L’existence du prophète Moïse enfin attestée ? Une découverte relance le débat

Entre foi et Histoire, cette révélation ouvre un champ des possibles fascinant et inattendu.
Capture d'écran YouTube
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Sur le site énigmatique de Serabit el-Khadim, perché dans le Sinaï égyptien, une récente découverte archéologique vient bouleverser notre vision de l’Histoire. En effet, des inscriptions gravées dans la roche, il y a plus de 3.800 ans, pourraient constituer les plus anciennes références extra-bibliques à Moïse jamais retrouvées. Cette révélation, portée par l’archéologue israélien Michael S. Bar-Ron, ouvre un débat fascinant mêlant foi, Histoire et rigueur scientifique.

Une découverte inédite

Après huit années d’étude minutieuse, le chercheur israélien a analysé les parois rocheuses de Serabit el-Khadim grâce à des scanners 3D mis à disposition par le Harvard Semitic Museum. De cette enquête est ressorti un corpus de 23 mots en écriture proto-sinaïtique, une forme archaïque d’alphabet sémitique datée d’environ –1800 à –1500 avant Jésus-Christ. Certains de ces termes sembleraient renvoyer explicitement au prophète de l’Exode : « zot mi’Mosche » (« de la part de Moïse ») ou encore « ne’um Mosche » (« une phrase de Moïse »).

Le lien avec le peuple d’Israël est renforcé par la présence d’inscriptions évoquant « El », une divinité hébraïque primitive. Ce dernier aurait même supplanté d’autres mentions faites à Hathor, la déesse égyptienne de l'amour, de la sexualité, de la maternité, de la musique et de la joie, vénérée sur ce site minier. Cette découverte suggère ainsi une possible rupture théologique et culturelle.

Toutefois, cette hypothèse reste controversée. Des égyptologues, comme Thomas Schneider, estiment que la lecture de Bar-Ron pourrait être erronée, car le déchiffrement du proto-sinaïtique reste difficile. Une mauvaise identification de certaines lettres pourrait fausser l’interprétation, donnant l’illusion d’un lien avec le prophète Moïse.

Moïse et l’Exode

Avant cette découverte, aucune preuve archéologique indiscutable n’établissait l’existence de Moïse ni celle de l’Exode en dehors du récit biblique. Le consensus actuel dans la communauté scientifique est que l’archéologie ne confirme ni n’infirme l’Exode, faute d’indices matériels.

Un jalon important reste, toutefois, la stèle de Mérenptah, vers –1200, qui mentionne pour la première fois l’existence d’un peuple appelé « Israël » en Canaan. Si elle ne parle ni de Moïse ni de l’Exode, elle atteste qu’un groupe identifié comme israélite existait déjà à la fin du XIIIe siècle av. J.-C. Certains chercheurs ont même proposé que Mérenptah, plutôt que Ramsès II, pourrait correspondre au pharaon de l’Exode, mais cela reste une hypothèse.

Moïse, pour sa part, demeure une figure fondatrice du judaïsme. Selon la tradition, ce premier prophète du peuple élu libéra les Israélites de l’esclavage égyptien, reçut les Dix Commandements au mont Sinaï et guida son peuple pendant quarante ans à travers le désert jusqu’à la Terre promise. Mais pour nombre d’historiens, son existence historique est loin d’être établie. Certains voient en lui une figure composite, fruit du mélange de plusieurs récits et de souvenirs historiques, comme l’expulsion des Hyksôs, un peuple d’origine asiatique chassé d’Égypte vers –1550.

Restons prudents

Si les inscriptions de Serabit el-Khadim sont authentifiées, elles pourraient constituer la plus ancienne mention matérielle attribuée à Moïse, antérieure de près de deux millénaires à toute autre référence extra-biblique. Selon Bar-Ron, leur caractère personnel et poétique laisse penser qu’elles pourraient avoir été gravées par un scribe connaissant les hiéroglyphes égyptiens mais préférant le proto-sinaïtique pour délivrer un message intime ou sacré.

Néanmoins, Bar-Ron lui-même appelle à la prudence. Il souligne que tirer des conclusions sur la base d’une ou deux inscriptions isolées serait téméraire ; c’est l’ensemble du corpus qui doit être étudié, confronté et validé par ses pairs. Il déclare ainsi que « tirer des conclusions sur la base d'une ou deux inscriptions serait faible, effectivement, mais elles reposent plutôt sur ce que l'on comprend de l'ensemble complet découvert à Serabit el-Khadim. Je ne saurais trop insister sur l'importance de lire la protothèse que j'ai publiée. »

Le champ des possibles reste donc ouvert. Cette découverte, si elle était confirmée, pourrait déclencher une nouvelle dynamique d’études interdisciplinaires mêlant épigraphie, égyptologie, histoire et théologie.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

49 commentaires

  1. Moïse – Ouf ! Depuis le temps que je me posais la question. Je vais pouvoir relire mon Exode sereinement. En espérant que ce n’est pas encore là une manip de Netanyaou.

  2. Il faut se méfier de ces découvertes et rapports des faits qui remontent de tant de temps, déjà on est pas sur des véracités de ceux d’un seul siècle alors du temps de Moïse ! Ça fait rien, la recherche est une belle chose.

  3. Je ne comprends pas pourquoi on gaspille beaucoup de temps et beaucoup d’argent dans ce genre de recherchez autant stériles que fantasmagoriques…… alors que le monde actuel va si mal. A quoi sert de connaitre l’Histoire si ce n’est pas pour en tirer profit au bénéfice du présent et du futur proche ?

    • Rien, car la science actuelle permet de dater la naissance de l’univers et dit aussi qu’il y a une fin, contrairement aux idées marxistes et athées qui évoquent un univers sans début ni fin. La science a évolué pour en arriver à une origine vraiment très petite, la physique quantique nous aide en ce sens et pour l’origine de cet univers, on est toujours dans le mystère, on sait comment il est arrivé, mais il faut quelque chose, pour rester hors religion pour le faire fonctionner, et une erreur de réglage infime et tous ici, compris moi, nous n’existons pas. Tout le monde qui veut expliquer hors science se casse la pipe en conjectures.

  4. Toutes les religions reposent sur des mystères , des trois religions du Livre , juive , chrétienne , musulmane , la dernière est aussi mystérieuse , mais elle a un argument ultime pour effacer les deux précédentes et s’imposer sur toute la planète par tous les moyens , notre prophète est le dernier à avoir été en communication avec Dieu , donc son message efface les précédents .

    • Des prophètes encore après la naissance du Christ c’est un peu osé non? Il faut savoir que pour les musulmans, Allah est dieu et Mahomet est son prophète. Les Israéllites attendent encore le Messie et pour les chrétiens, celui-ci a vécu une existence terrestre il y deux mille ans et il n’y a plus rien à prophétiser. Situation complexe…

      • Il y aura des prophètes jusqu’à la fin du monde. Ce qui est osé et suspect, c’est de se déclarer l’ultime prophète.

  5. Il serait temps que les hommes comprennent enfin que la science n’a pas besoin de la religion pour se développer et analyser notre univers. Mais surtout que la religion chrétienne n’a pas besoin de la science pour répandre son message d’amour. La première est limitée par des preuves indispensables et ne concerne que le monde visible et matériel. La seconde est infinie et immatérielle. L’adulte sain et cultivé vit dans cet équilibre avec la complémentarité , et non l’exclusion, de chacune de ces deux visions du monde, la concrète et la spirituelle. Les deux voies de la sagesse enseignent des valeurs existentielles propres à notre nature particulière douée de conscience reçue de notre créateur. Liberté et responsabilité cimentent notre rôle dans ce paradis. Moïse a aussi son rôle dans notre histoire. Alléluia!

  6. Je profite du sujet pour évoquer un évènement lié à Moïse qui me turlupine et je compte sur les lecteurs érudits de Boulevard Voltaire pour me donner leur avis. Dans le passage de la Bible : « Moïse étendit le bras sur la mer. Le Seigneur chassa la mer toute la nuit par un fort vent d’est ; il mit la mer à sec, et les eaux se fendirent. » (Exode 14, 21-27). je me dis que ça ressemble à un tsunami. L’eau se retire pour laisser passer Moïse et les Hébreux et revient en force quand l’armée égyptienne tente de passer à pied sec. Je n’ai jamais lu cette hypothèse nulle part.

