[HISTOIRE] 12 septembre 1683 : À Vienne, la Croix triomphe du Croissant

De cette victoire va naître un héros, Jean III Sobieski, mais aussi des traditions qui perdurent encore aujourd’hui.
Jean Sobieski III repoussant les Turcs au siège de Vienne en 1683, tableau monumental de Jan Matejko exposé dans une salle du Vatican consacrée à cet événement. Par Jan Matejko — User:Jean-Pol GRANDMONT (2011), Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=18346152
Jean Sobieski III repoussant les Turcs au siège de Vienne en 1683, tableau monumental de Jan Matejko exposé dans une salle du Vatican consacrée à cet événement. Par Jan Matejko — User:Jean-Pol GRANDMONT (2011), Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=18346152

Le 12 septembre 1683 reste l’une de ces dates charnières de notre Histoire européenne : la journée où une coalition chrétienne, au prix d’efforts immenses et d’une résistance héroïque, repoussa les forces ottomanes devant Vienne, brisant ainsi leur ambition d’étendre leur domination jusqu’au cœur du continent. Cette victoire éclatante marque également le début du long reflux de l’Empire ottoman en Europe centrale et donna naissance à des traditions religieuses et mémorielles encore vivantes aujourd’hui.

Attaque et contre-attaque

En juillet 1683, l’armée du grand vizir Kara Mustafa encercle Vienne et impose un blocus destiné à affamer la ville et à briser la résistance des assiégés. La population viennoise, soutenue par une garnison réduite, oppose alors une résistance acharnée malgré la famine, la maladie et les bombardements incessants. L’empereur Léopold Ier, contraint de fuir la capitale, cherche désespérément des renforts. L’espoir renaît ainsi lorsque se met en place une coalition entre l’empire des Habsbourg, les princes allemands et le royaume de Pologne. Ainsi, le 12 septembre, les troupes alliées apparaissent enfin sur les hauteurs dominant Vienne. À leur tête, le roi Jean III Sobieski, après avoir confié ses armées à la Vierge, lance une puissante attaque de cavalerie. Face à l’impact de cette charge foudroyante, l’armée ottomane s’effondre alors et prend la fuite.

L’issue du siège marque un tournant majeur dans les rapports de force entre l’Empire ottoman et l’Europe centrale. Militairement, la défaite ottomane met fin à toute perspective d’expansion vers l’ouest et ouvre une longue contre-offensive des Habsbourg et de leurs alliés. Cette reconquête progressive libère ainsi la Hongrie et les pays danubiens, et s’achève avec le traité de Karlowitz en 1699, par lequel le sultan cède la Hongrie et la Transylvanie à l’Autriche, la Dalmatie et une partie du Péloponnèse à Venise, ainsi que l’Ukraine subcarpathique à la Pologne. L’équilibre géopolitique européen s’en trouve dès lors profondément transformé.

Jean III Sobieski, le sauveur de Vienne

Parmi les héros du siège de Vienne, une figure domine : Jean III Sobieski, roi de Pologne et grand-duc de Lituanie. Fils d’une ancienne famille noble polonaise, il s’illustre dès sa jeunesse dans les guerres contre les Cosaques et les Tatars. Son expérience militaire, sa capacité d’organisation et son charisme le hissent ainsi progressivement au rang de chef respecté, jusqu’à son élection au trône de Pologne en 1674. Il tisse également certains liens avec notre pays en épousant une Française, Marie-Casimire de La Grange d'Arquien.

Sobieski est aussi un fin stratège. Avant 1683, il avait déjà remporté plusieurs victoires contre les Ottomans, notamment à Khotin, en 1673. À Vienne, il incarne à la fois l’audace et la détermination : c’est lui qui conçoit le plan de bataille final et qui, en personne, mène la charge avec ses célèbres hussards ailés polonais, une cavalerie lourde redoutée pour sa vitesse et son impact. Sa victoire est immédiatement reconnue par l’Europe entière et par la papauté. Sa renommée sera telle qu’elle poussera alors les artistes à l’immortaliser à travers de nombreuses œuvres et peintures.

Cependant, si son prestige international est considérable, il ne réussira pas à user de cette gloire pour faire de la Pologne, affaiblie par des divisions internes, une puissance durable. Néanmoins, dans la mémoire européenne, son nom reste indissociable du salut de Vienne et du destin de l’Europe.

Le croissant, un symbole de victoire

Une tradition culinaire est également née de la victoire de 1683. La légende raconte que des boulangers viennois, éveillés de bon matin pour pétrir leur pâte, auraient donné l’alerte en entendant les Ottomans creuser des galeries sous les murailles. Après la victoire, ils auraient alors créé une pâtisserie en forme de croissant de lune, emblème de l’Empire ottoman, pour célébrer la défaite des assiégeants. D’abord viennois, ce croissant fut plus tard popularisé en France grâce à Marie-Antoinette, qui rapporta cette délicieuse viennoiserie de son Autriche natale.

La fête du Saint Nom de Marie

La victoire de Vienne eut également de profondes répercussions religieuses. En effet, Jean Sobieski, homme de foi, plaça ses troupes sous la protection de la Vierge Marie avant la bataille. La délivrance de la ville fut alors interprétée comme un signe providentiel, une victoire attribuée non seulement au courage des soldats, mais aussi à l’intercession de la Mère du Christ.

En reconnaissance, le pape Innocent XI décida que le 12 septembre serait désormais consacré à la fête du Saint Nom de Marie dans toute l’Église. Cette célébration, déjà pratiquée en Espagne depuis le XVIe siècle, acquit ainsi une dimension universelle. Elle exprimait l’idée que le nom de Marie, invoqué dans la prière, représentait une force de protection et de consolation pour les chrétiens. L’importance du nom de la Vierge était déjà comprise comme quelque chose de puissant dès l’Antiquité. Saint Ambroise écrivait ainsi, au IVe siècle : « Ô Marie, votre nom est un parfum qui répand la suave odeur de la divine grâce. Qu’il descende donc sur moi, ce parfum céleste, et qu’il pénètre jusqu’aux dernières fibres de mon âme. »

Après Vatican II, la fête fut supprimée du calendrier romain en 1970, jugée redondante avec d’autres célébrations mariales. Cependant, en 2002, le saint pape Jean-Paul II, lui-même Polonais et fidèle à l’Histoire de son pays, décida de la rétablir, comme pour rappeler à l’Europe et à la chrétienté l’importance de la Vierge Marie dans leur Histoire et leur culture.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 13/09/2025 à 18:42.

Picture of Eric de Mascureau
Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

21 commentaires

  1. Merci Mr de Mascureau
    Je ne connais pas cette partie de l’histoire
    900 ans après la victoire de Charles Martel à Poitiers

  2. Je suis allée à VIENNE pour voir le MUSEE ou se trouvent les trophées de cette invasion arabe. De nombreux objets – des cartes – des parures somptueuses d’HARNACHEMENTS pour les chevaux, des armes turques etc;.. Ce sont des évènements capitaux dont on ne parle peu en France, 1683 en Autriche passe au travers de nos enseignements d’histoire la plupart du temps.

  3. Vatican 2!!! L’archevêque d’Alger DUVAL y fut sacré CARDINAL en 63 pour services rendus pendant la Terreur en Algérie,en soutien du FLN…Il était pour les PiedsNoirs :MOHAMED Duval !

  4. Il serait bon de rappeler que Louis XIV avait tenté d’empêcher Jean Sobieski III d’intervenir pour sauver Vienne. Et qu’il avait incité le prince de Transylvanie à attaquer les Austro-Hongrois aux côtés des Ottomans.

  5. Merci à votre journaliste pour cet excellent et très bel article, il rappel la naissance de cette viennoiserie et les héros oubliés ou inconnus en France et de moi même je l’avoue comme Jean SOBIESKI, et d’autre part la couardise arabe, que l’on voit de partout en Europe, s’attaquant au plus faible souvent des vieilles dames ou des handicapés et à un homme blanc s’ils sont en nombre

  6. Il y eut deux papes qui surent défendre le christianisme en grand danger : le premier était gaulois au XIe siècle (Urbain II ) qui organisa la première croisade au moment où le christianisme était (déjà) menacé de disparition par les Turcs. Puis il y eut Innocent XI (Italien du nord) au XVIIe siècle qui fédéra l’Europe (sauf Louis XIV !) pour empêcher la prise de Vienne par les Turcs. Et maintenant ?

    • Maintenant nous avons Léon XIV qui demain aura 70 ans et qui semble vouloir redonner une impulsion bien plus œcuménique que son prédécesseur François. Espérons qu’il persiste sous ses bons auspices.

    • Mhh avec Urbain II il s’agit plutôt des Arabes, les Turcs, on les aura plus tard. Constantinople, 1453.
      Et maintenant ? Et bien il y en a encore qui travaillent à l’introduction de la Turquie dans l’UE, UE heureusement en mauvais état, la Turquie par contre à l’air de bien se porter.

      • Avec Urbain II c’était bien les Turcs : Constantinople était menacée depuis Nicée et le Basileus Alexis Comnène avait demandé l’aide du Pape (v. son discours en novembre 1095 à Arvernis (Clermont)

  7. Bon rappel. Néanmoins, plutôt que de mentionner « notre histoire européenne », je vous suggérerais « histoire de l’Europe ». En évitant ainsi des raccourcis inappropriés…

  8. Depuis sa création, l’Islam harcèle l’Occident. À la différence, c’est que nos sommes aujourd’hui victime d’une opération de type cheval de Troie.

  9. Dieu merci cet esprit existe toujours à l’est en Hongrie et en Pologne ainsi que chez nos amis Serbes . Ces pays a la difference de la France sont un réservoir de croisés potentiels qui se feront un.plaisir de nettoyer l’Europe de sa vermine musulmane …puisque l’église d’occident préfère organiser des  » JMJ  » Plutôt que de rappeler les grands exploits militaires qui permirent à nos pleutres modernes de continuer à pleurnicher dans leur coin .Voire la manière tres sèche dont le prince archevêque de Budapest reçut le précédent Pape pour le rappeler à ses devoirs de chretien …!

    • Budapest, ville où j’ai pu circuler, tardivement, sans aucun « sentiment d’insécurité », pour reprendre ce terme galvaudé.
      Où les gens s’apprêtent le week-end, où les dames y sont élégantes à cette occasion, une ambiance festive dans les rues et restaurants.

      J’y retournerai sans aucun doute.

  10. Une des 88 constellations du ciel s’appelle l’ecu de Sobieski (voir sur wiki eventuellement), jusqu’au jour où des neuneus woke vont s’en rendre compte et demander de renommer cette constellation :)

  11. Tant de guerre, tant de sang versé par nos braves ancêtres européens pour maintenant se laisser envahir sans broncher à cause de politicards sans aucuns honneurs et amour pour notre histoire! On peut aussi repenser aux guerres contre l’Angleterre et l’Allemagne, pour en finir où on en est aujourd’hui.

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

LFI ne veut pas voir les gens sortir de la pauvreté
Gabrielle Cluzel

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois