Jusqu’au bout, Éric Zemmour aura stupéfait les observateurs habitués des campagnes présidentielles par sa capacité de mobilisation. Quoi qu'il arrive, le plus grand événement de la campagne présidentielle marquera l'histoire de la droite. Dimanche, la place du Trocadéro était comble, les fans du candidat Zemmour débordant dans les avenues avoisinantes. « Vous êtes 100.000 », lance l'ancien journaliste dès le début de son discours. Le pari était audacieux : il est tenu devant une foule très jeune et enthousiaste. Si l’on excepte Jean-Luc Mélenchon, aucun candidat, dans une campagne qui aurait été terne sans l’invité surprise Zemmour, n’aura réussi à mobiliser autant, et il faut sans doute remonter aux campagnes de Le Pen père et à la première campagne de Nicolas Sarkozy pour retrouver une telle ferveur autour d’un candidat.

À deux semaines du premier tour, au moment où l’opinion se cristallise, le candidat Reconquête a jeté toutes ses forces dans ce meeting géant. Sur scène, le Zemmour du Trocadéro est resté fidèle à son style, au souffle incontestable de ses discours et aux messages qu’il martèle depuis son lancement dans la course pour conquérir l’Élysée. Une vidéo, entre deux mots de ses soutiens avant son intervention, exprime dans sa voix sur le ton de la confidence : « J’aime tout de la France, sa puissance, sa grandeur, ses drames. Chaque jour, vous me rendez plus fort, plus solide, plus déterminé. »

Le ton est donné, l'émotion sera palpable à plusieurs reprises. Zemmour a à nouveau inscrit sa campagne dans l’ombre des grandes figures de l’Histoire : Foch dont la statue domine la place du Trocadéro ou de Gaulle et son discours de 1944, quelques jours après la descente des Champs-Élysées, sans dévier de son credo d’union : « J’aurai besoin de toutes les familles de la droite et de tous les patriotes. » Il fait applaudir sans difficulté les cadors de la droite parlementaire : Ciotti, Bellamy, Wauquiez, Morano. Il fait applaudir aussi Bardella. Et enjambe le risque d’être éliminé au second tour : il veut « créer la surprise face à Macron » qui « a passé dix ans au pouvoir et ne sait toujours pas de quel bord il est » ! Mais il ménage une pique à ses concurrentes et Marine Le Pen, « socialiste en économie. Marine Le Pen évoque le vote utile alors qu’elle n’est utile qu’à la victoire d’Emmanuel Macron », attaque Zemmour, qui cherche à éloigner la barrière du premier tour. « Les sondages se sont toujours trompés », rappelle-t-il.

Lors du meeting du Trocadéro, plusieurs éléments auront surpris l’observateur attentif. L’entrée du candidat, d’abord. Éric Zemmour n’est pas arrivé tout sourire en serrant des mains, comme il le fait d’habitude. Cette fois, il a entrepris une marche solitaire sous l’œil des caméras pour accéder à la tribune. Le candidat n’était pas souriant comme à l’accoutumée mais grave, sérieux. Comme si le sourire que Sarah Knafo a longuement travaillé avec lui ne collait plus, à quelques jours du scrutin, avec la stature d’un candidat aux présidentielles. Il conservera ce ton grave tout au long de son discours qui cherche à mobiliser chaque catégorie de Français.

D’emblée, Éric Zemmour s’adresse aux abstentionnistes et aux hésitants : « Le scénario qu’ils avaient préparé depuis cinq ans » revient « mais vous êtes là », tonne-t-il du haut de la tribune sur fond de tour Eiffel.

