La Saint-Patrick, une fête bientôt sécularisée pour favoriser l’immigration !

Saint Patrick, évangélisateur de l’Irlande, devient, pour la présidente Connoly, Patrick le migrant.
Capture d'écran X
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À l’occasion de la fête nationale irlandaise, célébrée tous les 17 mars en l’honneur de saint Patrick, la présidente Catherine Connolly, élue en novembre 2025, s’est adressée à ses concitoyens à travers un discours pour le moins singulier consacré au saint patron du pays. Dans ce message officiel, consultable sur le site de la présidence irlandaise, se dessine alors une lecture à la fois presque anachronique et orientée de la figure de saint Patrick, dont l’histoire est réinterprétée et mobilisée à des fins idéologiques, en lien avec les enjeux contemporains des phénomènes migratoires.

L’Irlande, cette nation de migrants

Dans son discours, la présidente Connolly, habillée en noir comme si c’était un jour de deuil national, souhaite faire le lien entre la vie de saint Patrick et l’histoire de la diaspora irlandaise, soulignant que celle-ci a conduit à l’éparpillement de près de 70 millions de personnes à travers le monde appartenant à une « famille mondiale ». Elle sous-entend, alors, que cette dispersion historique ferait de l’Irlande une nation de migrants. Dans cette perspective, l’histoire nationale peut être relue à travers ce prisme migratoire, jusqu’à englober la figure de saint Patrick, présentée non pas comme un missionnaire chrétien, mais comme une figure fondatrice de cette identité migrante.

Catherine Connolly affirme, ainsi, qu'« alors que nous nous réunissons pour célébrer la Saint-Patrick, il convient de rappeler l'histoire fondamentale sur laquelle repose notre fête nationale […] l’histoire de la vie de Patrick rappelle la résilience et le courage des migrants, les contributions inestimables qu'ils ont apportées et continuent d'apporter aux pays où ils habitent aujourd'hui, parfois même face à une grande adversité ». Cette relecture tend alors à faire de toute l’histoire irlandaise, et en particulier de saint Patrick, un point d’appui pour légitimer une politique d’accueil des migrants, notamment en raison des guerres en cours à travers le monde.

Un tel rapprochement tend aussi à construire un raisonnement implicite proche du syllogisme : saint Patrick est une figure unanimement positive de l’histoire irlandaise ; saint Patrick était un migrant ; dès lors, les migrants actuels partageraient les mêmes qualités et la même valeur. Cette logique, bien que persuasive dans sa forme, constitue pourtant une analyse biaisée.

Les faits historiques

En effet, les faits historiques contredisent cette assimilation. Saint Patrick, né en Bretagne romaine vers la fin du IVe siècle, n’a pas migré, il n’a pas choisi de quitter son pays, il a été capturé par des pirates et réduit en esclavage en Irlande, comme le rappelle elle-même la présidente lorsqu’elle mentionne qu’il fut « victime d’un trafic à travers la mer d’Irlande ». Cette condition d’esclave, imposée par la contrainte et la violence, n’est donc pas comparable aux migrations actuelles, qu’elles soient économiques ou liées à des conflits.

En élargissant encore le propos, la présidente affirme que l’histoire de saint Patrick « ne parle pas seulement de l’Irlande du Vpe siècle, mais aussi des millions de personnes encore soumises aujourd’hui au trafic, au travail forcé et aux déplacements ». Elle évoque également une forme de responsabilité morale de l’Irlande héritée de « l’histoire de Patrick qui nous invite à répondre avec hospitalité et bienveillance envers […] ceux qui fuient leur pays ». Ce glissement sémantique ne peut qu’entraîner une confusion entre des réalités profondément différentes, mêlant esclavage antique et migrations contemporaines, et tend à effacer les distinctions historiques essentielles.

Ainsi, l’Irlandais catholique du XIXe siècle contraint de partir vers les États-Unis pour échapper à la famine, l’individu musulman du Moyen-Orient fuyant la guerre aujourd’hui, et saint Patrick réduit en esclavage par des pirates ne sont en rien des situations comparables. La présence d’une souffrance de quitter son pays d’origine ne suffit pas à établir une équivalence entre tous les êtres humains de la Terre. L’Homme, sa vie, son caractère, son identité sont plus complexes que cela.

Saint Patrick devient Patrick

Un autre aspect frappant du discours réside dans l’effacement quasi total de la dimension chrétienne de saint Patrick. La présidente ne le désigne jamais comme « saint Patrick » mais simplement comme Patrick, comme s’il s’agissait d’une figure banale. Ce choix lexical, répété tout au long du discours, contribue alors à gommer la nature profondément chrétienne de sa vie. Ce phénomène s’inscrit dans une tendance plus large de sécularisation du langage à l’échelle européenne. Ainsi, en France, il n’est plus rare de voir, dans les musées et les universités, les expressions « avant Jésus-Christ » et « après Jésus-Christ » progressivement remplacées par « avant notre ère » et « après notre ère », comme si la référence explicite au christianisme était une faute. Dans le discours de la présidente Connolly, c’est la même chose : la figure de saint Patrick doit être dépouillée de son identité pour devenir une figure neutre qui conviendra à tout le monde, à l’Irlandais comme au migrant.

Faisons justice et rappelons que saint Patrick fut avant tout un missionnaire chrétien. Après avoir échappé à l’esclavage, il entreprend l’évangélisation de l’île, fonde des communautés chrétiennes et contribue à faire de l’Irlande une terre profondément marquée par le christianisme dès le Ve siècle. La tradition lui attribue également l’usage du trèfle pour expliquer le mystère de la Trinité. Ce symbole, aujourd’hui emblématique de l’Irlande, est à l’origine un outil pédagogique chrétien. Tous ces aspects sont totalement absents du discours de la présidente Connolly, malgré le fait qu’elle parle de la Saint-Patrick comme l’évocation de « notre culture, notre héritage, notre identité ». Effacer à ce point la dimension chrétienne de l’identité irlandaise n'est alors qu'un choix délibéré, voulant faire de saint Patrick, non plus un saint missionnaire, mais un outil transformé et mensonger au service d’une politique pro-migrant dans un pays où la question de l'immigration fait débat.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

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