[SANTÉ] Fin de vie : le Sénat encadre, mais ne bloque pas

Malgré les garde-fous imposés, cette loi subversive sera bien adoptée.
@Wikimedia commons
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« En moins de trois heures, la droite sénatoriale balaye des années de travaux démocratiques », se désole la très militante Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD). Celle qui lutte ouvertement depuis des années pour la légalisation de l’euthanasie ne s’y retrouve absolument pas dans le texte voté par la commission des affaires sociales du Sénat, mercredi 7 janvier. Un texte qui, rappelons-le, doit maintenant être débattu dans l’Hémicycle à partir du 20 janvier. Sénateur LR de Vaucluse et vice-président de la commission sénatoriale, le docteur Alain Milon détaille la suite du processus législatif : « Je pense qu’en séance, c’est le texte du Sénat qui sera adopté. Ensuite, il y aura une deuxième lecture à l’Assemblée nationale, qui modifiera sans doute le texte que nous avons nous-mêmes modifié. Puis il y aura une deuxième lecture au Sénat, une commission mixte paritaire, et nous verrons. »

Quelles ont donc été les modifications apportées par la chambre haute dans ce texte ? En résumé, la commission des affaires sociales a encadré et posé quelques garde-fous, mais sans vraiment pouvoir freiner la dérive civilisationnelle et anthropologique extrêmement grave dans laquelle plonge notre société déjà mortifère. La commission sénatoriale a donc remplacé l’idée d’un « droit à mourir » par une assistance médicale fortement encadrée, elle a restreint l’accès aux patients en fin de vie très proche (« de quelques heures à quelques jours ») et élargi la liberté de conscience pour les professionnels de santé et tous les personnels participant directement ou indirectement à l’assistance médicale à mourir (ce qui n’était pas prévu ou pas aussi clair dans la version de l’Assemblée nationale). Dans son communiqué, l’ADMD s’indigne : « La commission va plus loin en imposant la présence d’un officier de police judiciaire (!) lors de ce soin ultime, faisant peser un soupçon injustifié à l’égard des professionnels de santé, alors même qu'un cadre sécurisé avait pourtant été voté par les députés en mai dernier. »

« Une dette sur la mort » ?

Pire, l'ADMD, qui aurait aimé que Nicolas soutienne de ses propres deniers une culture de mort qu’il ne cautionne pas, fustige : « La commission des affaires sociales du Sénat remet en cause la prise en charge à 100 % de l’acte par la Sécurité sociale, en instaurant un ticket modérateur, revenant à créer une dette sur la mort. »

Le rapport présenté « est passé sans difficulté majeure, souligne le docteur Milon, puisqu’il a été soutenu par la majorité sénatoriale dans sa quasi-totalité, ainsi que par les indépendants et par une partie des RDSE [Rassemblement démocratique et social européen, classé à gauche, NDLR]. Il n’y a qu’une partie des socialistes et les écologistes qui n’a pas accepté le rapport. Les communistes étaient absents, mais je pense qu’ils se seraient abstenus », estime-t-il. Ces quelques freins permettront-ils d’éviter, pour autant, l'ouverture de la boîte de Pandore ? « Les garde-fous juridiques mis en place permettent d’éviter certaines dérives, mais la discussion parlementaire n’est pas terminée », nous répond le vice-président. Pour le sénateur, « il faut tirer la sonnette d’alarme. On voit ce qui se passe au Canada et en Belgique avec des dérapages énormes et des dérives vers la jeunesse ; et même au Sénat français, où des amendements - que j’ai refusés et qui ont été rejetés - demandaient que des enfants à partir de 12 ans puissent y avoir droit. On entre dans un wokisme extraordinaire. » De son côté, dans une pétition, la fondation Jérôme-Lejeune demande au gouvernement et au Parlement « de renoncer à cette loi qui ne sauvera personne mais fera mourir l’idée même du soin ».

 

« Une hypocrisie sans nom »

Cette régression humaine, présentée comme un « progrès » ou une « avancée sociétale », semble désormais inarrêtable, et le tout dans une indifférence quasi généralisée de la plupart des Français. Le rôle du Sénat et sa capacité à faire obstruction à cette pente glissante laisse dubitatif. « C’est une hypocrisie sans nom, dénonce Ségolène Perruchio, présidente de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP). La droite sénatoriale avait l’occasion d’envoyer un message fort en rejetant en bloc le texte voté par les députés pour affirmer que la meilleure réponse à apporter à quelqu’un qui souffre est de le soulager. Au lieu de quoi, elle valide une pratique - le droit de donner la mort - incompatible avec l’éthique du soin que nous défendons. » Co-rapporteur du texte, le docteur Alain Milon se défend : « Notre volonté était de ne pas dire oui à ce qui a été proposé par l’Assemblée nationale, qui nous semblait trop laxiste, mais de ne pas dire non, non plus, car dans ce cas-là, c’est le texte de l’Assemblée nationale qui aurait été adopté dans son intégralité. Il fallait donc trouver un chemin du milieu, ce que nous avons essayé de faire. »

Un argument qui montre bien la limite de l'exercice et un texte qui, finalement, ne convainc ni les uns ni les autres... Parmi eux, l'écrivain Louis Bouffard. Cet « éligible » atteint de la myopathie de Duchenne entrevoit déjà le fameux pied dans la porte et prédit : « Dans cinq à dix ans, une loi encore plus permissive viendra, et personne ne pourra dire qu’on ne l’avait pas prévu... »

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 17/01/2026 à 11:06.
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Iris Bridier
Journaliste à BV

Vos commentaires

55 commentaires

  1. les LR au sénat ! favorable à cette abomination…..introduite depuis longtemps pas les francs maçons du grand orient ! donc……le plus grand nombre en est…..

  2. Pas besoin d’attendre l’application de cette loi ; la surcharge des unités de soins y suffit + la grève en cours des médecins ; résultat
    hier 2 morts au chu de Rennes , dans 1 couloir, sur 1 brancard (phénomène de plus en plus fréquent )

      • À Lily
        Je n’objecte pas que cet argument. Qu’elle relise ce que j’ai dit sur ce sujet dans son ensemble pour comprendre que cette proposition de loi n’est pas « libératrice » mais mortifère et entraîne l’être humain dans la dictature de l’individualisme.

  3. L’Histoire jugera mais si cette dérive civilisationnelle est adoptée, nous passerons pour des criminels et n’aurons aucune excuse. Mais quel monde laissons nous à nos descendants, quand allons nous enfin ouvrir les yeux?

    • à théorie de la nation
      Mais qu’est-ce que « la droite » et « la France »‘ lorsque ceux qui s’en réclament défendent l’euthanasie ?
      Déplorable ! Pas la peine de récriminer contre M. Larcher avec un tel état d’esprit.

  4. Le sénat, qui nous coûte très cher, ne sert finalement pas à grand’chose. Ils devraient réfléchir car vu l’âge des sénateurs, le retour de bâton risque d’être fort désagréable s’ils votent pour l’euthanasie.

  5. C’est pas macronette qui disait ils nous coûtent un pognon fou. Car la vieillesse actuelle coûte des soins, mais elle a donné par ses sacrifices au travail, ce n’était pas les 35 heures, mais plutôt 60 h par semaine, ils ont payé des impôts, n’étaient assistés comme nos jeunes impuissants, qui rechignent à faire des enfants, car sa demande de l’énergie, et de la responsabilité, ne vois-toi une député faire son cinéma à l’assemblé avec son bébé, il faudrait savoir ce que l’on veut travailler, c’est être au service d’autrui. Or ce n’est plus le cas, encaisser oui travailler non. Voilà la France.

  6. Il est surtout regrettable que par principe de précaution, on mette autant de temps à accorder des traitements expérimentaux à des personnes qui sont en fin de vie et dont cela pourrait être le seul espoir.

    Même si les gens atteints de diabète 1 ne sont pas dans ce cas, on vient seulement d’autoriser en France un nouveau traitement très prometteur, autorisé dans de très nombreux pays depuis 2022.
    Principe de précaution en France : laissons l’état des malades s’aggraver.

  7. Super ces gauchos. Toujours le mot pour rire. Dans le contexte actuel d’effondrement des finances de la Secu, qui rembourse de moins en moins les soins courants des personnes « saines » : les yeux, les oreilles, les dents, etc… Alors que les prises en charge des ALD vont être supprimées et que beaucoup de personnes ne peuvent plus se soigner faute de pouvoir s’offrir une mutuelle… Ils ont deja obtenu la prise en charge à 100% des traitements hormonaux et des opérations esthétiques de gens qui ne sont pas malades mais veulent seulement changer de sexe, le remboursement des avortements alors que la pillule existe, y compris celle « du lendemain », celui des prothèses mammaires de confort (je ne parle pas de chirurgie réparatrice) et il faudrait en plus que Nicolas crache au bassinet pour financer le coût d’un choix personnel et non d’une nécessité médicale ? Pourquoi pas aussi demander à la Secu de rembourser les circoncision ?

    • « Ils ont déjà obtenu le remboursement des avortements alors que la pilule existe, y compris celle « du lendemain », Ah bon, prendre la pilule du lendemain, ce serait moral ? et le remboursement des avortements immoral ? Non, l’un est l’autre sont immoraux sans avoir à se poser la question de savoir s’il est opportun de rembourser l’un et pas l’autre ou vice-versa.
      « il faudrait en plus que Nicolas crache au bassinet pour financer le coût d’un choix personnel et non d’une nécessité médicale ? » Non là, vous n’y êtes pas. Décider de sa mort n’est pas un choix personnel, c’est porter atteinte à la loi naturelle, et ce n’est pas une nécessité médicale.
      Vous réduisez tout à une question d’impôts que les pauvres gens de la classe moyenne doivent payer pour des dépenses « de confort ». On croirait lire « le Figaro » ou les « Echos ». Non, ces questions-là sont avant tout des questions d’éthique et celle-ci a à voir avec le respect des droits fondamentaux.

  8. « des années de travaux démocratiques » ? Tu parles d’une démocratie !! Soleil vert pour tout le monde, c’est la tournée de Macron !

  9. Vous avez intérêt à ne pas souscrire au Dossier Médical Partagé et surtout à ne pas soumettre vos directives anticipées, car on va vous buter. Une loi passe, et dix ans plus tard elle est élargie. Puis encore élargie.

    • Maurice Druon avait l’habitude de dire « En France, il y a deux partis de gauche dont l’un s’appelle, par convention, la droite. »

      • Ici, ce n’est pas une question de gauche ou de droite, mais une question d’éthique, laquelle n’a rien à faire avec la droite et la gauche.

    • Normal du temps de Marchais, tous les élus du PS devaient donner partie de leurs revenus au PS. Après 68 pour ne plus payer ils se sont engouffrés dans tous les autres partis y compris le RN. On en paye les conséquences aujourd’hui. La très grande majorité de tous ces politiques ne sont que des opportunistes fainéants et un peu escrocs sur les bords. Il faut dire aussi que cela fait parti de leurs formations. Il existe des programmes bien faits à travers lesquels ils apprennent que la politique n’est que théâtre. Etant leur rôle dans la société ce n’est pas une position d’artiste mais bel et bien une formation de petits escrocs à col blanc. C’est aussi ce qu’ils apprennent dans les grandes écoles administrative et ils appellent cela la Démocratie ! Et cela paye bien avec une belle rente à vie sans aucune responsabilité même s’ils mettent le pays en faillite. C’est peut-être cela le vrai problème « sans aucune responsabilité » !

  10. Bravo les LR. Toujours au rendez-vous pour  » casser » ce qui reste de la France ! Ce Retailleau est imbuvable. Pire que son ami Macron.

    • retailleau « les petits bras » a participé aux gouvernements macron, ça veut tout dire, « traitre un jour, traitre toujours » !

      • mais ici, ce n’est pas LR qui est traite, puisqu’à l’Assemblée nationale, presque tous les LR ont voté contre cette proposition de loi militante alors que Mme Le Pen avait donné à ses députés la liberté de vote et que 15 d’entre eux (dont M. Julien Odoul, celui qui crie si fort contre les migrants qui se tiennent mal) ont voté pour cette proposition.
        Cherchez l’erreur.

      • Non, MmmH, cette royauté, ils la partagent ici avec le RN et je dirais même que dans ce contexte particulier, ce sont plutôt les RN, les rois du double langage. Voir ce que j’ai écrit à Antisystème 59.

    • Là, vous vous trompez. On peut en faire des reproches à M. Retailleau, mais il s’est vraiment opposé à cette proposition de loi. Nuancez.

      • Marine a eu raison, c’est un choix qui relève de l’intime et dans ce cas c’est sain qu’il n’y ait pas de consignes de vote

    • Vous avez raison je l’ai dit dès son mandat mais souvent censuré. Mais comme tous oh combien sont-ils prétentieux. Aujourd’hui ne déplaise aux censureurs je nomme toute cette bande politique comme étant des escrocs à col blanc » d’ailleurs regardez les listes ils sont tous au rendez-vous. On nomme cela aussi « La Démocratie a un coût » souvenez vous de cette rengaine qui avait bonne place dans tous les médias alors que ce n’est qu’une autoroute vers des Dettes sans limites.

  11. Mais quelle honte de la part de ces sénateurs députés (sans majuscules !) d imposer aux Français cette loi insupportable ! Nous avons le droit de décider de notre mort ! Le chemin à trouver, pour reprendre l expression de M. Milon, aurait été de refuser cette loi…. ! Monsieur Louis Bouffard a raison, que seta cette loi dans une dizaine d’années ???

    • Mais, chère Madame, cette honte, nous la traînons depuis 50 ans, à l’époque où fut votée cette loi « Veil » que la droite bon chic bon genre ne préféra pas combattre. Ah ! voilà l’union des droites…. honteuses. Mme Veil avait même admis que s’il y avait une véritable opposition contre ce texte qu’elle prétendait « circonscrit » et « exceptionnel », elle renoncerait à le faire voter. Et bien, on voit le résultat de cette lâcheté.

    • Justement non, à l’heure actuelle nous n’avons pas le droit de décider, à moins de nous suicider d’une manière violente ou/et douloureuse.
      Cette loi propose de rendre chacun propriétaire de sa vie et libre de ses choix. Si on est dans un état désespéré et que l’on souffre sans espoir de s’en sortir, il me semble que le droit à mourir est un principe de base dans une société humaine.
      Actuellement nous refusons aux humains ce que l’on accorde par pitié à nos animaux domestiques qui souffrent.

      • ça fait du bien de vous lire, un peu d’humanité au milieu de ce déversement de haine contre ceux qui veulent pouvoir être maître de leur vie, la mort étant la dernière étape de celle-ci

  12. L’euthanasie devrait être laissé à la discrétion du personnel des soins palliatifs si demande du patient et non d’une assemblée qui n’obéit aux désidératas économiques de la SS, autant de gens euthanasiés autant de retraites et de soins économisés
    Je trouve cette idée au même niveau que du temps d’Hitler, éliminer les bouches inutiles

    • Oui, ça relève du « crime contre l’Humanité » ! Mê,e « la discrétion du personnel soignant ne devrait pas être prise en compte. Seule la demande, ou l’anticipation de la demande du patient en cas de maladie incurable et de grande souffrance devrait être prise en compte.

      • C’est un peu court comme raisonnement Antisystème et Michel Cro.
        Pour commencer, cette proposition de loi est de la pure idéologie, mortifère, encouragée par le Grand Orient (rappelez-vous que M. Caillavet, grand maître fut l’un des dirigeants de l’Association pour l’aide à mourir « dans la dignité »). Et puis, ce qui est plus grave, cette proposition de loi porte atteinte à l’un des fondements essentiels de la loi naturelle, celle du respect de la vie jusqu’à son terme. Après, on peut parler de la Sécurité sociale et de Hitler, mais que dans un deuxième temps.

    • C’est exactement ce que propose cette loi que vous n’avez pas lu visiblement.
      Il est légalement prévu demande expresse du patient ou de proches légalement autorisés si le patient n’est pas en état, et appréciation collégiale des médecins en fonction de la gravité de l’état de la personne.

      • J’ai lu la proposition de loi in extenso telle qu’adoptée par l’assemblée nationale , Reney, et j’ai, pour vérifier ce que j’en ai lu, examiné ce qu’en écrit l’association « centre européen du droit et de la justice », dirigée par M. Puppinck. Je vous invite à accéder au site internet de cette association et vous comprendrez très vite que votre remarque sur le consentement à mourir est d’une grande naïveté, je le regrette. Mais je ne doute pas que vous chercherez à mieux vous informer. En tout cas, Mme Bridier a écrit ici un bon commentaire et s’est comportée en journaliste.

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