Commission audiovisuel public : les nerfs craquent

Face aux questions de Charles Alloncle, le président de la commission s'emporte et met fin à la séance.
Charles Alloncle et Jérémie Patrier-Leitus, à l'Assemblée nationale, le mercredi 4 février
Charles Alloncle et Jérémie Patrier-Leitus, à l'Assemblée nationale, le mercredi 4 février

La tension est montée d’un cran. Les relations entre le président Horizons de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public et son rapporteur ciottiste sont depuis le début des travaux parlementaires passablement tendus. Mais ce mercredi 4 février, à la suite d’un échange particulièrement vif, le député Jérémie Patrier-Leitus a décidé d’interrompre la séance, mettant un terme à l’audition et aux questions du député Charles Alloncle.

C’était au tour des anciens ministres de la Culture de passer sur le gril des questions du député UDR. Roselyne Bachelot, Franck Riester, Aurélie Filippetti et Rima Abdul-Malak s’exprimaient devant la commission pour partager leur expérience, le ministère de la rue de Valois étant chargé de la tutelle de l’audiovisuel public.

Un violent différend oppose Jérémie Patrier-Leitus et Charles Alloncle lorsque ce dernier questionne les anciens ministres sur les sociétés de production qui ont des contrats avec l’audiovisuel public. En effet, le rapporteur s’inquiète de la puissance des externalisations, le recours à des services privés, France Télévisions faisant beaucoup appel à des sociétés de production pour animer certains créneaux horaires. « Sur France 5, 80 % des émissions sont produites, externalisées à des sociétés de production privées, est-ce que c’est normal ? », demande Charles Alloncle, qui compare « une telle proportion » à un début de privatisation « déjà à l’œuvre ».

Externalisation ou privatisation

Le second point qu’il met en exergue est « l’ultra-concentration » des contrats, puisque dans l’exemple cité ci-dessus, ce sont uniquement deux sociétés, Mediawan et Together Media, qui détiennent le magot. Une situation qui n’émeut pas Roselyne Bachelot, bien au contraire. Poussant le raisonnement, Charles Alloncle insiste : « Que diriez-vous si on externalisait les fonctions de la police nationale à des sociétés privées, y compris des sociétés étrangères ? » Pour preuve de sa démonstration : la société Mediawan, celle dont Matthieu Pigasse est actionnaire et dont les contrats avec France télévisions sont évalués à 110 millions d’euros par an. Pour le député ciottiste, la société est « détenue à plus de 50 % par un fonds d’investissement américain ». Les anciens ministres voient-ils un problème à ce que « le service public puisse financer des sociétés privées détenues à l’étranger pour produire des émissions importantes du service public ? » C’est alors que le président de la commission s’emporte violemment : « Monsieur le rapporteur, je le dis, la désinformation, ça va bien deux minutes. » Pour le disciple d’Édouard Philippe, « Mediawan est un groupe français qui a son siège à Paris. » « Arrêtez de nous faire croire que Mediawan est un agent de l’étranger », gémit le député du Calvados.

Charles Alloncle reste courtois, mais refuse de voir ses propos « détournés » et tient tête à son collègue. Le député de l’Hérault estime qu’une entreprise est « capitalistiquement basée en fonction de ses actionnaires » ,« quand vous avez plus de 50 % de vos actionnaires qui sont étrangers, l’entreprise est étrangère », argumente-t-il dans un échange qui se tend, le député Patrier-Leitus plaidant que seul le siège social fait foi.

« Vous venez de porter des accusations très graves contre moi »

Exaspéré d’être ainsi interrompu, Charles Alloncle charge : « J’ai l’impression que vous voulez défendre à cor et à cri Mediawan en vous faisant son porte-parole, […] que vous ayez des liens, on le verra peut-être avec des actionnaires de Mediawan, vous pourrez en répondre. » Jérémie Patrier-Leitus, ulcéré, sort alors de ses gonds : « Vous venez de porter des accusations très graves contre moi. » Il s'emporte et dénonce des propos « totalement faux ». Puis, tel Robespierre, décide de suspendre pour cette raison l’audition et d’y mettre un terme. Alors que la seconde audition de l’après-midi reprenait un quart d’heure plus tard avec d'autres personnalités, Charles Alloncle s’est plaint, sur X, de cette suspension alors qu’il lui restait « plus d’une dizaine de questions, dont certaines sensibles, à poser aux anciens ministres de la Culture présents ». « Cette entrave est grave, incompréhensible et inacceptable, dénonce le parlementaire. Aucun président de commission n’a le droit d’entraver des débat parce qu’ils dérangent — ni, plus grave encore, de suspendre définitivement des auditions lorsque les questions ne lui conviennent pas. » Un message posté en direct alors qu’il avait été spécifiquement demandé au rapporteur de ne plus commenter, sur les réseaux, les travaux de la commission pendant le déroulement de celle-ci.

