Editoriaux - 11 mars 2019

Supprimer une deuxième journée de RTT pour financer la dépendance : une idée de LREM…

La République en marche, qui essaye d’exister, a organisé une réflexion en marge du grand débat national. Son délégué général, Stanislas Guerini, a présenté les résultats des cogitations de ses adhérents. En dehors de la proposition loufoque d’un contributeur qui souhaite dispenser d’impôts les employés volontaires qui donneraient une partie de leur salaire à leurs collègues moins bien payés (?), d’une demande timide de réindexer les pensions de retraite sur l’inflation, mais uniquement pour les plus modestes (il fallait un gouvernement pervers et sans cœur pour geler les pensions), LREM suggère de supprimer une nouvelle journée de RTT pour financer la dépendance.

Nous avions déjà eu, en 2004, sous le gouvernement Raffarin, la suppression du lundi de Pentecôte – en fait, une taxe sur les salaires correspondant à une journée de travail que les entreprises sont libres ou non de répercuter. Si elles le font, le jour travaillé doit être choisi après négociations avec le comité d’entreprise, voire par un accord de branche. Le lundi de Pentecôte est redevenu férié en 2008, mais il peut encore être désigné comme journée de solidarité comme tous les autres jours fériés (sauf le 1er mai). Les salariés peuvent aussi renoncer à un jour de RTT (ce qui est le plus courant) ou rajouter une heure pendant sept semaines. La première journée de solidarité avait provoqué des remous, la seconde risque de susciter une révolte. En effet, les employeurs seront obligés de la répercuter : sinon, à quoi servirait l’abaissement des charges qui a remplacé le CICE ? Les salariés n’auraient plus que neuf jours de RTT (au lieu de onze jours lors de l’instauration des 35 heures), un sacrifice important qui risque de ne pas passer.

L’argent récolté (un peu moins de 2,5 milliards) servirait à transformer en crédit d’impôt l’abattement de 25 % sur l’hébergement et les prestations de dépendance, dont ne profitent actuellement que les retraités payant l’impôt sur le revenu. Avec le nouveau dispositif, tous les seniors sans exception recevront cette aide. La facture, dans les EPHAD, est lourde (au minimum 2.000 euros par mois) alors que les pensions tournent autour de 1.250 euros. Pour la régler, bien souvent, les seniors sont contraints de puiser dans leurs économies (s’ils en ont) ou de vendre leur logement, mais un séjour prolongé épuise ces ressources. On se tourne, alors, vers les enfants, mais ceux-ci, évidemment, renâclent. Le Monde évoquait, récemment, le cas d’un lecteur qui dépensait 300 euros pour sa mère (10 % de son salaire) mais qui était le seul de sa fratrie à le faire ; or, malgré son aide, la dette atteignait 90.000 euros et sa mère risquait à tout moment l’expulsion. Combien de familles, jusqu’alors unies, sont brisées par des situations aussi délicates ? En principe, le conseil départemental doit intervenir pour payer la facture, mais il confisque 90 % de la pension de retraite et se dédommagera sur l’héritage, ce que beaucoup de seniors rejettent, car ils sont attachés à transmettre un petit quelque chose à leurs enfants.

Qu’on aide les retraités à payer l’EHPAD est une bonne idée, mais finançons plutôt cette nouvelle prestation en gérant mieux le budget, notamment en baissant les dépenses. Par exemple, revenir à un nombre de fonctionnaires comparable à celui de l’Allemagne rapporterait près d’une dizaine de milliards d’euros.

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