Arrestation du président Noriega par les États-Unis : c’était aussi un 3 janvier !

L’arrestation de Maduro rappelle une autre capture américaine historique : celle du dirigeant panaméen Noriega.
In this photo released 04 January 1990 by the Defense Department, Panamian General Manuel Noriega (C) is brought on board a US military plane 3 January 1990 for a flight to Miami after his arrest. (Photo by AFP)
In this photo released 04 January 1990 by the Defense Department, Panamian General Manuel Noriega (C) is brought on board a US military plane 3 January 1990 for a flight to Miami after his arrest. (Photo by AFP)

L’histoire des relations entre les États-Unis et l’Amérique latine est marquée par des interventions parfois brutales, souvent controversées, où la lutte déclarée contre la drogue ou l’instabilité politique s’est mêlée à des intérêts géopolitiques. Parmi les épisodes les plus marquants du XXe siècle figure l’arrestation de Manuel Noriega au Panama, le 3 janvier 1990, un événement qui résonne étrangement avec la récente capture, également un 3 janvier, du président vénézuélien Nicolás Maduro par les forces américaines en ce début d’année 2026.

Manuel Noriega, allié de l’ombre devenu ennemi public

Manuel Noriega, né en 1934 à Panama, s’est imposé progressivement comme l’homme fort du pays en devenant le commandant en chef des Forces de défense panaméennes au début des années 1980. Officiellement chef de l’État à partir de 1983, il a exercé en réalité un pouvoir autoritaire, fondé sur le contrôle de l’armée et des services de renseignement. Cependant, pendant de longues années, Noriega a également entretenu des relations étroites et ambiguës avec les États-Unis, collaborant notamment avec la CIA dans le cadre de la lutte contre les mouvements révolutionnaires d’Amérique centrale.

Cette alliance tacite s’est néanmoins fissurée à mesure que s’accumulaient les accusations de trafic de drogue, de blanchiment d’argent et de racket. En effet, Noriega fut soupçonné d’avoir facilité le transit de la cocaïne colombienne vers le marché américain, transformant le Panama en plaque tournante du narcotrafic. À la fin des années 1980, Washington change de posture et décide alors de faire de son ancien allié un adversaire à abattre, notamment après l’annulation des élections présidentielles de mai 1989 et la proclamation par Noriega d’un état de guerre avec les États-Unis.

L’invasion du Panama

Sous la présidence de George H. W. Bush, les États-Unis lancent alors, le 20 décembre 1989, l’opération militaire « Just Cause », mobilisant des milliers de soldats. L’intervention est massive, rapide et meurtrière, provoquant de lourdes pertes civiles. Noriega, recherché activement, parvient alors à échapper aux premières opérations et trouve refuge dans la nonciature apostolique du Saint-Siège. Pendant dix jours, cette dernière est encerclée par les forces américaines qui forcent Noriega à sortir en lui cassant littéralement les oreilles. En effet, à l’aide de puissants haut-parleurs, les soldats de l’Oncle Sam diffusèrent en continu une musique assourdissante afin d’exercer une pression psychologique sur leur cible, de jour comme de nuit. Le 3 janvier 1990, l’ancien chef d’État panaméen finit par se rendre aux troupes américaines. Immédiatement transféré à Miami, il est jugé par un tribunal fédéral américain et condamné, en 1992, à 40 ans de prison pour trafic de cocaïne, racket et blanchiment d’argent. Sa peine sera ensuite réduite, avant qu’il ne soit extradé vers la France en 2010, puis vers le Panama en 2011, où il purge d’autres condamnations jusqu’à sa mort en 2017.

Un parallèle historique

La coïncidence des dates, le 3 janvier 1990 pour Noriega et le 3 janvier 2026 pour Maduro, met en lumière une continuité troublante dans la manière dont les États-Unis se réservent le droit d’intervenir directement dans les affaires d’États souverains pour procéder à des arrestations ou à des captures ciblées. L’affaire Noriega n’a jamais constitué une exception et l’opération menée contre Nicolás Maduro démontre que, plusieurs décennies plus tard, Washington demeure toujours prêt à recourir à la force ou à des actions extraterritoriales pour neutraliser ce qu’il considère comme des menaces criminelles, stratégiques ou politiques.

Donald Trump, avec l’opération menée contre Maduro, n’est ni le premier ni, assurément, le dernier président américain à employer de telles méthodes lorsqu’il estime que des intérêts nationaux et sécuritaires sont en jeu.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

17 commentaires

  1. Et les trois meneurs de la fameuse cohalition des volontaires européens se croient toujours capables d’influencer la politique extérieure américaine . Qu’ils sont petits vraiment petits !

  2. Je suppose que Macron et Barrot font une réunion d’urgence pour constituer le commando qui ira libérer Maduro, avec la « collusion des volontaires en télépantoufle »: Apathie, Barthès, Ruquier, Bouleau, Attal, Breton, etc…des guerriers!

  3. Ce qu’il y a de positif de cette affaire en France, c’est que la gauche va se taire, un peu comme Thierry Breton hier qui la met en veilleuse comme on dit dans l’extrême France…Pourquoi? mais parce qu’ils ont peur de se faire enlever ou capturer par les méchants américains, et que la peur gouverne la gauche.
    Ils oublient juste que de les enlever ne soulagerait que les français, tant ils sont sans intérêt pour les américains… »Se croire un personnage est fort commun en France: On y fait l’homme d’importance et l’on n’est souvent qu’un bourgeois ». (Le rat et l’éléphant) LA FONTAINE

    • On est fin 89 début 90. Reagan est dans les derniers jours de son mandat, Bush père va lui succéder. Le Mur de Berlin vient de tomber, l’URSS est en voie de décomposition, mise à terre par Reagan et Jean Paul II, la Chine commence à peine à se réveiller. On est dans le règne de la « super puissance » qui se terminera en 2001 avec l’attaque des twin towers et une Chine de + en + réveillée. Pour l’heure les US font ce qu’ils veulent et personne ne moufte.

  4. Si Trump était Président de la France, aurait-il organisé l’enlèvement de Tebboune pour calmer le jeu avec l’Algerie et obtenir la libération de Christophe Gleizes ?

    • Très bonne question à laquelle on nz peut répondre que oar l’affirmative. On n’imagine aucunement Trump se laisser traiter ainsi sans réagir.

  5. Curieusement dans toutes ces affaires, Panama, Venezuela et autre plus ou moins obscures pour le moment, on trouve toujours la Chine pas très loin pour divers raisons.
    L’un c’est le pétrole, l’autre c’est un passage essentiel, demain … ?

  6. « Donald Trump, avec l’opération menée contre Maduro, n’est ni le premier ni assurément le dernier président américain à employer de telles méthodes lorsqu’il estime que des intérêts nationaux et sécuritaires sont en jeu. »…
    N’est-ce pas aussi ce qu’on reproche à Poutine ? En attaquant l’Ukraine, il ne voulait-t-il pas mettre un terme à l’entrisme forcené de l’Amerique à ses frontières ? Ce qui expliquerait pourquoi l’Amérique de Trump est plus encline à « discuter » avec lui qu’à le combattre…

  7. C’est un épisode dont j’ai parfaite souvenance. Surtout la manière frappante de la reddition de Noriega. Des baffles géantes déversant un bruit d’enfer l’obligeant à se rendre. Vous rappelez à juste titre la constance dans le temps de la politique américaine anti-drogue et le credo de la doctrine Monroe. On feint de croire à une tyrannie trumpiste affranchie du Droit, alors qu’il en est le porteur. Autant accuser un gendarme d’arrêter un délinquant. Mais justement, la néo-pensée wokiste consiste à les mettre sur le même plan.

  8. Le terme  »arrestation » devrait être utilisé. Car un dictateur qui garde le pouvoir par des moyens tyranniques et mafieux pour s’enrichir par les trafics, de drogue ou autres, n’est pas un chef d’état légitime, démocratique, qui peut se targuer de la souveraineté de l’état alors qu’il n’y a plus d’état.

  9. Contre cette intervention contre le souveraineté du Venezuéla, je suggère la libération de Maduro au moyen d’un commando constitué par ses fidèles soutients, les députés LFI, mené par leur leader le Méchancon.

    • Trump devient le Mr propre de la politique mondiale. Il dit il fait comme l’a si bien dit Marco Rubio. Macron c’est le contraire, il dit mais ne fait pas. C’est son énergie qui fait de lui une girouette.

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