Chaque jour qui passe voit la tension se cristalliser autour des travaux de la commission d’enquête. Ce 4 février au matin, sur France Info, le président de la commission annonçait convoquer, fin février, Vincent Bolloré, actionnaire d’une société de production (Banijay) ayant des contrats avec France Télévisions et qu’il en profiterait pour l’interroger au sujet du maintien à l’antenne de CNews du journaliste Jean-Marc Morandini.

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Yves-Marie Sévillia
Journaliste chez Boulevard Voltaire

Vos commentaires

111 commentaires

  1. Monsieur le député C.Alloncle avec le calme d’un vieux parlementaire et la vigueur d’un héros redresseur de torts , secoue toute la maison de l’audiovisuel public au point que le président de cette commission d’enquête bât en retraite piteusement , sauvé par le gong dont il a l’usage exclusif .

  2. Christine Bravo hier sur W9 chroniqueuse et de ancienne de France Télévisions.
    Tendance de gauche , en a remis une couche sur cette commission..
    Et réglé ses comptes avec ernotte .

  3. A l’heure où chacun désespère des politiques, Charles Alloncle redonne du baume au coeur des citoyens. Courageux, précis, incisif, il mène sa mission de façon exemplaire. Tellement que cela déplait aux adeptes des salons feutrés et des petits arrangements. Sa détermination mérite tout notre soutien.

    • Bien évidemment, le Président-adversaire du Procureur et adepte de la valeureuse macronie, fait tout pour masquer le en même temps de son groupe.

  4. BRAVO & MILLE MERCIS, M. le rapporteur ALLONCLE, pr v/ténacité, v/honnêteté, v/à propos, … ne lâchez rien surtt je vs en prie, les Français comptent naturellemt sur vs !!! … mais faites aussi très attention à vs, si vs me comprenez ? Ne prenez pas de risques inutiles qui pourraient être dangereux pr v/personne !!!

  5. Aïe ! aïe ! ça sent le roussis à la commission sur l’audiovisuel public…..certains craquent physiquement et moralement ( un proverbe dit  » faut éviter de monter à l’échelle quand on à le cul des pantalons merdeux )

  6. depuis le début j’observe que ce président fait tout pour interrompre Monsieur Alloncle, pour reformuler sans raison, qu’il fait perdre du temps, et maintenant qu’il nous fait un caca nerveux totalement indigne, a t il bien sa place dans cette commission ?!!

  7. Edouard Philippe horizon comme le président de la commission est un habitué de la commission de Bildberg dont Henry Kravis KKR est influent .
    KKR actionnaire americain principal a 50 % de mediawan

    • Certaine boucles se bouclent…cet Henri Kravis est un des sponsors de Macron (tout le monde connait les autres) qui l’a brillamment porte a l’Élysée lui et son cahier des charges.

  8. Le president de la commissionsur l’audiovisuel publics est a horison le parti d’edwards philippe egt il me des batons dans les roues au rapporteur,pour que les intervenants ne soient pas mis devant le fait de la faillite et des magouilles de cette institution

  9. On se demande effectivement ce que Monsieur Wauquier fait encore avec Monsieur Retailleau qui a le soutien des militants et de toutes les forces de drtoite
    Monsieur Wauquier trahit les forces de droite à chaque fois qu’il s’exprime ! Qu’il s’inscrive au PS ou au Modem. C’est là qu’il se situe . Il critique le budget qui est un budget socialiste et vote pour. Si ce n’est pas de la haute trahison, ça y ressemble fort! A Lerte

  10. Comme quoi on peut être… président…et complètement à côté de ses godasses….surtout lorsque l’on perd ses nerfs. …toute ressemblance avec tout autre président ne serait que fortuite, évidemment.

  11. Je ne sais pas qui désigne les membres de la commission d’enquête, mais un président d’une commission sur le service public qui a été administrateur de radio France, j’ai l’impression qu’on a voulu enterrer le sujet.

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