À destination des Français modestes, Zemmour, l’intellectuel qui a su séduire une classe cultivée, propose un discours plus social ou sociétal. Il veut concilier « le souci de la fin du mois et celui de la fin de la France ». Il s’adresse longuement aux aînés. Les retraités représentent 40 % du corps électoral et pratiquent peu l’abstention. C’est donc un électorat clé, cajolé depuis longtemps par Marine Le Pen mais qui craint traditionnellement les bouleversements brusques, l’insécurité et l’aventure politique. Zemmour a tenté de les rassurer et de les galvaniser sur les enjeux du futur. « Je comprends votre nostalgie, mais il n’y a pas de fatalité. Je vous propose de remettre la France en ordre, comme vos parents l’ont fait après la guerre. » Le candidat Reconquête n’oublie pas non plus les ouvriers, les artisans et commerçants, traditionnellement fidèles au Rassemblement national. « Ouvriers, employés, agriculteurs, la France se relèvera grâce à vous. Je vous aiderai. Je baisserai les impôts comme jamais aucun Président ne l’avait fait. » Auprès de ces professions libérales et chefs d’entreprise, il évoque la fiscalité française, l’une des plus lourdes du monde : « Trop de charges, trop de taxes : les Français travaillent pour l’État jusqu’au 14 juillet. Moins d’impôts pour nos travailleurs, nos retraités, nos familles. »

À destination de cette France laborieuse de droite, Zemmour adopte même des accents sarkozistes : « Je veux libérer le travail, le mérite et l’effort », explique-t-il avant d’évoquer la première préoccupation des Français : « Je veux un État qui respecte votre pouvoir d’achat. »

Il terminera cette adresse catégorielle par les musulmans et les jeunes. Pas question de priver les musulmans de la pratique de leur religion. « Je respecte toutes les religions et tous les croyants », lance-t-il. « Ceux qui ont fait le choix de l’assimilation sont nos frères. »

Auprès des jeunes, Zemmour revient à ses fondamentaux pour chanter, comme il sait le faire, le prestige et la beauté de la France. « Je le dis aux jeunes Français, apprenez à aimer nos paysages, nos monuments, nos mots, notre langue, nos héros. Ajoutez votre strophe au long poème français. » Et c’est aux jeunes encore qu’il s’adresse pour finir : « Vous raconterez cette campagne à vos enfants. Vous leur direz un jour : en 2022, un homme s’est levé, j’ai écouté mon cœur et je l’ai suivi. Au début, personne ne m’a cru, ni les sondeurs, ni les médias. Ils ont tout fait pour nous décourager et, peu à peu, la France a répondu à l’appel. Nous avons répondu à l’appel et nous allons déjouer tous les pronostics. Plus tard, je vous le promets, nos descendants diront de nous : en ils ont été clairvoyants, ils ont été grands […], ils ont été français. »

Dans l’assistance, de très nombreux jeunes manifestent bruyamment leur enthousiasme. Quelle qu’en soit l’issue, la campagne Zemmour laissera dans cette génération une trace profonde.

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28 mars 2022

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90 commentaires

  1. J’en ai fait des meetings, tenu des bureaux de vote et puis écœuré j’ai cessé de militer, j’ai toujours voté selon mes convictions même si leurs représentants ne collaient plus à ce en quoi je croyais! Et Zemmour est arrivé je connaissais le journaliste polémiste je l’appréciais mais delà à la présidence?? Et puis je l’ai écouté, suivi dans ses débats et j’ai retrouvé l’envie de m’engager j’ai adhéré, suis sur ses meetings et ceux de ses collègues et je veux qu’il gagne pour nous et la France

  2. J’y étais et c’était fabuleux, la place du Trocadéro et toutes les rues avoisinantes étaient pleines à craquer! Des milliers de drapeaux, des milliers de voix unies, une communion de personnes jeunes, moins jeunes, homes, femmes, enfants de toutes les couleurs! N’en déplaise aux envieux oui +de 100 000 ce que n’atteindront jamais les autres prétendants au titre suprême de Président de la France et des français qui se retrouvent en Éric Zemmour. Nous vaincrons avec lui en l’élisant en avril

  3. Réunion politique forte de 100 000 participants.
    Sondage 10 %?
    Rappelons nous des révélations de de Villiers a propos des sondages, bien avant cette période, in tempore non suspecto !
    Ceux qui payent gagnent.

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