Prêt de la tapisserie de Bayeux : une folie à 917 millions d’euros !
Il se pourrait que ce chef-d’œuvre de 1.000 ans d’âge ne survive pas au passage de la Manche. Qu’importe, nous dit-on : la tapisserie de Bayeux est assurée pour 917 millions d’euros !
C’est le fait du prince dans toute sa bêtise ; l’apothéose du narcissisme et du mépris de classe. Qu’importent l’avis des experts, les mises en garde affolées des gardiens de la mémoire, qu’importent les Français et leurs pétitions, Emmanuel Macron n’en a que faire. Il veut, il exige : z’avez qu’à, y faut qu’on, j’ai dit. Alors, débrouillez-vous !
Quand le roitelet de l’Élysée se croit le propriétaire de l’Histoire
Le 8 juillet dernier, Emmanuel Macron annonçait en grande pompe le prêt historique de cet incroyable chef-d’œuvre qui retrace, brodés au fil de laine sur une toile de lin de 70 mètres de long sur 50 cm de hauteur, les épisodes de la conquête du trône d’Angleterre par Guillaume, duc de Normandie, lors de sa victoire à la bataille d’Hastings en 1066. Aujourd’hui inscrite au registre « Mémoire du monde » de l’UNESCO, la tapisserie (nul ne le conteste) est un héritage commun à nos deux pays. Le prêt est présenté de part et d’autre comme une occasion d’accroître sa notoriété. On a compris depuis longtemps combien l’Histoire est instrumentalisée au profit de l’économie.
D’une extrême fragilité, la tapisserie n’a été exposée que deux fois hors de Bayeux, où elle est conservée. La première fois en 1803, à la demande de Napoléon Bonaparte qui voulait la montrer aux Parisiens, la seconde en 1945 où elle fut présentée au Louvre, en hommage aux troupes de la Libération. C’est en janvier 2018, lors du sommet franco-britannique de Sandhurst, qu’Emmanuel Macron a fait part de sa volonté de prêter ce monument de l’art médiéval aux Anglais. Promesse renouvelée au roi Charles III, mise en scène avec toute la pompe requise, lors du voyage d’État du couple présidentiel en juillet 2025. C’est alors que les protestations ont commencé à s’élever, particulièrement dans le monde de l’art.
Le mépris absolu du pouvoir absolu
David Rykner, directeur de La Tribune de l’Art, lançait une pétition. Malgré les vacances et les tumultes d’une rentrée politique ultra-mouvementée, elle avait recueilli, à la mi-septembre, plus de 73.000 signatures. « La tapisserie de Bayeux est une œuvre unique. Sans équivalent, même pas la Joconde, dont il existe plusieurs tableaux. La prêter contre l’avis de tous les spécialistes est un nouveau coup dur. Je ne comprends pas, d'ailleurs, que le British Museum accepte ce transfert, si risqué. C'est hallucinant. Des Anglais devraient signer cette pétition », écrivait-il alors. Qu’importe. La tapisserie était décrochée en catimini le 18 septembre et entreposée dans les réserves d’un autre musée de Bayeux, un lieu tenu secret, en attendant de trouver le moyen de l’expédier de l’autre côté du Channel.
Plus qu’inquiets, les experts se sont penchés, loupe à la main, sur cette broderie hors normes. La recension est alarmante : les huit conservatrices-restauratrices ont relevé « 24.204 taches, 1.445 plis, 9.646 manques dans la toile ou les broderies, 30 déchirures non stabilisées et une fragilisation plus importante des premiers mètres de l’œuvre ». En 2021, déjà, la direction régionale des affaires culturelles (DRAC) de Normandie assurait que « l'œuvre n'était pas transportable avant d'être restaurée ». Propos renouvelés en 2023 par la conservatrice des textiles patrimoniaux, lors d’une conférence de presse : « L'état structurel de la toile est très fragile et vraiment préoccupant, ce qui rend toute manipulation extrêmement délicate. »
Pas grave, elle est assurée !
Si l’affaire rebondit, c’est parce que le peintre britannique David Hockney, grand amoureux de la France et de la Normandie, vient de pousser un coup de gueule. Interviewé par The Independent le 14 janvier, il n’hésite pas à parler de « folie ». « Pourquoi un musée londonien qui se targue de conserver et de préserver les grandes œuvres d'art veut-il jouer avec la survie de l'image artistique la plus importante d'Europe par sa taille ? », demande-t-il. La réponse du British Museum laisse pantois. Dans un communiqué à l’AFP, son directeur met en avant la grande expertise de ses équipes - ce dont on ne doute pas. Toutefois, lorsqu’il explique que « l'institution reçoit et envoie chaque année des milliers d'œuvres plus anciennes que la tapisserie de Bayeux, et que leur état et leur sécurité sont toujours d'une importance capitale », on est tenté de lui rappeler – outre l’âge – les dimensions hors normes de la tapisserie de Bayeux. Ce n’est pas un vase Ming ou une statuette préhistorique !
Enfin (plus scandaleux), on oppose aux détracteurs l’argument de l’assurance : pour exposer la tapisserie de Bayeux de septembre 2026 à fin 2027, les Britanniques devront s’acquitter d’une prime de 917 millions d’euros. Colossale pour le contribuable, cette facture n’est hélas en rien une garantie de l’intégrité de l’œuvre. Si, à Dieu ne plaise, elle revient en poussière de ce long voyage, deux millions ou dix milliards n’y feront rien. Elle sera perdue pour l'humanité !
Pour ne rien rater
Les plus lus du jour
Popular Posts



































63 commentaires
Encore une fois, j’y vois la volonté de Macron, tout Président de la République Française qu’il est, de nuire à la France. Jamais on a eu en France un président si peu soucieux de ses intérêts. Quelque part, il doit prendre plaisir à nous nuire. C’est une maladie,non ?
Je trouve le geste de Macron déplorable, typique d’une personne stupide et mégalomane. Inutile de s’y attarder. Mais je crois fermement que des lois, des réglementations, sont nécessaires pour empêcher ces imbéciles de faire ce qui leur plaît. Par ailleurs, nous reconnaissons tous l’immense importance de la Tapisserie de Bayeux, mais la considérer comme l’oeuvre d’art la plus importante d’Europe me paraît absurde.
Moi je conseillerais plutôt de visiter la patisserie de Bayeux, on y trouve d’excellents gateaux !
Aussi scandaleux que le remplacement des vitraux de NotreDame de Paris. Foutriquet dans ses basses œuvres.
Bien d’accord avec vous.