Élections : de la Tchéquie au Japon, le vent patriotique souffle fort

Une vague souverainiste balaie le globe, de Prague à Tokyo en passant par Tbilissi.
@Cizek / AFP
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Du 4 au 6 octobre, la bataille pour la souveraineté nationale a pris un tournant décisif. En République tchèque, Andrej Babiš, milliardaire populiste et ancien Premier ministre, a remporté une victoire éclatante, avec 34,5 % des voix, balayant la coalition pro-européenne de Petr Fiala. Son discours eurosceptique, prônant moins d’aide à Kiev et la révision des normes écologiques imposées par Bruxelles, séduit les classes populaires. Au Japon, la nationaliste Sanae Takaichi, 64 ans, devient la première femme à diriger le Parti libéral-démocrate et se profile comme future chef du gouvernement. Figure conservatrice, elle allie défense des traditions, fermeté migratoire et promesse d’un cabinet plus inclusif. Enfin, en Géorgie, le parti au pouvoir, le Rêve géorgien, s’impose lors d’élections locales boycottées par l’opposition pro-européenne, sur fond d’émeutes.

Le retour tonitruant d’Andrej Babiš, le « trumpiste » pragois

Andrej Babiš n’est pas un novice : cet homme d’affaires slovaque naturalisé tchèque, fondateur d’Agrofert – un empire agroalimentaire – et allié de Viktor Orbán au sein du groupe parlementaire « Patriotes pour l’Europe », a déjà dirigé le pays de 2017 à 2021. Un règne marqué par un style autoritaire et des ennuis judiciaires pour fraude aux subventions européennes. Sa victoire ce week-end, avec une participation record de 69 %, transcende les sondages et reflète un ras-le-bol profond : les Tchèques, notamment les piliers de son électorat, les seniors et les classes moyennes, reprochent au gouvernement Fiala d’avoir sacrifié leurs retraites et salaires au profit des réfugiés ukrainiens, alors que l’inflation galopante ronge le pouvoir d’achat. Babiš, qui se réclame ouvertement de Donald Trump, promet une vague de mesures populistes : hausses de salaires et pensions, baisses d’impôts et de TVA dans la restauration, suppression des redevances audiovisuelles et renforcement des aides sociales – un programme qui sonne comme un « America First » version centre-européen.

Pourtant, ce triomphe n’est pas sans embûches : sans majorité absolue, Babiš devra négocier avec des partenaires comme les Motoristes, eurosceptiques et anti-écologistes, ou le SPD, farouchement opposé à l’UE et à l’OTAN, pour former un exécutif stable. Face au président pro-européen Petr Pavel, qui pourrait bloquer sa nomination en raison de ses casseroles judiciaires, le milliardaire mise sur son charisme « dégagiste » pour imposer un recentrage national : moins d’engagement en Ukraine, où la Tchéquie a déjà versé des milliards, et une critique acerbe des bureaucraties bruxelloises qui, selon lui, étouffent la souveraineté pragoise. 

Au Japon, Sanae Takaichi, fer de lance du nationalisme

Sanae Takaichi, élue à une large majorité au sein du PLD malgré les résistances internes, provoque un séisme conservateur dans l’archipel : ministre de l’Économie en 2021 et figure des « femmes d’État » du parti, elle a su capitaliser sur le scandale des financements occultes qui a ébranlé le parti de droite, forçant son prédécesseur à la démission. Sa campagne interne, axée sur la reconstruction du parti après la déroute de juillet – où le PLD a perdu sa suprématie parlementaire –, a séduit les factions traditionalistes en promettant une défense accrue de la nation : investissements massifs dans la sécurité, face aux menaces chinoises en mer de Chine, et une politique migratoire restrictive pour préserver l’identité japonaise, alors que le tourisme de masse et l’immigration alimentent les tensions sociales. « Je suis convaincue qu’il y a une montagne de travail que nous devons affronter ensemble », insiste-t-elle, appelant à une unité partisane pour contrer la montée des extrêmes comme le Sanseito, qui grignote les voix conservatrices avec un discours anti-immigration virulent et comptabilise 48 % d’opinions favorables chez les Japonais. 

Cette admiratrice de Margaret Thatcher vise toutefois une parité de son cabinet comparable aux pays nordiques, un geste pragmatique pour rallier les modérés. Au Japon, miné par le vieillissement et la stagnation économique, son leadership pourrait relancer un conservatisme musclé, priorisant la « Grande Asie » souveraine sur les alliances multilatérales diluées. Cette vague, synchronisée avec les soubresauts tchèques, signale un réveil global des nations face à l’uniformisation libérale, où des figures comme Takaichi incarnent la résilience culturelle contre les flux migratoires et les pressions géopolitiques venant de toutes parts.

Vos commentaires

15 commentaires

  1. Comme d’habitude la France va encore avoir une guerre de retard. Au lieu de s’occuper du valeureux peuple Russe, elle ferait mieux de s’attaquer aux Black-Blocs qui nous ravagent.

  2. Pardonnez mon insolence mais mon expérience de plus de 10 ans d’exercice dans les pays de l’est et particulièrement en Russie m’autorise un avis : la victoire du rêve géorgien à Tbilissi est tout sauf une victoire de la droite : c’est juste une réminiscence de la stratégie soviétique sous le déguisement du nationalisme. N’oublions pas que le KGB s’est costumé en pieux orthodoxe avec Vladimir Poutine ….Dangereux !!!

  3. Il ne m’a pas échappé qu’en Georgie, le palais présidentiel a été attaqué par le foule « pro-européenne », pays manipulé par Bruxxxelles qui fustige une « ingérence russe » sans doute réelle mais quand on fait de même et en plus sans se cacher, on se tait. L’assaut du palais me fait penser à celui du Capitole US,décrié comme pas deux madame Irma, tous les médias de chez nous étaient en transe à Washington, mais pour Tbilissi, là, ça và !!!

  4. Patriotisme… pour faire une « patrie », la population doit présenter une homogénéité culturelle, linguistique et éventuellement religieuse. Tout cela émanant de l’Histoire et du passé qui ont construit la nation. Tout ça n’est plus le cas en France; les anglais, les espagnols et autres hongrois, polonais, japonais ou tchèques oui. Les « peuples » espagnol, anglais existent et font sens. Pas le peuple « français », trop effrité.

  5. Quand un danger grave menace un peuple celui-ci retrouve un reflexe primaire instinctif , celui de défendre les siens et la terre qui les a vu naître . L’idéologie mondialiste va heurter de plein fouet ce reflexe existant depuis des temps immémoriaux .

    • La défense de ce qui fait une identité est largement remise en cause par l’immobilisme appris à l’école d’une bonne part de notre jeunesse… Tout accepter, ne pas se rebiffer, vivre ensemble « à sens unique »… Pas gagné, c’t’histoire…

  6. Quant une nation raisonnable ne fonctionne plus elle commence a se replier sur elle même, nettoie son économie et et refait peau neuve.
    La France a tout les atouts pour ce faire mais notre chef de l’état a des ambitions extra Françaises.

  7. J’espère de tout cœur que cette vague de patriotisme submerge notre pays. Dehors les gauchistes et les biens pensants nauséabonds….

  8. Les peuples en ont assez d’être dirigés par des nuls et veulent reprendre la main. En Europe, l’UE a fait plus de mal que de bien. Ca suffit. En sortir n’est peut-être pas la solution, mais il faut un sacré coup de balai.

    • Et pourquoi ne pas en sortir ? L’UE n’apporte rien à la France, à part les problèmes et les contraintes, et en plus cette UE nous coûte plus chère qu’elle nous rapporte. Je ne vois pas l’intérêt de rester dans cette UE actuelle.

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