Qatargate : opération coup d’éponge ! Circulez…

Trois ans après la saisie des valises de billets propriétés d'élus PS au Parlement européen, le procès prend l'eau...
KAILI

Ah, les bons apôtres. Ils n’ont rien fait. Innocents comme l’agneau, on vous dit. Vous vous souvenez du Qatargate ? C’était il y a trois ans pile. Une histoire rocambolesque, tellement révélatrice de ce qu’est l’Union européenne qu’elle ne pouvait pas demeurer en version originale. Elle a entamé sa mutation ; autant dire qu’on l’efface doucement. Opération coup d’éponge. Dormez, bonne gens ! Qu’on se le dise : le 9 décembre 2023, c’est simple, il ne s’est rien passé ! « Quelle que soit la décision de la Justice belge, on se demande pourquoi avoir déployé tant de moyens pour valider la thèse d’un réseau qui a pourtant toujours paru fragile », écrit Jean Quatremer, grand spécialiste de l’UE, dans un long article de Libération du 9 décembre 2025.

On aurait donc rêvé. À ce stade, un petit rappel des faits s’impose. Au printemps 2022, écrivions-nous dans BV, le 12 janvier 2023, une équipe de la Sûreté de l’État belge fait une irruption discrète au domicile de Pier Antonio Panzeri, 67 ans, député européen de 2004 à 2019, président de la sous-commission des droits de l’homme du Parlement européen (2017-2019) et membre du parti européen S&D (Socialistes et Démocrates). Les policiers belges ouvrent des yeux ronds. « Sous le lit de la chambre, une valise de voyage noire à roulettes, révélait le grand quotidien belge Le SoirLorsque les agents ouvrent la fermeture Éclair™, ils trouvent quatre paquets emballés dans un sac en plastique rouge C&A et un cabas en plastique de l’enseigne Carrefour. Les colis contiennent pas moins de 7.601 billets de 50 euros, l’ensemble valant 380.050 euros. » Un peu plus loin, dans la garde-robe de Panzeri, un coffre-fort à serrure numérique recèle 320.000 euros supplémentaires. « Les agents photographient le magot et quittent les lieux, rien ne trahit leur visite inopinée. »

La vertu proclamée l’UE fait alors rire le monde entier

La police et l’enquête prendront leur temps. Le 9 décembre 2022, donc, « l’eurodéputée grecque Éva Kaïlí [en illustration, NDLR], alors vice-présidente du Parlement européen, est interpellée à son domicile bruxellois avec 150.000 euros cachés en petites coupures dans des bagages à main et des sacs de voyage, écrit le site Toute l’Europe, peu suspect de sentiments perfides envers l'UE. Son père, qu'elle a averti quelques instants plus tôt, est intercepté avec près de 500.000 euros alors qu'il tente de prendre la fuite. En tout, 1,5 million d'euros sont saisis ce jour-là par la police fédérale belge à l'occasion de 16 perquisitions. » Toute une bande très proche du PS européen tombe. Les soupçons de corruption et de conflits d’intérêts se bousculent, tout paraît noir sur blanc dans la presse officielle belge. La vertu proclamée de l’UE fait alors rire le monde entier. L’UE, à laquelle la France verse des milliards. L’UE, qui condamne Marine Le Pen parce que ses attachés parlementaires auraient travaillé pour la France ! L’UE qui tire l’oreille de Donald Trump, de Vance et de Musk. L’UE révèle, ce jour-là, une incroyable corruption venue, dit-on, de nos amis du Qatar et du Maroc. Une affaire explosive peut-être un peu trop voyante ?

Au fond, le problème est simple. Comme l’écrit Libé, « l’affaire fait le bonheur des critiques des institutions européennes et des europhobes ». Donc, il faut en finir avec « l’affaire ». Le système contre-attaque. L’UE s’occupe de poser un édredon épais sur cet épisode hénaurme.

Le ton change très vite. On perçoit des bruits étranges. Des doutes, des suspicions, des démissions suspectes remplacent peu à peu l’horreur de la corruption. Aujourd’hui, la chambre d’accusation de la cour d’appel de Bruxelles débat de la légalité de cette enquête ! Les éléments présentés comme troublants laissent pantois : les enquêteurs belges auraient contacté en amont de la révélation des journalistes de Knack et du Soir, les deux grands journaux belges, qui ont révélé le coup de filet. Et, donc ? Donc, ce n’est pas bien. Pire que de courir avec des sacs de billets ? Des comptes rendus de réunion n’ont pas été rédigés. Bon. Des articles ont été relus par la police avant parution. Très très grave, bien sûr. La presse publie une photo d’illustration mise en scène présentant des sacs de billets ostensiblement siglés de l’Office central pour la répression de la corruption (OCRC) : pas de tromperie volontaire. Mais c’est louche, non ? Bien plus que le million et demi d’euros saisi par la police, on est d’accord.

Noyer le poisson

En 2023, le juge d’instruction Olivier Anciaux ouvre une enquête confiée à l’Inspection générale de la police fédérale. Elle porte sur… l’origine des fuites dans la presse ! Cette fois, c’est clair. Les suspects ne sont plus les porteurs de valises de billets. L'enquête traînait lamentablement ? Elle accélère. Les perquisitions se multiplient soudain chez… les policiers chargés de l’enquête ! Hugues Tasiaux, le patron de l’OCRC, est interpellé et placé sous contrôle judiciaire. Son adjoint est mis en garde à vue et auditionné.

