Le Saint-Mors de Carpentras, mystérieuse relique de la Passion
À première vue, difficile d’imaginer le lien entre ce mors de cheval et la mort du Christ, le jour du Vendredi saint. Tandis qu'à Carpentras, cet objet singulier est l'emblème de la ville depuis huit siècles, « peu de Carpentrassiens savent exactement ce que c’est », observe le général Jean-François Parlanti, président des Amis de la cathédrale Saint-Siffrein et gardien du Trésor. Toute l’année, celui-ci s’attache à faire vivre ce patrimoine à travers visites, explications et ostensions. « Les gens n’ont plus de culture historique, ni cultuelle, ni spirituelle. Ils visitent, voient des choses dorées, des anges, mais il y a un vide, constate-t-il. Il y a tout un travail de pédagogie à reprendre. Je vais recontacter les écoles pour que les élèves puissent s’imprégner de l’histoire de leur cathédrale, de leur ville. » Fraîchement élu, le nouveau maire RN Hervé Lépinau confiait également, « à l’aube de la saison touristique », vouloir revaloriser cette relique méconnue « qui va faire venir du monde ».
Exposé dans son reliquaire, le Saint-Mors est également appelé le Saint Clou, car il est l’un des clous qui attachaient la main du Christ au bois de la Croix. Cette relique - comme celle de la Vraie Croix d'Anjou - a été retrouvée en 326 par sainte Hélène, mère de l’empereur Constantin, partie en pèlerinage à Jérusalem pour retrouver les traces de la Passion du Christ. « Depuis le premier siècle, tous les sites avaient été masqués, recouverts par des temples, puisque l’empereur Hadrien avait transformé Jérusalem en une cité romaine, raconte le général Parlanti. Et donc, avec les plans qu'ils avaient et avec l'aide des locaux, dont l'évêque Macaire de Jérusalem, ils ont détruit le temple consacré à Aphrodite. Ils ont découvert le Golgotha et puis, ensuite, ils ont continué à creuser. Ils ont découvert le tombeau du Christ. » L’évêque Macaire fit venir une moribonde au contact d’une des croix, « elle s’est relevée, guérie », et c’est ainsi que se fit l’identification des reliques de la Passion. Hélène décide de transformer l’un des clous, « voire peut-être deux, on ne sait pas exactement combien », précise Jean-François Parlanti, en mors de cheval. Un choix étonnant en apparence, mais chargé de sens : elle voulait ainsi « protéger son empereur de fils quand il combattait à cheval, mais en même temps mettre un frein aussi au côté un peu pécheur de Constantin ».
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Sauvé de la Révolution
Conservé à Constantinople pendant des siècles, le Saint-Mors disparaît lors du sac de la ville en 1204, au moment de la quatrième croisade. Il réapparaît à Carpentras en 1226, dans des circonstances incertaines, sans doute rapporté discrètement par un croisé. Dès le XIIIe siècle, la relique s’impose comme un objet de vénération. Ce Saint Clou est porté en processions et invoqué lors des grandes épreuves, notamment lors d’épisodes de peste en 1629 et en 1720. « Nous avons un manuscrit qui retrace des attestations de miracles attribués à la vénération du Saint-Mors », rapporte le général. Lors de la Révolution, la relique a été protégée : « Les révolutionnaires ont détruit le reliquaire, parce qu’il était très riche avec des pierres précieuses, de l'or, etc. Mais ils n’ont pas osé s’attaquer à la relique, parce qu’ils savaient qu’elle était l’objet d’une piété populaire, et donc il ne fallait pas quand même se mettre à dos le peuple ! », poursuit le gardien du Trésor. Confisquée, la relique est muséifiée au titre de « Monument fort antique et pouvant servir à l'intelligence de l'Histoire ». En 1802, elle retrouve sa place dans la cathédrale et depuis 1872, elle est présentée dans un magnifique reliquaire de style romano-byzantin réalisé par le grand orfèvre lyonnais Armand Caillat.
Aujourd’hui, ce Saint Clou est visible toute l’année dans un oratoire dédié, au sein de la cathédrale Saint-Siffrein. Il est particulièrement mis en valeur lors du Vendredi saint et de la fête de la Saint-Siffrein, le 27 novembre. « Ce qui est très émouvant, c’est que même des personnes qui ne viennent pas forcément à la messe sont très touchées quand on leur explique. Même sans foi, il y a une réceptivité », conclut Jean-François Parlanti.
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