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Editoriaux - Livres - 29 février 2020

Livre : Derrière le barreau, de Patrice Cirier

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Nous avons appris le décès de Patrice Cirier, lecteur et contributeur fidèle de Boulevard Voltaire. Avocat de profession, il l’était aussi, passionnément, de la France éternelle, de la nature et des animaux, et bien sûr de la Justice. À sa famille et à ses proches, Gabrielle Cluzel et toute la rédaction de Boulevard Voltaire présentent leurs sincères condoléances. Pour lui rendre hommage, nous republions la recension de son livre paru en 2019.

Certains livres vous réchauffent le cœur. Celui de Patrice Cirier, nos lecteurs connaissent bien, par exemple. On y suit les traces audacieuses d’un jeune et fringant avocat, Éric Soulignac, passionné de course automobile, qui aime les joutes oratoires, chérit l’honnêteté et vénère les jolies femmes. Ce héros humain et entier sert de point fixe à une série d’affaires judiciaires terribles ou cocasses, pour lesquelles l’auteur dit n’avoir changé que les noms.

On y suivra ainsi les déchirements que ces affaires provoquent, mais aussi des claquements de porte de vaudeville, sans oublier de beaux moments de rigolade et d’amitié, des courses menées tambour battant et des passes d’armes entre avocats. On s’y désolera aussi de la médiocrité, de la pusillanimité et de l’indécente malhonnêteté des juges et des politiques. Vieille rengaine, mais tellement d’actualité. Ayant hérité de la « nuque raide des Soulignac », l’avocat ne fera ni concession ni quartier, et en paiera parfois le prix.

Le parfum de ce livre, il faut bien le dire, est celui des années d’avant : plaisanteries sans méchanceté, révolte contre ce qui est révoltant, absence de concessions, foi en la vie et défense du bien, lutte dans les épreuves. Vous trouvez peut-être cela anachronique. Derrière le barreau ressemble peut-être un peu à un Signe de Piste pour grandes personnes. Et alors ? Quand bien même. C’était le temps où la magistrature commençait à peine à se féminiser : çà et là, on entendait dire que les viragos incompétentes se multipliaient – mais on ne tirait pas sur les messagers. C’était le temps, aussi, où on pouvait rouler vite sur des départementales pour échapper à ses poursuivants, partir de son cabinet avec un vieux revolver, avoir des « enfants de l’amour » ou dormir à la belle étoile dans un champ sans éoliennes.

On ne peut que conseiller Derrière le barreau aux gens de justice, comme disait Daumier, ainsi qu’à ceux qui se demandent si la France a beaucoup changé, ces dernières décennies. Derrière cette suite d’anecdotes et d’instantanés, c’est un monde qui prend vie avec beaucoup de vigueur. Et naît dans le cœur du lecteur la double nostalgie de la province et du XXe siècle déclinant.

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