[THÉÂTRE] Château en Suède, une comédie cruelle au théâtre de Poche-Montparnasse
Une comédie à mi-chemin entre Les Liaisons dangereuses et les enquêtes d’Agatha Christie. Jusqu’au 25 janvier 2026, la Compagnie du Colimaçon, déjà remarquée pour son Eurydice de Jean Anouilh, s’empare avec brio de la célèbre pièce de François Sagan, Château en Suède. Dans ce huis clos, habilement mis en scène par Emmanuel Gaury et Véronique Viel, Frédéric, fraîchement débarqué de Stockholm, vient séjourner chez ses cousins oisifs et excentriques. Le jeune homme se met alors en tête de séduire la séduisante Éléonore. Mais la neige rend les jeunes châtelains prisonniers… Frédéric devient alors l’otage d’un jeu cruel « où tout le monde se cherche » et « tout le monde se trouve ». Saura-t-il s’en échapper ?
Sous des dehors légers, presque mondains, le texte de Sagan révèle une mécanique redoutable. Écrite en 1960, à une époque où l’auteur excellait dans l’art de dépeindre les désillusions feutrées de la jeunesse dorée, Château en Suède mêle esprit, cruauté et désenchantement avec une précision rare. Les répliques, ciselées et faussement innocentes, installent un climat de malaise élégant où l’ennui se mue en perversité ludique. La mise en scène choisit sagement de ne pas moderniser à outrance, laissant toute sa place à la langue de Sagan, à ses silences et à son ironie mordante. Ce respect du texte permet à la pièce de conserver ce charme un peu vénéneux, typique du théâtre français du milieu du XXe siècle.
Entre vaudeville moderne et thriller
La réussite du spectacle tient aussi à l’équilibre subtil trouvé entre la cruauté du propos et une forme de légèreté presque insouciante. La Compagnie du Colimaçon parvient à faire entendre toute l’ambiguïté morale de ces personnages qui, sous couvert d’élégance et de désinvolture, se livrent à des jeux d’une redoutable violence affective. Les comédiens, habités et justes, servent avec finesse cette partition exigeante, donnant chair à une galerie de figures à la fois détestables et profondément humaines.
La scénographie épurée, rehaussée par des costumes simples mais soignés, installe efficacement ce climat feutré et glacé où les sentiments se heurtent et se dissimulent. Le rythme, maîtrisé, laisse le temps aux silences de s’installer, à l’ironie de s’insinuer et au spectateur de savourer chaque réplique. Peu à peu, on se surprend à éprouver une certaine tendresse pour cette famille frivole et cruelle, prisonnière de son ennui et de ses propres manigances.
Entre vaudeville moderne et thriller psychologique, Château en Suède s’impose ici comme une comédie d’une intelligence rare, où le rire n’exclut jamais le malaise. Cette production soignée rappelle combien le théâtre de Sagan, sous ses airs de divertissement mondain, demeure une observation aiguë et toujours actuelle des rapports humains. Une belle soirée de théâtre qui séduira les amateurs de belle langue, de jeux d’esprit et de cruauté feutrée.
Pour ne rien rater
Les plus lus du jour
Popular Posts





































BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles (excepté les brèves) sur une période de 5 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :