20 juillet 1524 : disparition de « la bonne reine » Claude de France
Le 20 juillet 1524, dans le silence des couloirs du château de Blois, s’éteint à seulement vingt-quatre ans celle que les courtisans appelaient affectueusement « la bonne reine ». Avec son décès disparaît une belle âme, mais s’éteint aussi un rameau dynastique : Claude de France, duchesse de Bretagne et reine de France, était la dernière des Valois-Orléans. Fille de Louis XII et d’Anne de Bretagne, elle incarnait à la fois une union politique et une destinée féminine contrainte par les exigences du pouvoir. Reine discrète et épouse infatigable, elle laisse derrière elle un royaume qu’elle a aidé, sans le savoir, à façonner.
Une enfant tant désirée
Claude voit le jour le 13 octobre 1499 à Romorantin. Sa naissance est un miracle pour sa mère, Anne de Bretagne, endeuillée par la disparition de ses enfants mort-nés. Ainsi, dans une ultime prière, la duchesse aurait sollicité l’aide de saint Claude de Besançon, donnant ainsi son prénom à sa fille. Claude grandit à la cour de Blois, dans le sillage d’une mère aimante mais ferme, soucieuse de faire d’elle non une simple princesse mais une héritière bretonne capable de défendre ses droits face aux appétits français. En effet, à cette époque, l’union de la Bretagne et de la France est encore fragile. La duchesse Anne tient à préserver l’indépendance de son duché et rêve d’un mariage pour Claude qui conforterait cette position : un Habsbourg plutôt qu’un Valois. Cependant, Louis XII voit les choses autrement pour le bien du royaume de France.
Mariée pour le bien de la France
Ainsi, lorsque Anne meurt en 1514, Claude devient duchesse souveraine de Bretagne à seulement quinze ans. Afin que le duché de Bretagne puisse rester sous l’autorité du royaume de France, son père, n’ayant eu aucun fils de ses précédentes unions, organise dans la foulée son mariage avec son cousin, François, comte d’Angoulême, futur François Ier. Ce dernier est alors l’héritier du trône de France. Cet Apollon peut aussi se satisfaire d’une grande beauté accentuée par sa grande taille. Sa promise, au contraire, n’est guère une Aphrodite. Légèrement boiteuse, Louis XII dira même d’elle : « Elle n’est pas belle, mais sa vertu touchera le comte, et il ne pourra s’empêcher de lui rendre justice. » L’union est alors célébrée à Saint-Germain-en-Laye le 18 mai 1514. La mariée n’a alors qu’une quinzaine d’années quand le mari a déjà dépassé la vingtaine. Que voulez-vous, la raison d’État passe avant tout, et ce mariage arrive à point nommé.
En effet, quelques mois plus tard, Louis XII décède, laissant ainsi François Ier accéder au trône. Claude devient reine, mais cette couronne est bien lourde. Dans l’ombre du flamboyant François, amateur de femmes et d’aventures, Claude s’efface et délègue à son mari la gestion de la Bretagne. Par son caractère, elle est souvent décrite comme douce et pieuse. Néanmoins, elle accomplit son destin de reine et donne de nombreux enfants au royaume : le pauvre Dauphin François de France, le futur Henri II, Madeleine, future reine d’Écosse, et Charles, futur duc d’Orléans.
Une reine face aux épreuves
Malheureusement, ces grossesses successives ne sont pas sans conséquence pour la pauvre Claude, qui s’épuise de naissance en naissance. Elle souffre également dans son cœur, face aux infidélités de son époux volage, notamment avec sa maîtresse, la duchesse d’Étampes. Elle doit aussi faire face à sa terrible belle-mère, Louise de Savoie, qui souhaite avoir sa place dans la gouvernance du royaume de France.
Pour affronter ces épreuves, Claude se réfugie souvent à Blois afin d’éviter la vie trépidante de la cour. Elle peut aussi s’appuyer sur quelques amis et fidèles, dont une jeune dame d’honneur venue d’Angleterre, Anne Boleyn, future souveraine d’Albion, décapitée par le terrible Henri VIII, et qui gardera après son séjour un profond respect envers la reine Claude.
Une fin prématurée
Usée alors que sa vie semblait commencer à peine, Claude s’alite une dernière fois au cœur de l’été 1524. C’est ainsi en son château de Blois, surplombant la Loire, que la dernière des Valois-Orléans rend l’âme, le 20 juillet, terrassée par l’épuisement, sinon par la syphilis que François Ier lui aurait transmise. D’abord inhumée à Blois, sa dépouille devra attendre le retour de son époux, captif à Pavie, pour être enfin transférée à Saint-Denis. Apprenant la nouvelle et se rendant compte de l’attachement insoupçonné qu’il portait à son épouse si discrète, le roi déclara alors : « Je n’eusse jamais pensé que le lien du mariage conjoint de Dieu fût si dur et difficile à rompre. »
Cependant, Claude, malgré sa discrétion, laisse un héritage durable à la France. Tout d’abord, la Bretagne, en voie d'intégration au royaume pendant son règne. Ensuite, une lignée royale : c’est par elle que les Valois assureront leur succession. Enfin, elle lègue à la postérité un souvenir inattendu, léger et sucré : un petit fruit vert, la prune Reine-Claude. Ainsi, comme ce don de la nature qui mûrit au cœur de l’été avant d’être cueilli et de s’effacer, Claude de France aura marqué la France par sa douceur et sa bonté.
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31 commentaires
Bien heureuse femme , quand on pense qu’elle a fait tout ça pour des prunes
Alain Proviste
Toujours un plaisir de vous lire
Issu d’une famille ouvrière très modeste et de confession catholique, j’ai pu, grâce à l’école de la République, suivre des études supérieures pour exercer le métier de mes rêves. Je m’y suis épanoui et peux vivre aujourd’hui une belle retraite auprès de ma femme, mes enfants et petits enfants.
L’ascenseur social à parfaitement fonctionné. Quid sous la Monarchie ?
François I° un roi dont on se demande pourquoi il est passé à côté des critiques.
Bien sûr, il y aurait beucoup à redire historiquement mais il n’y a pas de roi parfait non plus
François 1er nous aura amené la renaissance, les chateaux de la Loire et le grand Léonard de Vinci et tant de révolutions juridiques encore d’actualité dans l’esprit de notre droit positif
quel autre homme d’état en France aura laissé autant de marqueurs, à part LXIV avec Versailles ? que nous honorons toujours au XXIème siècle ?
Effectivement.
Et la Reine Claude avait une soeur, tout aussi admirable, Renée de France mais qui, elle, était la tête de file des protestants de France.
Elle résidait dans le dernier château royal de France, avant « l’époque moderne », à Montargis
Et ce fruit vert-doré fait d’excellentes confitures qui permettent à chacun de se souvenir de cette reine Claude , apprenant l’Histoire sur les genoux de Grand-mère .
Et pendant ce temps, l’armée de Louis XII nous ramenait le « mal de Naples » de la quatrième guerre d’Italie, que nos voisins transalpins nommèrent, eux, avec le mauvais esprit qu’on leur connaît, « il morbo gallico », ceci vaut bien une prune, sans doute ?
Dans notre histoire les reines ont joué un rôle bien plus important que la législation et les coutumes le permettait , elles ont toutes leur importance et leur influence sur le règne de leur époux ou le destin du pays. Certaines ont assuré une régence difficile et laisse leur nom à la posterité , ainsi au moyen – âge ce sont elles qui dirigeaient le pays pendant que leurs époux étaient en croisade. Peut – être dans l’ombre , mais elles n’ont jamais cessé d’être indispensables.
La Révolution de 1789 est à l’origine des malheurs de la France : une succession de guerres génocidaires, avec Napoléon, des usurpateurs bien plus malfaisants que nos rois, le Pouvoir sans les devoirs, Révolutions, émeutes, jusqu’à la guerre de 14/18 qui a fini de saigner le peuple. Depuis, invasions après invasions, la France ne se reconnaît plus.
Merci de l’article, car j’aime ces personnages qui auraient pu être vaniteux de la position que le hasard de leur naissances, et non leur mérite, leur a donnée. Bien au contraire, ils sont restés humbles et dévoués : c’est une qualité tellement rare.
Intéressant
Il parait que durant la nuit du 4 aout 1789 ,les privilèges furent abolis!
Je pense que ‘récemment ,ils ont été remis en place,au gouvernement!
Tout dépend quels privilèges ont été abolis!
Ainsi, quelques nobliaux possesseurs de terres qui adoraient et étaient adorés de leurs salariés ont été massacrés par des révolutionnaires qui avaient tous les droits et tous les privilèges.
Demandez donc aux vendéens et aux tourangeaux!
Les privilèges n’ont pas disparus le 04 août 1789. Ils ont changé de mains! (et donc sont passés dans les mains de sanguinaires gauchistes)
ah non… ça fait longtemps qu’ils ont cours. Et qu’ils s’accentuent !
Après avoir lu cet article ne voudrait il pas mieux de revenir à la royauté en France, Macron le pense et se verrait bien dans ce rôle même de l’Europe
Rien à battre de la Monarchie.
Depuis, nous avons connu l’Abolition des privilèges, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et la Séparation de l’Eglise et de l’État.
Vive la République !
Le 4 août 1789 : l’abolition des privilèges, entre le 20 au 26 août 1789, la déclaration des Droits de l’homme et du citoyen, déclaration reprenant du reprenant largement la Déclaration des Droits des États-Unis du 4 juillet 1776. Ah, la Déclaration universelle des Droits de l’homme est proposée par l’ONU et date de 1948 … notion universelle qui étonne, il n’y a pas homogénéité des humains face aux valeurs sociétales, celles-ci sont liées à des cultes qui engendrent des cultures et amènent toute société à avoir un Code civil différent.
Quand au succès de la séparation de l’Église et de l’État … et de ses conséquences, je vous souhaite jeune pour vivre pleinement les séismes qui ne vont pas tarder.
Abolition des privilèges ! Ah oui ? Vous trouvez ?
Droits de l’homme ! Ceux rendus par la justice ?
Séparation de l’église et de l’Etat ! Oui ! Mais que faites-vous de son remplacement par l’Islam ?
Parfois je me demande si une royauté ne serait pas préférable à une république car si le pouvoir des rois était discutable, elle avait du moins je le pense, fait de ce pays une « grandeur » alors que la république à contribué à son « déclin »
Qu’auront laissés en héritage à la France les derniers présidents et même ceux d’avant ? Exception faite du Gal de Gaulle !
Une chose est certaine, les monarchies constitutionnelles européennes sont plus apaisées, moins aigries, moins envieuses du voisin que les Français…
Napoléon III devrait revenir. Avec Louis XI premier ministre !
Abolition des privilèges dites-vous ??? Permettez-moi d’en douter
Sans rire! La république est le régime le plus coûteux basé sur la corruption: c’est le plus corrompu qui gagne et ça coûte une fortune aux citoyens de l’entretenir. Les privilégiés actuels créent les nouvelles fortunes françaises dans les paradis fiscaux, à l’étranger évidemment. Les monarques se dévouent gracieusement pour leur nation et leur fortune personnelle leur suffit pour assurer leur subsistance. Quant aux sacro-saints Droits de l’Homme, quelle honteuse croyance fausse et vaine qui ne peut être qu’une idée d’esclaves revanchards et sans cervelle: aucun homme n’a besoin de recevoir d’autrui des droits pour vivre librement: tous les hommes naissent libres et leur liberté ne dépend de personne que soi-même. Gnauthi seauton. Quant à l’Eglise, elle n’a pas à subir la main-mise de l’Etat, sinistre dictature dominatrice matérialiste et technocratique qui voudrait la régenter alors que le règne de l’amour universel tente de s’implanter dans nos civilisations comme base de toute société depuis le message chrétien de l’évangile: la générosité du cœur donne de meilleurs fruits que l’égoïsme du profit. La saine réalité de la nature entropique de l’univers est préférable aux rêveries chaotiques et sans issues des ignorants: la vie a ses principes inexorables mais salutaires et merveilleusement bienfaisants car elle ne dépend pas de l’homme qui ne l’a pas créé. Alléluia.
« non c’était pas la peine vraiment de changer de gouvernement » .. chante une opérette célèbre…
Vive la ripoublique des copains et des coquins ..la France s’est elle agrandie ? Il faudrait s’interroger sur les causes qui font que les citoyens fassent moins d’enfants.
Pour sûr nous les avons connus : en sommes-nous sortis grandis ? Avons-nous progressé en Humanité ?
Avons-nous été mieux gouvernés ?
Dans votre énumération vous oubliez l’islamo-gauchisme … mais ce n’est peut-être pas oublie Juste une négation !
voui… sur le papier. Dans les faits c’est + « compliqué » mon cher !.. et délétère peut-on constater de surcroît !
C’est tellement mieux aujourd’hui !
Nous avons juste changé de profiteurs du peuple, la noblesse en moins au profit de la médiocrité…
Pour les privilèges regardez le train de vie de nos gouvernants, les droits de l’homme sont réduits à portion congrue quant à la séparation de l’Eglise et de l’Etat, attendez quelques année et vous découvrirez le poids de la religion du diable qui s’insinue partout dans le pays…
– une guerre civile d’une dizaine d’années qui a fait quelque 600,000 morts et dévasté tout l’Ouest du pays,
– le Premier Empire et ses sempiternelles guerres,
– la restauration de 1815,
– la révolution de 1830,
– celles de 1848, de 1852,
– le second empire,
– la révolution de1870 (le retour à la monarchie fut à deux doigts d’être voté),
– suivies de deux guerres mondiales catastrophiques pour le pays,
pour en arriver à la déliquescence actuelle de la France. Il y a de quoi pavoiser, vraiment!
Succédèrent ensuite les Valois-Angoulême.
L’union de la Bretagne à la France avait déjà été initiée par le mariage de Charles VIII à Anne de Bretagne, sa mère.
Pour ceux qui passeraient en Touraine, la région est d’une rare richesse historique en châteaux et témoignages historiques.