Le musée d’Orsay devient une salle de danse
Dans la grande nef du musée d’Orsay, le visiteur s’attend naturellement à rencontrer les œuvres de Courbet, Manet, Degas, Monet ou Van Gogh au détour d’une galerie, afin d’admirer en paix les beautés de la peinture, de la sculpture et d’approfondir ses connaissances sur l’histoire de l’art. Il ne s’attend certainement pas à découvrir, lors de son parcours, une animation évoquant davantage un cours de danse, de stretching ou de yoga qu’une véritable médiation muséale.
Danser devant la décadence
Cette réalité a été publiée sur X par Bénédicte Bonnet Saint-Georges, historienne de l’art et rédactrice en chef de La Tribune de l’Art, média spécialisé reconnu pour ses analyses patrimoniales. On y aperçoit ainsi un groupe de participants réunis dans la nef du musée d’Orsay, exécutant des mouvements synchronisés au milieu des œuvres, dans une ambiance rappelant davantage le bien-être ou l’animation sportive. On voit de nombreux visiteurs obligés de contourner cette animation pour pouvoir admirer d’autres œuvres.
On peut noter, également, la présence d’un animateur au milieu des danseurs, bien davantage assimilable à un coach sportif, expliquant les gestes à adopter, qu’à un médiateur culturel qui discourrait, par exemple, sur l’immense tableau présent derrière lui, Les Romains de la décadence, peint par Thomas Couture en 1847. Le mot décadence semble d’ailleurs, non sans ironie, particulièrement bien choisi pour illustrer ce qui se déroule sous les yeux mêmes de cette toile monumentale.
Mais pourquoi ne pourrait-on pas, tout simplement, regarder les œuvres ? pic.twitter.com/YwtwaZyk3r
— Bénédicte Bonnet Saint-Georges (@BeneBSG) April 19, 2026
À ce sujet — Visiter les musées : une aventure dépassée ?
Bénédicte Bonnet Saint-Georges commente, au passage : « Mais pourquoi ne pourrait-on pas, tout simplement, regarder les œuvres ? », quelques mots qui résument à eux seuls le sentiment de nombreux amateurs d’art s’interrogeant sur l’intérêt de tels événements, quand parfois la simplicité peut suffire là où l’extravagance s’impose inutilement.
Une logique marchande
Depuis plusieurs années, de nombreuses institutions culturelles cherchent à proposer des expériences immersives, familiales, conviviales et participatives. Un vocabulaire bien rodé, presque commercial, proche, finalement, de celui d’un parc d’attractions, qui semble peu à peu remplacer celui du véritable monde muséal dont la mission première est de conserver, transmettre et instruire.
Désormais, il ne s’agit plus seulement de faire visiter un musée au public mais de lui faire vivre une expérience supposée originale, différente, insolite. Cette évolution traduit une forme de marchandisation douce. Face à la crainte de voir les musées se vider ou leurs collections jugées dépassées, il faut séduire, divertir, rentabiliser l’espace, fidéliser de nouveaux publics afin d’attirer toujours plus de monde et faire tourner la billetterie. Le visiteur n’est plus considéré comme une simple personne venue apprendre ou admirer mais comme un consommateur présumé incapable de rester attentif sans stimulation permanente. Le paradoxe est cruel. À force de vouloir rendre le musée accessible, on finit par nier ce qui fait sa singularité. Pourtant, un musée n’est pas une salle de sport premium, ni un parc d’attractions, ni un club de danse, ni un décor pour des publications sur Instagram.
Le musée d’Orsay lui-même s’inscrit dans cette logique à travers certaines propositions. L’institution organise, par exemple, l’activité « Mouvements et matières, visite dansée en famille », présentée comme une invitation à « s’immerger dans l’univers des formes en mouvement et à ressentir l’énergie qui se dégage des œuvres, en les expérimentant à travers la danse ». L’intention se veut séduisante, mais encore faudrait-il qu’avant de pratiquer cette forme d’activité « corporelle », le public puisse apprendre ce que représentent les œuvres, connaître leur histoire, comprendre leur contexte de création et découvrir la vie de leurs auteurs, avant de gesticuler devant elles dans une mise en scène tenant davantage du spiritisme new age que de la transmission culturelle.
Les œuvres, et rien d’autre
Le musée d’Orsay conserve l’une des plus importantes collections mondiales consacrées à la période 1848-1914 et attire un public toujours plus nombreux. En 2024, il a accueilli 3.751.141 visiteurs, selon les chiffres officiels de l’établissement. Cette fréquentation démontre une réalité simple : le musée n’est nullement déserté. Il n’a donc nul besoin d’être sauvé par des happenings sportifs ou pseudo-artistiques pour exister, car ce n’est nullement ce type d’animation qui attire le plus grand nombre. Le succès d’expositions récentes comme Paris 1874. Inventer l’impressionnisme ou Van Gogh à Auvers-sur-Oise en apporte la preuve, chacune ayant attiré, en moyenne, près de 750.000 visiteurs en seulement quelques mois.
L’argument selon lequel il faudrait absolument « dynamiser » les lieux pour attirer le public paraît donc fragile. Le public est déjà présent, nombreux, fidèle, et vient pour une raison fondamentale mais simple : admirer les chefs-d’œuvre des plus grands artistes du XIXe siècle et du début du XXe siècle.
Il faut donc mettre en avant notre héritage artistique, réapprendre aux Français à le découvrir avec simplicité dans nos musées, mais aussi avec exigence et précision, sans céder à une profusion d’animations en tout genre qui risque, bien souvent, de détourner le regard de l’essentiel : les œuvres elles-mêmes.
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28 commentaires
Depuis que Jack Lang a décrété et imposé que tout est culture, on ne s’étonne pas que de telles inepties puissent polluer les lieux où se trouve l’art véritable. Puisque désormais Aya Nakamura ou Jul sont élevés au niveau d’Edith Piaf ou de Georges Brassens, plus aucune chute vers les tréfonds de la déchéance ne peut me surprendre.
Je propose des tourniquets de cartes postales avec une fête au foie gras.
A quand un grand huit ou un petit train ?????
Il ne faut pas être amateur d’Art pour consentir à se transformer en sportif dans un lieu qui lui est dédié. Toute personne véritablement amoureuse des oeuvres exposées sera contrariée, voire horrifiée, par ces pratiques. Il faut donc avant tout pétitionner contre ces intrusions inacceptables.
Au secours
Un musée n’est il pas fait pour permettre à tout un chacun d’enrichir ses conaissances et d’admirer des oeuvres d’art ? Mais il faut maintenant s’y contorsionner dans des danses modernes. Que va-t-on encore inventer dans le grotesque ?
A quand ce genre de manifestations « intello-sportives » dans la Cathédrale Notre-Dame?
Si c’était le temps d’un « flashmob » qui serait vu des millions de fois sur youtube, permettez-moi de trouver cela très bien pour le musée. Mais si c’est pour transformer le musée « giscard » en salle de fitness, là je ne comprends pas, sauf que les conservateurs d’aujourd’hui – on sait comment ils sont (dé)formés – se préoccupent moins des oeuvres dont ils ont la responsabilité que des entrées, et des « effets » pour s’assurer une bonne petite réputation de créativité à bon compte…
Encore un signe d’une avancée à grands pas de la décadence amorcée de notre société/civilisation ! L’art ne se suffit-il pas à lui même ? On avait déjà eu un avant-goût (amer ou acide) de cela avec le « spectacle des JO de Paris ».
Un musée de fous, cela ne m’inspire que ça! Ça ne donne pas envie d’y aller et pourquoi ne vont ils pas danser dans la rue? Peur d’être ridicule, d’être filmé, d’être moqué ou de se faire insulter par des suédois?
Un peu la même chose que celle qui consistait à faire courir les enfants parmi les tombes des « poilus » : vive l’inculture et les cerveaux plats d’une certaine « modernité » !
Mais pourquoi ne pourrait-on pas, tout simplement, regarder les œuvres ?
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C’est trop banal! Il faut que ce soit « spéciââl!