faut toujours mettre de la religion catholique partout. L’immaculée conception un dogme ! laissez-moi rire. Et surtout, que les religions arrêtent de dire que les femmes qui ne sont plus vierges ne valent rien.

    • Si c’est d’aussi bon goût que la fête pour l’inauguration des Jeux Olympiques, il vaudrait mieux ne rien faire, ça ferait des économies. Travez, vous êtes vraiment de très très mauvaise foi (sans jeu de mot)

    • vous êtes vraiment d’une mauvaise foi hallucinante, il ne  » faut  » pas mettre la religion catholique partout, sauf que c’est la religion catholique qui nous a construit, organisé depuis 17 siècles, donc oui la lumière vient de là, domage que chez vous elle soit éteinte à l’évidence !

  6. « selon un sondage CSA pour le JDD, CNews et Europe 1 publié en septembre 2025 », mr de Mascureau, vous semblez être un homme instruit et sensé. Comment pouvez-vous vous référer à ces colporteurs de fausses nouvelles (faqueniouz) dont certains ont été largement sanctionnés? Pour celles zéceux qui auraient un doute, je me suis permis une « touche » qui me semblait humoristique

  7. Les bobos des villes votent pour l’écologie , la macronie ou LFI.
    Quils assument leur choix destructeur. Ils l’ont voulu, ils l’ont.

    • J’habite dans le 6ème à Lyon, je ne suis ni bobo, ni écolo, je n’ai voté ni Macron ni LFI je n’ai donc RIEN voulu et pourtant je subis !

      • Le 6e à Lyon était un arrondissement cossu et agréable.
        Par la « grâce » de l’immigration, tout change, tout se transforme.
        Quelle tristesse.

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

LFI ne veut pas voir les gens sortir de la pauvreté
Gabrielle Cluzel

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois