Cérémonie des César™ : un vent nouveau soufflerait-il sur le cinéma français ?
Pour le plumitif, la « journalope gauchiasse » comme affirment certains poètes sur les réseaux sociaux, s’appuyer jusqu’à point d’heure la cérémonie des César™ a souvent des airs de punition venus de sa direction. Un coup bas qui vient de haut, en quelque sorte. On se souvient du millésime 2020, quand Ladj Ly arrive avec sa bande issue de Montfermeil (93), histoire de récupérer sa statuette du meilleur film, pour sa relecture des Misérables, et quasiment insulter le pays les ayant vu naître alors que ce dernier était précisément en train de les distinguer.
Comme la musique, le cinéma est censé adoucir les mœurs. Pas toujours, semble-t-il. La même année, c’est Roman Polanski qui décroche la timbale pour le César™ du meilleur réalisateur avec J’accuse, mise en images de la terrible affaire Dreyfus. Mais le cinéaste ne se rend pas à la cérémonie, ayant passé l’âge de se faire lyncher. Il a survécu aux nazis, dans le ghetto de Cracovie, puis aux communistes, ce n’est pas pour se faire achever par #MeToo. À cette occasion, l’actrice Adèle Haenel annonce mettre fin à sa carrière, suite à la récompense décernée à Roman Polanski, dénonçant un cinéma « réactionnaire, raciste et patriarcal ». Rien de moins. Quant à sa carrière, on ignorait qu’elle en avait entamé une. Passons.
Corinne Masiero, nouvelle Jeanne d’Arc féministe ?
Puis, en 2020, c’est l’actrice Corinne Masiero qui récidive en stigmatisant, sans rire, « la mainmise sur le cinéma par des bourgeois hétéros et catholiques, blancs et de droite ». L’année d’après, elle atteint son acmé artistique lorsque débarquant à oilpé sur scène, des tampons hygiéniques en guise de boucles d’oreilles et barbouillée de faux sang. En guise de petit plus commercial, un slogan devant, « No culture, no futur », et un autre derrière, « Rend nous l’art, Jean ! » Un anglicisme sur la poitrine et une faute de syntaxe entre les omoplates, « Jean » Castex, Premier ministre d’alors, n’en demandait probablement pas tant. Mais comme elle dit, à l’époque : « Ce qu’on remarque le plus, ce sont mes vieilles fesses en ruines. […] Si je ne l’avais pas fait, on ne pourrait pas parler de la précarité des gens qui sont dans la culture, des gens de l’éducation, à la santé, des élèves. » « C’est cela, oui », comme marmonnait Thierry Lhermitte dans Le Père Noël est une ordure.
Une soirée qui sauve enfin l’honneur du cinéma français ?
Pardon pour le préambule, mais ce fut ça, des années durant, cette fichue cérémonie des César™, entre discours interminables, harangues de révolutionnaires de salon, jérémiades de Bovary de service et happenings à deux balles avec intermittents du spectacle en bonnet péruvien venus engueuler le ministre de la Culture du moment. Autant dire qu’on attendait la chose de pied ferme en soupirant que le supplice ne dure pas trop longtemps.
Et là, surprise divine : rien de tout cela. Déjà, Benjamin Lavernhe en maître de cérémonie est tout bonnement épatant. Cet acteur, formé à la Comédie-Française, sait tout faire : ignoble en jeune marié tête à claques dans Le Sens de la fête (2017), d’Éric Toledano et Olivier Nakache, poignant en musicien condamné par la maladie dans En fanfare (2024), d’Emmanuel Courcol. Bref, on sent qu’il a travaillé dur pour y arriver. Mais là, il se surpasse. Comme l’invité d’honneur est Jim Carrey, révélé dans The Mask (1994), de Chuck Russell, il n’hésite pas enfiler le zoot suit jaune clinquant de l’acteur connu pour sa débordante énergie. C’est bien simple, il danse aussi bien que lui, seul, à deux ou entouré d’une troupe de professionnels. Mieux : accueillant le guitariste et chanteur M (le fils de Louis Chedid), voilà qu’il l’accompagne à la six cordes, parvenant à tenir son rang, même si confronté à un instrumentiste surdoué. Voilà pour le boulot accompli. Pour y parvenir, combien d’heures de répétitions ? Lui seul le sait. Mais une chose est sûre, il n’a pas volé son argent ; pas plus que le spectateur qui en a eu pour le sien.
À ce sujet — Corinne Masiero, une certaine idée de la femme
La dignité de Golshifteh…
Puis Camille Cottin, la présidente. Elle donne le ton en se disant inquiète des temps sombres qui s’annoncent. Lesquels ? Aucun des invités ne se risquera à les définir. S’agit-il de l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche ? De la montée des populismes en France et en Europe ? La question demeure ouverte. Par rapport à Benjamin Lavernhe, c’est un petit bémol, mais tôt oublié. La seule qui, en ce domaine, se révèlera convaincante, c’est Golshifteh Farahani, actrice iranienne venue défendre Un simple accident (2025), le film de son compatriote Jafar Panahi. Et là, les mots qu’elle prononce n’ont rien d’une imposture. Ils sonnent juste, en comparaison des diatribes d’une Adèle Haenel ou d’une Corinne Masiero ayant fait leur beurre de la lutte contre une dictature française supposée, présente ou à venir : « Les vivants restent debout, avec un cœur absent, et ils dansent leurs douleurs pour que les bourreaux sachent qu’ils peuvent tuer les corps, mais jamais les âmes. Le peuple iranien se bat depuis des décennies pour sa liberté, armé de son courage et de sa culture parmi les plus anciennes du monde. Il finira par gagner parce que la quête de la liberté bat au cœur de l’être humain et un cœur vivant ne se soumet jamais. » Bref, l’arbitraire, le vrai, elle connaît. Et pas que par ouï-dire dans les causeries mondaines.
Le cinéma pour tous…
Une Isabelle Adjani venue, comme toujours, prononcer un discours stratosphérique à la limite du compréhensible et censé dénoncer les violences faites aux femmes, faisait pâle figure à côté. C’était une autre petite fausse note, à l’instar des quelques huées, particulièrement déplacées, saluant un hommage à Brigitte Bardot. Ces sifflets étaient certes minoritaires, mais résonnaient assez fort pour gâcher la fête, comme l'a souligné Arnaud Florac. Pour le reste, cette cuvée fut plutôt de bonne tenue et le palmarès final assez équilibré, puisque récompensant films pour grand public – César™ du meilleur scénario original décerné à Franck Dubosc pour son réjouissant Un ours dans le Jura –, sans négliger des œuvres à sujets plus âpres, tel le Nino de Pauline Loquès (un jeune homme victime d’un cancer de la gorge) ou L’Attachement de Carine Tardieu (une libraire féministe s’occupant d’un veuf dont l’épouse est morte en couches). On saluera aussi la bonne tenue du discours de Laurent Lafitte (César™ du meilleur acteur pour La Femme la plus riche du monde, de Thierry Klifa), remerciant la France de lui avoir permis d’étudier gratuitement à la Comédie-Française et de l’avoir aidé dans les moments difficiles grâce au régime des intermittents du spectacle. Ça change.
Sans surprise, Le Monde n’a guère goûté la fête, boudant « cette soirée, bien huilée, protocolaire, mais à l’arrivée sans effusion, jusque dans les réactions très contenues des lauréats. On était loin des coups d’éclat revendicateurs des éditions 2020 ou 2021, Adèle Haenel claquant la porte ou Corinne Masiero surgissant en nu sanguinolent. »
Surprise divine, tel qu’écrit plus haut ? Oui. Il y avait longtemps qu’on n’avait pas passé une aussi bonne soirée. Il est vrai que depuis l’arrivée de Vincent Bolloré à la tête de Canal+, le principal argentier du cinéma français, nos zacteurs et zactrices ont manifestement mis la pédale douce sur leur « antifascisme » de salon. La preuve en est qu’ils se ruent faire leur service après-vente au Journal du dimanche et sur Europe 1, autres propriétés du milliardaire breton en question. Comme quoi la vigilance citoyenne et la résistance à l’arbitraire cèle en elle ses propres limites : le compte en banque de nos chers zartistes et autres professionnels de la profession.
PS : le César™ du meilleur documentaire a été attribué au Chant des forêts, le chef-d’œuvre de Vincent Munier, lequel est venu chercher son trophée en compagnie de son père et de son fils ; soit trois générations s’acharnant à transmettre le goût du beau et de la nature. Décidément, cette soirée des César™ n’était pas tout à fait comme les autres.
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29 commentaires
C’est le peuple qui fait la vie politique et les acteurs ou les réalisateurs n’en font plus parti vu leur niveau de déconnexion! Il était temps que les privilègiés restent à leurs places et fassent tout simplement leur travail. Ne pas prendre en compte les aspirations du peuple étaient une insulte au peuple de France lui même et les insultes c’est la force des faibles.
NB: suite de ci dessous. En regardant les commentaires ci-dessous, j’avais oublié les quelques huées vers Brigitte Bardot. Ce n’est pas à d’autres que ça arriverait, des huées… Lamentable.
Vous qui êtes adepte du cinéma _ et de la musique_ , M. Gauthier, je vous retourne la question. Que s’est-il passé, à votre avis, pour qu’un vent nouveau souffle sur le cinéma français ? Aux éditions passées, il pouvait y avoir quelquefois ici et là, du talent. Mais voilà ! il s’agissait surtout de taper sur des ennemis ( afin de fédérer le groupe ). Ce n’était plus du cinéma , mais un raout politique , sociétal etc Il y a donc eu des injonctions venues… d’où ? : attention, pas un mot sur Jack, ni qui que ce soit, cette année. Juste quelques mots d’actualité, mais pas plus… _ C’est, en effet, devenu rare _ et précieux_ de se consacrer à ce pour quoi une émission est faite !
Tous ces « entre soi » , ces auto-suffisants m’indiffèrent ! Les grands acteurs ont disparu depuis longtemps. Aucun ne leur arrive à la cheville. Il y a bien longtemps que je ne regarde plus tous ces petits gauchistes de salon .
Pareil ! au bout de 5minutes j’ai ZAPPé le « parisianisme » insupportable et factice
Aucun esprit, de l’humour de bazar
Commentaire identique à celui du présentateur de Cnews ( Praud) qui se réjouissait de la tenue excellente de cette soirée de privilégiés en oubliant de signaler les huées suite au bref hommage de B.Bardot. Pas touche à canal +….
En effet, BB qui l’avait en estime et suivait régulièrement ses émissions, Praud est bien ingrat,
Merci pour ce compte rendu – et toujours la pointe d’humour.
Le cinéma français est un naufrage !
On enfonce des portes ouvertes ?
Quand on nage dans l’aisance et les subventions, on s’invente des ennemis et on se nourrit de bien-pensance. Ces gens là me font penser à la chanson de Jacques
BREL, les bonbons » Parce qu’enfin, j’ai des opinions…. »
Huer Brigitte Bardot par des acteurs qui ne lui arrivent même pas a la cheville alors qu’ils aurait été, dans un pays normal, se recueillir une petite minute montre bien que le cinéma n’est plus ce qu’il était.
Combien de filmes a la hauteur des années passés, aucun et pendant qu’on tente de d’abattre un géant du cinéma, qu’on peux aimer ou non mais qui reste toujours un géant du cinéma comme Gérard Depardieu.
Combien ont pris la relève d’un Alain Delon ou d’un Jean-Paul Belmondo.
Entièrement d’accord avec vous.
Depuis quelques années nous ne regardons plus ces spectacles guignolesques, prétextes à nous bombarder de messages politiques. Qu’ils se les gardent pour leur entre-soi.
« …. inquiète des temps sombres qui s’annoncent. … ». Chassez le naturel il revient au galop.
Bah ! Qu’elle se fasse rare, la Camille, et tout s’éclaircira.
Merci pour les infos…
De grâce messieurs les journalistes arrêtez de parler de « milliardaire » au lieu et place d' »entrepreneur » ou chef d’entreprise….
Bien d’accord, heureusement que ces milliardaires existent avec tous leurs emplois créés, moins de milliardaires ne fera pas moins de pauvres, bien au contraire.
Combien ces milliardaires font vivre de Français, imaginons qu’ils partent a l’étranger voir l’impacte sur notre société déjà gravement malade.
Mélenchon a t’il travaillé dans sa vie.
Comme dit la vieille chanson : « Le travail c’est la santé, rien faire c’est la conserver »…
Quand on en profite pour huer Brigitte Bardot à la cérémonie des césars on ne peut pas dire qu’un vent nouveau est en train de souffler.
Je confirme.
« qu’on n’avait pas passé une aussi bonne soirée. » vous, peut être, j’ai autre chose à faire que regarder des bourges endimanchés et subventionnés se congratuler. La préférence nationale bonne pour le cinoche « français » mais pas pour les autres domaines me révulse; sans compter les subventions à une époque où la dette se compte en milliards.
PAREIL pour moi ! …En total « accord » avec votre commentaire ! …
Idem
D’autant que le choix des récompenses a dû être difficile, vu le nombre de films sans intérêt sortis cette année.
Également.
Je plussoie.
Curieusement depuis ces dernières années je ne regardais plus cette comédie hypocrite et crasseuse eu égard à tout ce qui est décrit dans votre super edito. Et puis cette année le hasard m’a fait zapper sur Canal en clair où j’ai pu apprécier un César des remises dans la plus pure tradition excepté des huées d’une bande d’abrutis pour le déroulé de la carrière de la sublime BB. Il semble qu’un coin de la salle n’avait pas été bien nettoyé mais au final belle réussite pour le 7eme art.