1er août 1785 : le voyage sans retour de La Pérouse
À l’aube du premier jour du mois d’août 1785, le comte Jean-François de Galaup, plus connu sous le nom de La Pérouse, embarque à Brest à bord de deux superbes frégates, La Boussole et L’Astrolabe. Ce jour marque alors le début de ce qui restera le dernier grand voyage de découverte de la France des Lumières, dirigé par l’un des plus brillants navigateurs et explorateurs de son temps. Commanditée par Louis XVI, passionné de sciences et de géographie, et soutenue par le marquis de Castries, l’expédition devait parachever l’œuvre du capitaine Cook dans le Pacifique, approfondir les savoirs géographiques, scientifiques et ethnographiques, et asseoir la puissance française sur les mers du globe.

Portrait de 1778 du comte Jean-François de Galaup de La Pérouse (1741-1788), marin et explorateur français. Portait réalisé au retour des Indes : tenue de lieutenant de vaisseau avec port de l'ordre de Saint-Louis délivré l'année précédente.
Cependant, ce périple hors du commun, admirablement préparé et suivi avec passion par la cour comme par les savants de l’Europe entière, allait se conclure dans le silence des océans du sud, emporté par les flots au fond des abysses. La disparition soudaine des deux navires plongea alors la France dans l’incertitude et fit naître l’un des plus grands mystères maritimes de l’Histoire.
La traversée de l’Atlantique
Le 1er août 1785, au petit matin, les quais de Brest sont en pleine effervescence. En effet, les deux frégates s’élancent fièrement sous les acclamations de la foule et gonflées par des vents favorables. La mission de ces intrépides marins devrait alors durer quatre ans, couvrir environ 150.000 kilomètres, mobiliser près de 220 hommes, dont 17 scientifiques de renom. Leur objectif ? Explorer les confins du monde connu et offrir à la France un trésor de connaissances et de prestige.
Après une halte à Madère, où l’équipage est chaleureusement accueilli, les navires franchissent l’Équateur à la fin septembre, puis atteignent les îles Canaries et Trinité, avant de s’engager vers le redoutable cap Horn. Ce détroit sinistre aux vents furieux est redouté même des marins les plus aguerris. Cependant, au bout de ce couloir d’enfer se dresse la promesse du Pacifique, océan immense encore en partie inexplorée.
Les beautés de l’Amérique et de l’Asie
En avril 1786, l’expédition aborde l’île de Pâques, où La Pérouse admire les mystérieuses statues moaï, ces géants de pierre qui défient encore aujourd’hui le temps. En mai, les frégates atteignent les îles Sandwich, où l’expédition fait une halte indispensable pour refaire le plein de vivres.
Fin juin, nos marins arrivent enfin en Alaska, près du mont Saint-Élie, où, tragiquement, deux embarcations chavirent, emportant 21 marins dans les flots glacés du Nord. Malgré son deuil, l’expédition poursuit sa route le long des côtes nord-américaines jusqu’à Monterey, en Californie, où les Français dressent un relevé minutieux du futur port de San Francisco.

Le brevet lieutenant de vaisseau accordé à La Pérouse à son retour des Indes en 1777.
Après l’Amérique, cap sur l’Asie. Traversant le vaste Pacifique, La Pérouse atteint ainsi Macao en janvier 1787, puis fait escale aux Philippines. Il explore ensuite les eaux méconnues entre la Chine, le Japon et la Corée, ouvrant de nouvelles routes maritimes pour l’Europe. Il devient également le premier Européen à identifier le détroit séparant l’île russe de Sakhaline et l’île japonaise Hokkaidō, qui portera désormais son nom : le détroit de La Pérouse.
En septembre, l’expédition jette l’ancre dans la baie d’Avatcha, sur les côtes glacées du Kamtchatka. Là, La Pérouse confie ses journaux de bord, cartes et observations scientifiques au jeune Barthélemy de Lesseps, qui accomplira un exploit remarquable : traverser la Sibérie à pied et à cheval jusqu’à Versailles, livrant ainsi à Louis XVI les précieuses archives d’un voyage déjà entré dans la légende.
Le mystère La Pérouse
En décembre 1787, les frégates abordent les îles Samoa. Malheureusement, l’expédition est violemment attaquée par les autochtones. Le commandant en second, Fleuriot de Langle, ainsi qu’une dizaine d'hommes tombent sous les coups de leurs assaillants. Après ce drame, l’expédition gagne les îles Tonga puis met le cap sur Botany Bay, en Australie, où elle arrive en janvier 1788. Pendant quelques semaines, les Français établissent un camp et échangent courtoisement avec les Britanniques déjà installés sur le territoire.
En mars, La Pérouse repart enfin pour explorer les dernières zones encore vierges de l’océan Pacifique. Cependant, le destin, impitoyable, lui tend un piège mortel. Peu après avoir quitté les côtes australiennes, les deux navires sont engloutis dans les tempêtes près de l’archipel des îles Salomon.
Le monde resta sans nouvelles de l’expédition pendant près de quarante ans. Louis XVI, alors en captivité au Temple en 1793, aurait demandé : « A-t-on des nouvelles de monsieur de La Pérouse ? » Ce n’est qu’en 1826 que les premières épaves furent retrouvées, livrant au monde une partie de l’histoire oubliée de ces hommes de science et de mer. Ainsi, La Pérouse ne revint jamais, mais son nom, lui, ne sombra pas. Il reste celui du dernier grand explorateur français, celui qui partit pour découvrir le monde et dont la disparition devint une légende.
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8 commentaires
Très belle évocation au Puy du Fou: « le mystère de La Pérouse » Spectacle immersif (le visiteur se déplace dans des tableaux animés) On s’y croirait.
Un port de pêcheurs à l’est d’Alger se nommait La Pérouse depuis 1898 et un hôtel y porte encore ce nom (les woke c’est surtout chez nous)
Ce spectacle du Puy du Fou est une merveille : on chemine à l’intérieur de la coque du vaisseau qui roule d’un bord sur l’autre….on s’y croirait !
« les navires franchissent l’Équateur à la fin septembre, puis atteignent les îles Canaries et Trinité, avant de s’engager vers le redoutable cap Horn »
Vraiment, vous êtes sûr de ça, Mr de Mascureau ?
Je vous rappelle tout de même que les Canaries sont situées dans l’hémisphère Nord, donc c’est tout à fait douteux…
La Pérouse s’est d’abord arrêté aux Canaries, puis à Madère, et seulement ensuite il franchît l’équateur pour atteindre Santa Catarina au Brésil. Vous avez confondu les Canaries et Santa Catarina, je pense.
Périple impressionnant !
Terrible
Non moins étonnant cette hantise de la marine française pour retrouver les traces précises de l’ Astrolabe et La Boussole . Ce sera chose faite en l’an 2000. les descendants de La Pérouse auront la possibilité de plonger et de retrouver le bâtiment de leur ancêtre grâce au compas retrouvé au préalable et analysé sans erreur possibl e comme étant celui de La Pérouse .
« Barthélemy de Lesseps, qui accomplira un exploit remarquable : traverser la Sibérie à pied et à cheval jusqu’à Versailles, livrant ainsi à Louis XVI les précieuses archives d’un voyage déjà entré dans la légende. » Tout autant que La Pérouse et ses hommes, une audace bien plus exceptionnelle que celle de nos politiques d’aujourd’hui, qui devraient tous commencer par traverser la Sibérie avant de déverser des balivernes et des certitudes de bureau!
oui