[CINEMA] En première ligne, les infirmiers face à la crise de l’hôpital public

Le film expose le manque de moyens de l’hôpital public et l’inégalité de traitement des patients suivant leur mutuelle.
Copyright Tobis Film GmbH
Copyright Tobis Film GmbH

Infirmière dans un hôpital cantonal de Suisse alémanique, Floria débute son service de nuit avec tout le sang-froid que requiert sa profession. Sérieuse, consciencieuse et réglée comme une horloge, elle s’enquiert d’emblée auprès de ses collègues de la situation médicale de chaque patient dont elle aura la garde. Une somme d’informations proprement astronomique qu’elle va devoir assimiler sur-le-champ si elle ne veut pas commettre d’impair. Le labeur sera d’autant plus ardu pour elle que le service est, ce soir-là, en sous-effectif. Elles ne sont, en effet, que deux infirmières et une stagiaire pour vingt-cinq patients aux problématiques diverses et variées, allant du cancer sous toutes ses formes au simple mal de dos.

Filmée caméra-épaule, Floria passe alors son temps à courir d’une chambre à une autre, l’esprit alerte, afin de répondre à la moindre sollicitation, selon un ordre de priorité évalué dans la seconde sans jamais perdre de vue les demandes en attente. Submergée de toutes parts, elle doit aussi bien gérer la sénilité d’une patiente, les caprices d’une autre qui sort fumer ses cigarettes contre l’avis des médecins, les questionnements d’un homme inquiet de ne pas recevoir ses résultats d’examen, l’incompétence de sa jeune stagiaire ou encore l’insolence d’un bobo puant réclamant sa tisane alors qu’une dame âgée vient tout juste de mourir dans une chambre voisine….

Aimable, prévenante et pleine d’empathie, mais néanmoins contrainte de jongler sans cesse avec trois idées en tête à la fois, notre courageuse infirmière commence peu à peu à vriller, face à une ribambelle d’individus qui n’ont pas la moindre conscience de la tension qui l’anime.

Un diagnostic préoccupant à l’horizon 2030

Inspiré d’Unser Beruf ist nicht das Problem. Es sind die Umstände (« Le problème n’est pas notre métier, c’est le contexte », en version française), le livre-enquête de l’infirmière allemande Madeline Calvelage (Éditions Tredition GmbH), En première ligne, est d’abord et surtout un bel hommage à ces personnels médicaux qui ont un jour fait le choix de consacrer leur vie aux autres. Des infirmiers que l’on a volontiers applaudis tous les soirs, lors de la pandémie de Covid-19, mais dont les conditions de travail n’ont pour autant guère évolué depuis.

Crispant au possible, ce troisième long-métrage de Petra Volpe expose sans fard le manque de moyens matériels de l’hôpital public, l’inégalité de traitement des patients au regard de leur mutuelle et la pénurie d’agents : à l’horizon 2030, nous dit la cinéaste en ouverture du générique de fin, il manquera, en Suisse, trente mille infirmiers. En outre, 36 % du personnel, en moyenne, démissionne dans les quatre ans qui suivent sa formation. Enfin, l’OMS déclarait, en 2021, que d’ici 2030, il manquerait neuf millions d’infirmiers et sages-femmes dans le monde.

Bien sûr, la réalisatrice enfonce des portes ouvertes et n’accouche nullement d’une œuvre singulière ni même personnelle ; cependant, le sujet mérite d’être abordé. Portant, le film sur ses épaules, l’actrice Leonie Benesch (Les Leçons persanes, La Salle des profs et le récent 5 septembre) tire son épingle du jeu et livre une fois encore une interprétation impeccable.

3 étoiles sur 5

Picture of Pierre Marcellesi
Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

Vos commentaires

22 commentaires

  1. Les fonctionnaires français passent leur temps à se plaindre de leur manque de moyens et de personnel pour faire leur travail et pourtant ils sont les mieux dotés et les plus nombreux du monde… Et ceci est tout aussi vrai à l’hôpital que dans le reste de la fonction publique. Personnellement j’en ai marre d’entendre leurs jérémiades.

    • Jose Bobo, venez donc faire une garde de nuit dans un hôpital où parfois il n’y a que deux ou trois infirmières pour un étage. Ce qu’il faut c’est limiter l’administratif qui va être bientôt supérieur au médical. Dans un avenir proche, lorsque à l’attente d’une infirmière vous verrez arriver un robot, je pense que l’empathie ne sera pas la même

      • Sauf qu’en journée il y a « pléthore » de personnel. S’il y a si peu de personnel la nuit c’est aussi parce que les infirmières ne souhaitent pas faire les nuits. Le problème de l’hôpital public français n’est pas les moyens, c’est la gestion en général. Effectivement, comme vous le dites, trop de personnel administratif mais aussi mauvaise gestion des plannings et dépenses globales mal, ou pas, gérées (achats en tout genre, immobilier et contrats afférents).

    • Pour une fois,ma fille parle de son hosto, c’est parce que je l’attendais un matin et son retard m’inquiétait au matin d’une garde nocturne dans les ambulances en plus. Ca me dit-elle, c’est juste que j’ai du repartir au moment de quitte le service, un accident de la route…Bon, et ? Et bien je n’ai rien pu faire le type est mort. De là son air un peu disons..défait. Voilà donc, elle passe son temps à se plaindre, bien dotée etc…
      Vos propos m’attristent et quand je vois votre nom ou pseudo, je suis tenté par la lecture, mais ici, non, je n’approuve pas. Si je suis alité en clinique (ça arrive) avec besoin d’infirmière je me confonds en excuses et amabilités lors de l’appel.

    • Je suis comme vous, j’en ai franchement assez de ce discours victimaire de la fonction publique et de leur manque de moyens. Quand je me rends aux urgences, parfois, il me semble que ce n’est pas que de moyens dont manquent les services, particulièrement administratifs, mais pas qu’eux, mais d’amabilité, de compassion, de volonté et même parfois, je dois bien l’avouer, de courage, mais ce n’est qu’un ressenti personnel.

  2. Conséquences du passage aux 35h en France, il suffirait pourtant de supprimer les ARS totalement inutiles et coûteuses et d’affecter ces personnes dans les hôpitaux pour alléger la charge administrative ubuesque des soignants et leur permettre de faire le travail pour lequel ils ont été formés. Trop simple sans doute !

  3. Les politiques utilisent l’argent des français pour acheter les votes de leur clientèle, sans lesquels ils n’auraient jamais de mandat. Il faut renvoyer ces profiteurs incompétents aux chômage.

  4. Toujours de mauvais exemples et loin de la réalité. Etant frontalier avec la Suisse et l’Allemagne, les Français qui veulent travailler y sont bien contents. Hélas je constate qu’en France il y a de plus en plus de gens qui ne veulent pas travailler mais avoir de gros salaires et d’autres ceux qui ont le travail qui leur court après sont tellement assistés qu’ils sont presque mieux lotis avec prime de vacance et de fin d’année comme dans les service publics, que ceux qui travaillent. Le problème est cette société de loisirs gauchiste qui aime à se faire servir durant leurs grands séjours consécutifs au peu d’heures de travail fourni. Mais tous réclament de gros salaires au moins autant que les salauds de patrons qui triment 12 h/jour pour maintenir leur entreprise à flot.

    • Ca marche aussi avec les Français qui vivent près des « frontières du nord » ils vont facilement travailler en Belgique, par exemple à l’hôpital de Chimay, alors qu’il y a celui d’Hirson juste près de chez eux.

  5. j’ai fait des études d’infirmiers il plus de 35 ans et déja dans certains livres de soins, on nommait le patient de « client » ! Dons nous étions censés de nous occuper de « clients » donc de gens qui payent !!! en conséquence le patient qui « paye cher » a plus d’égards que celui qui « paye moins » ! c’est ce que certains appellent « l’égalité » , il parait que c’est inscrit sur les frontons de la République !!

    • Il faut s occuper de tous, même ceux qui ne payent pas et sont pris en charge par l’ AME. Il faut mettre l’ accent , c’est notre âme qui est en jeu.

    • Ceux qui ont de l’argent ne vont plus depuis longtemps dans les hôpitaux publics, ce que ferait les autres gens « normaux » s’ils le pouvaient. Car qui n’a pas l’expérience d’une infirmière mal-aimable ou d’un médecin « absent » dans le public ?

  6. On est bien content d’apprendre que les Français ne sont pas les seuls à être dans la mouise.
    Comme dit le proverbe ,ça n’arrive pas qu’autres.

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

Jean Bexon démonte les FAKE NEWS sur la mort de Quentin Deranque au micro de Christine Kelly
Jean Bexon sur Europe 1

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois