Editoriaux - 23 octobre 2018

L’hystérie, docteur Buzyn, c’est grave ?

La cause animale est à la mode : défendre le frère avec qui nous partageons le même souffle vital (anima). Intellos et bouchers, vegans et antispécistes, humanistes et animalistes déploient leurs étendards. Pourquoi ne pas y joindre celui des femmes, animal comme un autre, puisque la PMA s’apparente, selon le professeur Testard lui-même, à une pratique vétérinaire ?

Les éléments de langage font la politique. On a eu l’anaphore meurtrière de Hollande, le “en même temps” de Macron. Le “maître des horloges” enrichit notre langue avec une périphrase : “inégalité de destins” et un oxymore : “débat apaisé”. Deux marques présidentielles déposées. Un adjectif superlativé a traversé les deux quinquennats : “les plus fragiles”. Le mot “homophobie”, lui, revient sur la scène médiatique tandis que le néologisme « hystériser » fait une belle entrée. On dit désormais “hystériser” les débats ou le discours. Ainsi, les homophobes retardés qui ne comprennent toujours pas que la civilisation, c’est la nature corrigée, « hystérisent-ils » les débats sur la procréation assistée. Un « homophobe » est donc un hystérique à soigner par le redressement linguistique et législatif.

Quant à l’enfant, il peine toujours à être considéré comme une personne à part entière. Dans les tableaux de Georges de La Tour, les enfants sont emmaillotés serré de la tête aux pieds : même le divin enfant. Au XVIIe siècle, l’enfant des villes ne tète pas sa mère : il est en nourrice à la campagne. Faim oblige, les enfants sont abandonnés sur les marches des églises où saint Vincent de Paul les ramasse. L’ogre, dans Le Petit Poucet, en dit long sur nos fantasmes, dont celui de la paternité. Dans LesMisérables, Fantine abandonne Cosette, doublement orpheline. Dans L’Homme qui rit, on voit un enfant, exhibé dans les foires, à qui on fait, dans sa chair, le masque du rire.

Il y a des enfants-soldats, des enfants prostitués, des enfants violés, volés, drogués, supprimés. Bientôt, de par la loi, on achètera le sperme pour avoir des enfants (nature, hélas encore, oblige) made in France. Demain, on louera deux ventres pour éviter que la « donneuse d’ovocyte » ne s’attache au fruit de ses entrailles. “Mais non !” a dit « la mère porteuse » à l’heureux papa inquiet : « Cet enfant, il est à vous ! » Le papa en a pleuré d’une joie qu’il a fait partager au monde entier. La loi naturelle sexuée, non ! non ! non ! Le fric, oui ! oui ! oui ! C’est d’ailleurs pour ça qu’on a une Convention internationale des droits de l’enfant.

Dimanche, à RTL, madame Agnès Buzyn, ministre de la Santé, a dit que le Comité consultatif national d’éthique et le Conseil d’État avaient donné leur feu vert à la PMA. Et que les parlementaires y étaient même favorables. Dire cela, Madame le Ministre, n’est-ce pas… pousser le bouchon un peu loin ? Je veux dire : charrier dans les bégonias, gauchir le propos, bref, “hystériser” ? Mais, en fait, c’est quoi, hystériser ? C’est grave, docteur ? Et « aide conviviale à la procréation » serait politiquement plus correct ?

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