Travailler le 1er mai si on le souhaite ? 74 % des Français sont pour

La gauche prise à son propre piège : l’examen du projet de loi autorisant le travail le 1er mai est renvoyé en CMP.
Capture d'écran CNews
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C’est Gabriel Attal qui porte ce texte pour la Macronie, soutenu en cela par la droite et tout le bloc central. En autorisant le travail à certaines professions le 1er mai, il dit simplement vouloir apporter « une solution à ceux qui veulent bosser ». Un scandale pour la gauche, qui tient plus que jamais à ancrer dans le crâne des « travailleurs-travailleuses » l’idée que le travail est, au mieux une corvée, et plus souvent un esclavage. Pas question, donc, de laisser entériner l’idée qu’on pourrait s’y rendre volontairement, et moins encore avec plaisir.

« L’exploitation continue du salarié »

La loi élargissant l’autorisation de recours au travail des salariés dans certains domaines a déjà été votée par le Sénat, l’an passé. Sont concernés les boulangers, les fleuristes, les métiers de l’hôtellerie, des transports et de la santé ; tout cela, bien sûr, repose sur le volontariat : le salarié qui accepte de travailler un jour férié est payé double, voire triple, et dispose souvent d’un jour de récupération.

La gauche, et plus encore la gauche extrême, est évidemment vent debout contre ce projet. Dans son papier sur « ce totem que rêvent de faire tomber le bloc central et la droite », comme titre Le HuffPost. Sophie Binet, la patronne de la CGT, menace et dénonce, au micro de RTL, « un passage en force » qui « se paiera très cher ». Sur son compte X, elle traite Gabriel Attal de « Pinocchio sans le nez », elle l’accuse de mentir et affirme que boulangers et fleuristes peuvent déjà ouvrir le 1er mai. C’est exact, mais le boulanger doit rester tout seul dans le pétrin, éventuellement avec sa famille si celle-ci n’est pas salariée. Pas question, en revanche, de recourir aux bras de ses employés, sauf à encourir une amende de 750 euros par salarié concerné et 1.500 euros s’il est mineur.

Sophi Binet a adressé un courrier aux députés, les enjoignant de « s’opposer à toute tentative de remise en cause du 1er mai », car autoriser le travail ce jour-là se ferait nécessairement « aux dépens des salariés mais aussi des petits commerces indépendants de proximité [contraints de] subir la concurrence des grandes entreprises ». Un couplet repris par L'Humanité : « Les libéraux vont-ils avoir la peau du 1er Mai pour 1,5 million de travailleurs ? »

C’est LFI qui l’assure, dans son communiqué : « Le 1er mai férié est aujourd’hui la seule exception à la règle d’exploitation continue (sic) du salarié. Ce sont 1,5 million de salariés qui devront travailler ce jour-là si ce texte était adopté. » On ne sait pas d’où sort ce chiffre. On en connaît un autre : selon le sondage OpinionWay réalisé pour La Tribune Dimanche, près de 74 % des Français sont favorables au travail le 1er mai dans les commerces de proximité.

Tel est pris qui croyait prendre

La gauche dure avait donc prévu, en multipliant les amendements à ce projet de loi, de faire une obstruction telle que le texte présenté ce jour en séance ne pourrait être adopté. Mais LFI, dont les députés Ersilia Soudais et Thomas Portes avaient déposé plus de 100 amendements sur les 200 enregistrés, vient de se voir couper l’herbe sous le pied. Les macronistes, porteurs du texte, ont en effet déposé une motion de rejet préalable, largement adoptée. Cela va permettre de renvoyer directement le texte en commission mixte paritaire (CMP), dans laquelle siègent les sénateurs qui l’ont déjà approuvé.

Au-delà de toutes ces manœuvres, c’est bien la conception archaïque du travail qui est au centre des débats. La France, en cela, demeure encore et toujours une exception, souvent avec une hypocrisie assumée. Invité, ce vendredi matin, sur Europe 1, Sylvain Maillard, député EPR de Paris et commissaire aux finances, rappelait ainsi que les discussions avec les syndicats, tout particulièrement la CGT, autour de l’ouverture des grands magasins le dimanche avait duré trois ans. Mais une fois l’accord entériné, dit-il, ce sont les mêmes qui se sont portés candidats, heureux de bénéficier d’une journée payée triple et d’un jour de récupération…

On rappellera, aussi, qu’à la même époque, et aujourd’hui encore, personne, et surtout pas la CGT, ne s’est penché sur le sort des employés de boutiques « exotiques », épiceries ethniques, supermarchés chinois de la capitale et autres kebabs de la France entière, ouverts 20 heures sur 24 et 7 jours sur 7. À croire que tous ceux-là échappent au droit commun du travail.

C’est cette même philosophie perverse, celle qui voit dans tout salarié un « esclave du grand kapital », qui nous a valu le désastre des 35 heures, le refus des retraites par capitalisation et la destruction de l’enseignement professionnel. Comme l’a dénoncé Marine Le Pen, on a préféré créer des générations de chômeurs sociologues plutôt que d’offrir des bras à l’industrie.

Si les travailleurs sont libres, alors, qu’on leur laisse le choix de travailler quand et comment ils le veulent.

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Marie Delarue
Journaliste à BV, artiste

Vos commentaires

49 commentaires

  1. Faux problème tout ça ! souvent nécessité fait loi ! Perso, j’ai travaillé dans un service de l’Etat qui tournait
    24h / 24 et 365 jours par an, jours et nuits ! On se répartissait les journées … et on a bien survécu, merci !

  2. Seulement à condition que ce soit consenti et voulu par le salarié et si le salaire double + heures récupérées est toujours d’actualité. Bref, à condition que ce soit favorable au salarié et non pas à l’entreprise.

  3. Personne ne peut me reprocher d’être lfiste, mais je suis contre le travail le 1er Mai.Pas plus que d’ autres jours fériés, d’ailleurs. Ayant moi-même travaillé d’innombrables dimanches et jours chômés, je revendique le droit au repos pour tous! Les 74% favorables sont ceux qui peuplent les commerces ouverts ces jours-là, et je ne suis pas certaine que les salariés soient tous volontaires avec enthousiasme.

    • c’est vrai que personne ne travaille : pas de médecin, pas de police, pas d’infirmière, pas d’hopital, pas de pompier, pas de train, pas de bus, pas de taxi, pas de restaurant, pas de cinéma, pas de théatre, pas de service de secours, pas de radio, pas de télé, pas de café, pas de marchand de muguet (cette liste n’est, bien entendue, pas exhaustive).

      • Pas de gauche, mais alors vraiment pas! Les jours fériés sont sacrés : ils sont pour de bonnes raisons.
         » 74 % des Français sont pour » ouais, pour que les AUTRES travaillent, mais pas eux! Je connais pas mal de retraités qui veulent aller faire leurs emplettes ces jours alors qu’ils auraient refusé eux même de travailler. Même les 8/5 et 11/11 sont massacrés, alors que reste-t-il de sacré?
        Solution : FINI les jours fériés, tout le monde au turf TOUS les jours. Ca c’est de l’égalité « républicaine »!

  4. je ne savais pas que la loi, qui autorise à travailler le 1er mai les boulangers, les fleuristes, les métiers de l’hôtellerie, des transports et de la santé, était aussi récente. C’est tellement évident qu’un pays ne peut pas rester totalement à l’arrêt un seul jour. Soyons réalistes. Il me parait personnellement normal, même si le 1er mai reste un jour férié et un jour de manifestation des travailleurs, que ceux qui le souhaitent puissent travailler, comme cela est déjà le cas pour les dimanches et autres jours fériés. Mais le dimanche (jour du Seigneur) et les jours de fêtes religieuses importent moins à la gauche que le jour du 1er mai, « journée internationale des travailleurs ». De plus, je suis sûre que les gens de LFI ou de la CGT sont très contents de pouvoir aller boire un coup dans un bistrot ou d’aller au restau après la manif.

  5. La CGT a désormais renoué avec sa vieille tradition historique d’être le bras armé d’un parti politique, elle a abandonné le parti communiste pour LFI dont elle partage les éléments de langage. Elle oublie que nombre de ses syndiqués votent pour le RN, mais que peut avoir affaire de l’opinion, une apparatchik détentrice comme il se doit de la vérité, et sachant mieux que personne ce qui fait le bonheur. Il est sûr qu’en tant que diplômé de philosophie et CPE à l’éducation nationale, elle n’a pas forcément un rapport amoureux avec le travail.
    Ce syndicat voudrait même s’opposer à la fabrication de drones par Renault dans un une inversion du dicton bien connu « si vice pacem , para bellum », qu’elle transformerais volontiers en «  vis Bellum, para pace ». Cette naïveté avait conduit Daladier et Chamberlain à une impasse qu’on ne peut oublier.

  6. Pensez-vous ! Autoriser les gens à travailler le 1er mai si ça leur chante ? Vous n’y pensez pas. Ca ferait ressortir ceux qui ne foutent rien et ça obligerait les feignasses à bosser. Vous pensez bien que tous les syndiqués qui défilent pour les 30 heures, les 6 semaines de congés payés, les RTT, les congés de paternité à 2 mois, les arrêts de travail pour règles douloureuses (revendiqués aussi par les transgenre au nom de l’égalité…) les jeunes qui défilent derrière des banderoles « la retraite, on s’en fout, ce qu’on veut c’est ne pas travailler du tout », vont faire le forcing et, une fois encore, tout le monde va s’aplatir…

  7. Il est quand même scandaleux d’appeler çà la « fête du travail » et d’empêcher les gens de travailler ce jour-là. D’autant plus que le nombre de travailleurs en France a fortement diminué. On devrait plutôt appeler çà la « fête des assistés et des fonctionnaires » (eux, au moins, respecteront ce jour chômé…… autant que les autres !…).

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