Le fond du dossier part en eau de boudin. Selon Libé, on n’a pas réussi à mettre au jour une « organisation criminelle » ! Non ! « Les dossiers ouverts sur les personnalités marocaines et qataries qui auraient livré des fonds à Panzeri ont été classés, constate Jean Quatremer. Leur provenance reste indéterminée. » Ça, alors ! L’excellent Quatremer (sans doute l’un des meilleurs observateurs de l’Europe) ajoute que « les Justices grecque et italienne ont classé les poursuites ouvertes contre leurs ressortissants, faute de preuves fournies par la Belgique ». Tiens, donc ! Les magistrats ont été éparpillés et mutés. Fraude fiscale, blanchiment d’argent : pris la main dans le sac, les suspects tissent des mensonges complexes, nouent et dénouent des scenarii contradictoires et fumeux autour de l’origine de leurs valises de billets. On les prend très au sérieux, on fait semblant d’y croire, on noie le poisson.

Mais alors, pourquoi les policiers belges ont-ils monté toute cette histoire. Le chef de l’office anti-corruption cherchait la lumière, c’est tout. Répétez après moi : il ne s’est rien passé, le 9 décembre 2023. Rien du tout. Et dépêchez-vous d'oublier le Qatargate !

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Marc Baudriller
Directeur adjoint de la rédaction de BV, éditorialiste

Vos commentaires

67 commentaires

  1. Si ces sommes ont été confisquées(?),elles leur seront sûrement restituées faute de condamnation et je ne serai pas étonné que pour mieux manifester leur « innocence »,ils demandent des intérêts de retard,voire des dommages et intérêts pour accusations mensongères! Les américains et les russes ne devraient pas se donner tant de mal pour affaiblir l’Europe: elle s’autodétruit toute seule..

  2. Par Bruxelles , siège de l’UE, transitent d’énormes sommes chaque année. Des sommes pratiquement incontrôlables car systématiquement incontrôlées. La tentation est grande de mettre les mains en plein dans les pots à confiture. Combien de scandales étouffés ? Au moins celui mis en avant par cet épisode. Serait-ce l’arbre qui cache la forêt ?

  3. l’Europe est plus gangrené par la corruption que l’Ukraine
    Mais jamais au grand jamais on n’oserait toucher quelqu’un de gauche
    Et après on se permet de donner des leçons
    Tu m’étonnes que la France et l’Europe n’ont aucune crédibilité

  4. C’est pourtant une évidence , si l’Union européenne actuelle n’est pas dissoute d’une manière ou d’une autre , nous citoyens européens finiront par n’être que des esclaves numérisés .

  5. Et l’Union européenne serait la seule touchée ?
    Et aucun responsable politique d’un des pays membres n’aurait de connexion avec ces affaires ?
    Supposeraient-ils que le fait de ne pas en parler nous rendrait trop ignares pour le supposer ?
    Mais messieurs, si ma tante en avait… je n’aurais pas de cousins.

  6. D’abord , de quel droit la police belge s’est -elle permise de se mêler de ce qui n’est pas une affaire puisqu’il ne peut s’agir que des économies de personnes au dessus de tout soupçon, qui font tout pour nous …
    Il faut être complotiste pour imaginer de la corruption chez dessus personnes aussi respectables…
    Ou bien , être simplement lucides…

    • C’était de l’argent destiné aux « Restos du Coeur » et à d’autres organismes de charité. Arrêtez sales complotistes de voir le mal partout…

  7. Ils sont riches, ils sont très bien payés, ils ont des avantages fiscaux inouïs ; mais ils sont corrompus, ils trichent sur le contrôle des changes, ils font de l’évasion fiscale. Il leur en faut toujours plus – ET – ils nous gouvernent ! Si le RN arrive au pouvoir il faudra une confrontation grave avec l’UE pour retrouver de la souveraineté vis à vis de ces gens-là. Sinon, Frexit.

    • Effectivement il ne reste plus qu’à la France qu’à quitté l’Europe afin de retrouver son indépendance et peut-être un peu moins de corruption

  8. La coupe est pleine. Le FREXIT est désormais URGENT, sinon VITAL. Cette UE nous coûte un bras, ruine notre agriculture, nous mène à la guerre et elle est pourrie. Corruption, détournements de fonds (on en est on de l’affaire Mogherini ?) trafic d’influence, collusion avec le régime mafieux de l’Ukraine, etc.

  9. Cela me rapelle une fable de La Fontaine qui parle du roi lion et autres nobles qui avouent avoir manger des humains et l’âne qui dit avoir manger le chardon dans le champ du voisin et toute la cour du roi ensemble « C’est lui le coupable, il faut le punir ». Sarkosy est l’âne de la fable !!!
    Et la gauche de nous dire : « Silence les gueux pour qui vous prenez vous » !!!

  10. comme l’affaire Van der layen sur Pfizer, circulez il n’y a rien à savoir. Il en sera de même pour la corruption en Ukraine

  11. Monsieur Baudriller , vous citez l’affaire en précisant les chiffres de façon très précise et détaillée , alors que les juges chargés de l’affaire ont été dans l’à peu prêt et le relativisme .
    Pourtant ils sont les garants de l’état de droit et d’une institution autrement technocratique qui se revendique de laisser peu de place au doute et à la littérature et là c’est un mauvais roman de série B qu’ils nous ont pondu .

  12. Le Pen, Bardella et Sarkosy coupables sans preuves, mais les socialos pas de souci pour eux. On continue jusqu’à quand ???

    • Jusqu’à ce que les principaux intéressés se défendent eux même, et un peu mieux parce que je trouve qu’ils sont un peu trop en retrait . C’est peut être parce que les politiques se tiennent tous par la barbichette et qu’ils ont tous des dossiers les uns sur les autres ?

    • C’est pas fini!…Tous ceux qui se présenteront et qui ne sont pas dans le camps du « bien » seront…éliminés…

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