[CINEMA] Compostelle, la délinquance juvénile selon nos cultureux haussmanniens…
Sur le papier, le film avait tout pour nous plaire : un récit de voyage sur le pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle ; de quoi nous attendre à un propos spirituel servi par de magnifiques paysages. Le choix de Yann Samuell à la réalisation aurait toutefois dû nous mettre la puce à l’oreille. Car si sa reprise de La Guerre des boutons, en 2011, tenait à peu près la route – sans faire de folies –, son adaptation de la bande dessinée La Guerre des Lulus, en 2022, fut d’une mièvrerie sans nom, accumulant les poncifs les plus navrants dans une esthétique télévisuelle à l’américaine pompée sur les productions Netflix.
La réinsertion par la marche
Avec Compostelle, Yann Samuell s’inspire de Marche et invente ta vie, l’ouvrage de Bernard Ollivier, paru en 2015 chez Arthaud, dans lequel l’auteur évoquait son association Seuil.
Celle-ci organise chaque année des compagnonnages pour jeunes délinquants ou marginaux dont la situation sociale, scolaire ou familiale est en échec. Comptant aujourd’hui trois cents adhérents et donateurs, l’association propose à ces adolescents de quatorze à dix-huit ans, suivis par l’aide sociale à l’enfance ou la protection judiciaire de la jeunesse, une randonnée de 1.500 km pendant trois mois, sans le moindre accès aux écrans ni à la musique. Ces marches « de rupture », encadrées du début à la fin par un adulte, peuvent permettre à ces jeunes d’éviter la prison. D’après le site officiel de Seuil, ils seraient une trentaine par an à se prêter au jeu.
Dans ce contexte, le film de Yann Samuell imagine le compagnonnage difficile de Frédérique, une ancienne prof renvoyée de l’Éducation nationale pour avoir giflé un élève, et d’Adam, un jeune délinquant multirécidiviste. Venus tous deux chercher leur salut, ces improbables partenaires vont connaître une relation en dents de scie, chargée de tensions, et finalement nouer un lien de nature quasi parentale, Adam ayant trouvé en Fred une mère de substitution…
La sociologie à revoir…
Bénéficiant de charmants paysages du Lot (Bouziès, Cahors, Figeac, Sauliac-sur-Célé), mais aussi du Puy-en-Velay, de l’Aveyron, des Pyrénées et – bien sûr – de l’Espagne, Compostelle nous ferait presque oublier sa mise en scène scolaire et son utilisation intempestive de drones.
La gêne, véritablement, concerne le personnage d’Adam, incarné par Julien Le Berre, dont la crédibilité à l’écran est proche de zéro. Présenté comme un jeune des cités, chanteur de rap – jusque dans une scène consternante où des curés s’associent à lui ! –, le jeune homme ne maîtrise aucun code de ce milieu, pas même l’accent qu’il cherche à restituer vainement dans ses moments de colère. Le réalisateur, et les producteurs, nous prouvent par leur choix de comédien leur méconnaissance profonde – et inquiétante – de la sociologie actuelle des banlieues, et a fortiori de celle des cités.
Un intertitre nous dit à la fin que 70 % des délinquants incarcérés plongeront dans la grande délinquance à leur sortie et que 60 % des jeunes ayant choisi la marche parviennent à se réinsérer dans la société ; là encore, on eût apprécié un peu plus de précisions sur le plan sociologique : sur ceux qui entrent en prison et sur ceux qui acceptent la marche pour Saint-Jacques-de-Compostelle…
1,5 étoile sur 5
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3 commentaires
La rédemption, toujours la rédemption..j’ai toujours eu du mal à croire dans ce concept et les faits me donnent plutôt raison. J’ai l’impression que ce film est politique, l’histoire du pauvre délinquant incompris. D’ailleurs dans l’extrait le jeune délinquant est plus heureux à sauter sur les voitures qu’à marcher sur les sentiers. partir en randonnée ou la prison? Là par contre le choix est vite fait… beaucoup de personnes souhaitent faire ce pèlerinage qui rend hommage à l’Europe du sud mais ne peuvent pas faute d’argent ou de temps. C’est comme le karting dans les prisons, les délinquants ne le méritent pas.
Absolument pas d’accord avec votre critique. Ce film se laisse voir avec grand plaisir et la scène dans le monastère espagnol nous a beaucoup touché. Paysages magnifiques et acteurs touchants….ne soyez pas si critique…cela nuit à vôtre crédibilité.
La bande annonce ne donne aucune envie de voir ce film: c’est artificiel comme bon nombre de films français actuels.