    • En fait ils auraient traversé au niveau des Lacs amers (peu profonds) qu’une tempête aurait temporairement asséchés. C’est tout à fait plausible mais rien à voir avec le mur d’eau des 10 Commandements…

    • Il ne faut pas oublier de tenir compte du genre littéraire. Ce récit est une épopée, avec grossissement des événements, comme dans la Chanson de Roland, où l’on voit tempête, ténèbres, ouragan et foudre à cause de la mort de Roland

  7. Que l’on y croie ou pas, magnifique découverte ! Chez nous, ou parfois en Europe 3 800 ans plus tard, comme ce fut le cas en Égypte pour ce peuple appelé « Israël », qui dut fuir les violences, les persécutions et l’esclavage, devons-nous, à notre tour, si nous n’y prenons garde, craindre cette fois-ci non pas la tyrannie d’un pharaon, mais une fois encore celle d’intégristes religieux ? Une certaine vision de la foi ou de la société ? Aujourd’hui l’antisémitisme, demain l’antichristianisme ? Pour finir l’anti-Français ? Fortement encouragé en cela par l’idéologie mortifère de certains, principalement d’extrême gauche, mais aussi d’autres encore, silencieux, pour ne pas dire complices sur ces sujets. Mais pour nous cette fois-ci, pas de terre promise : où irions-nous d’ailleurs ? Et qui serait capable de nous y conduire ? Notre salut, notre volonté de rester ce que nous sommes, reste donc notre combat, ici, d’abord dans les urnes.

    • Bien sure, d’accord avec vous, mais le pire c’est du aux monarchies pétrolière et de ceux qui détiennent les réserves principale d’or noir se servant de la manne sous leur pieds pour imposer leur vue d’esprit.
      L’affaire du moyen orient qui dure depuis 47 ans, laissant les populations trouver entre eux des arrangements naturels a l’heure actuel n’existerait plus depuis longtemps.

  8. Comment vas-t’on faire dans quelques années alors que les générations à venir ne savent même plus lire leurs propre langue That is the question

    • Vous savez on en revient au Moyen Age quand les moines apprenaient à lire aux fils de paysans qui montraient des dis^positions.

  9. Je n’est jamais douté de son existence mais je tiens à préciser que son vrai prénom de naissance est Moshé, le prénom Moïse a été donné par les chrétiens.

  10. Des inscriptions illisibles dans une langue inconnue et incompréhensible presque complètement effacées sur une paroi rocheuse prouverait que Moïse a existé… Aujourd’hui tous les scientifiques sérieux s’accordent à estimer que le judaïsme est né entre le IXe et le VIIe BCE et qu’il n’y a pas plus eu de Moïse que d’Abraham….
    Mais ce qu’on appelle le « biais de confirmation » est si fort chez les croyants, et tout particulièrement chez les israélites qu’ils trouvent partout la trace de leurs « écrits saints ». Dans le cas du judaïsme qui est totalement obsessionnel chez certains et qui les a poussés à envahir la Palestine, déclenchant une guerre sans fin depuis plus d’un siècle, ce biais de confirmation est à son maximum… Malheureusement pour eux on sait maintenant que le Grand Royaume d’Israël décrit dans la bible n’a jamais existé, que Salomon est une invention des prêtres de Josias au VIIe siècle, et que les hébreux n’ont jamais non plus existé ni été en esclavage en Egypte. Ce sont des contes et des légendes du Levant, voilà tout.
    Lisez : La Bible dévoilée, d’Israël Finkelstein, et aussi la suite : le « Les rois sacrés de la Bible » »

    • Il est vrai que baser l’existence de personnages historiques sur des graffitis laissés sur des cailloux il y a 3.800 ans invitent à la prudence ; de même un seul bouquin d’un seul auteur prouve définitivement que d’autres n’ont jamais existé !

      • Je ne vais pas vous faire une liste de tous les scientifiques (la grande majorité aujourd’hui) qui affirment que le judaïsme est une invention du IX siècle BCE… Si le sujet vous intéresse faites un effort.

    • J’espère qu’après cette découverte , celle-ci  » ne permettra pas à certains de les pousser à envahir la Palestine, déclenchant une guerre sans fin depuis plus d’un siècle, ce biais de confirmation est à son maximum »

    • Il ne suffit pas d’être aveugle et croire pour être heureux. Il ne s’agit pas de croire n’importe quoi. Thomas a gardé la Raison, et Jésus ne lui a pas reproché , qu contraire.

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