Editoriaux - Santé - Société - 30 août 2018

Bientôt quatre nouvelles salles de shoot à Paris ?

Anne Souyris, adjointe Santé et Relations avec l’AP-HP du maire de Paris, vient de proposer la création de quatre nouvelles salles de shoot. Une aberration ne venant jamais seule, elle y adjoint (évidemment), pour satisfaire toute la population des toxicomanes, un bus itinérant pour aller au-devant des fumeurs de crack, dans les rues de la capitale.

Il y a quatre ans, le ministre de la « Santé », Marisol Touraine, assignait à ces salles de shoot un caractère expérimental dont les résultats devaient être analysés pendant six ans ; leur existence serait alors reconsidérée. Les résultats doivent être jugés si positifs que madame Souyris propose déjà d’en ouvrir plein d’autres. Ce fut pourtant dans la douleur que les habitants du quartier de la gare du Nord accueillirent cette salle ; douleur qui, d’ailleurs, n’est toujours pas calmée.

Cette grande première, qui n’a que deux ans d’existence, n’a été suivie que par Strasbourg, après une inconvenante course-poursuite pour savoir qui, de Paris ou de Strasbourg, pourrait se glorifier d’être la première ville à s’en doter – ainsi qu’à s’endetter, car leur coût de fonctionnement est exorbitant.

La proximité de l’hôpital Lariboisière venait sécuriser le processus d’accueil des « overdoses », justification principale du « Shootez-vous en toute sécurité ». Cela a été une incitation à l’auto-administration de plus fortes doses de drogues ; ainsi, le nombre d’« overdoses » s’est accru, mais la mortalité s’est réduite, du fait de la sécurité apportée par l’hôpital voisin.

Les deux arguments principaux de ces salles de shoot étaient, au nom de la « réduction des risques », la prise en charge des overdoses et la prévention de la contamination par les virus du SIDA et de l’hépatite C, résultant de l’échange de seringues contaminées. Ces deux arguments sont fallacieux.

On dispose, désormais, d’un agent bloquant les récepteurs sur lesquels agissent l’héroïne, la morphine, la méthadone et d’autres opioïdes, pour déclencher l’inhibition de la respiration, qui caractérise « l’overdose » ; il s’agit de la naloxone : Nalscue®, qui peut être administrée, en spray, par quiconque, en tous lieux, hors les salles de shoot.

Depuis longtemps, la contamination par le virus du SIDA n’est plus le fait des toxicomanes, qui accèdent librement et le plus souvent gratuitement à la fourniture de seringues et d’aiguilles. Elle est, principalement, le fait de pratiques homosexuelles masculines, avec des partenaires multiples, s’adonnant à des injections de drogues stimulantes pour leur permettre d’« assurer » (les cathinones sont très en vogue dans cette « indication »). On lira sur ce sujet le bulletin épidémiologique hebdomadaire du 19 septembre 2017 qui donne des chiffres précis obtenus à partir d’un questionnaire auto-anonyme réalisé en 2015.
On peut alors se poser la question si, plutôt que de salles de shoot supplémentaires, ce n’est pas d’« homo-sexodromes » dont la capitale devrait se doter.

Un collectif d’une dizaine d’associations agissant contre les toxicomanies (dont j’avais assuré la coordination) avait contesté, avec maints arguments à l’appui, le principe de ces salles de shoot ; l’Académie nationale de médecine ainsi que celle de pharmacie avaient exprimé, d’une façon très argumentée, leurs réserves. Ils n’ont pas été entendus.

Aujourd’hui, les personnels de ces salles s’appliquent à en justifier le bien-fondé (défense de leur emploi oblige) alors que les objections et critiques précédemment émises se vérifient chaque jour. Et l’on aboutit à ce grand écart entre ceux qui voudraient les faire fermer et ceux qui voudraient les multiplier.

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