Pour Le Monde, le CAP cuisine est trop identitaire

La recette du wokisme ? Mettre de la morale dans tous les plats.
Photo de Vanessa Loring: www.pexels.com/
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Le critique gastronomique du Monde a passé son CAP cuisine et a été reçu avec mention : bravo à lui ! Il n’en jugera que mieux ce qu’il goûtera. Sa relation d’une année apprentissage mérite l’attention, tant elle est noyée dans la sauce woke. Pour lui, cette formation « est en décalage avec les tendances gastronomiques ainsi que les enjeux environnementaux et humains contemporains ».

Une cuillerée de moraline

Notre apprenti maître queux juge ainsi « problématique » « le rapport à la saisonnalité et au local ». Traumatisme : il a dû préparer une salade estivale en hiver. Certes, mais comme lui explique un autre étudiant, la formation a lieu de septembre à avril. Le rythme scolaire est différent de celui de la vie réelle, grande découverte ! Bien obligé, donc, de transgresser cette règle chère à toutes les bonnes ménagères, à la France d’avant la société de consommation, et qui consiste à manger en leur temps les fruits et les légumes.

Autre constat : « Le gaspillage alimentaire est malheureusement de mise. » Le tournage des légumes, par exemple — leur façonnage —, révèle un « rapport maniaque au végétal » et « occasionne des monceaux de déchets dont la valorisation, dans un fond de sauce, par exemple, nécessite réflexion et organisation ». En ce domaine, souvenons-nous que « l’art d’accommoder les restes » est, depuis toujours, une subdivision de la gastronomie française. Ici, notre Taillevent en culotte courte admet d'ailleurs que les déchets sont réutilisés en sauce. Hélas, « l’enseignement de la pâtisserie n’est pas plus vertueux ». Quel esprit tourmenté faut-il être pour incorporer de la morale dans la pâte à choux ?

La mousseline de nos aïeux

Amuse-gueule, que ces reproches. Il y a plus grave, dans le CAP cuisine. Celui-ci n’est pas en adéquation avec l’époque. À l’heure du triomphe de la pizza, du burger et du kebab, « la mystérieuse mousseline de merlan arlequin » a paru à notre Curnonsky au petit pied un plat d’un autre temps. Une nostalgie périmée. Un archaïsme suspect. Or, rien qu’en lire la recette fait saliver et montre un art culinaire à son sommet. Curieux homme, au demeurant journaliste gastronomique, qui a eu la chance de découvrir comment préparer cette mousseline et qui… crache dedans.

Autre décalage, à l’heure du véganisme et du flexitarisme, « les plats contiennent quasiment toujours une protéine animale ». Telle est notre identité culinaire, et tel est, au fond, le problème, pour Le Monde : « Les recettes abordées sont centrées sur le patrimoine français métropolitain. » Et de regretter l’absence, au programme du CAP, du colombo et du rougail, de références italiennes, japonaises, africaines… puisque « les pâtes ou le couscous sont aujourd’hui enracinés dans nos cuisines ». Cet enracinement-là est loué. Celui de la mousseline de merlan arlequin, en revanche, est coupable.

« Blanchité alimentaire »

Ce n’est pas d’aujourd’hui que la cuisine française est visée par le wokisme. En 2021, une chercheuse du CNRS expliquait que la « blanchité alimentaire » participe à « renforcer la blanchité comme identité raciale dominante ». Plus récemment, une prof de Boston s’en est prise au guide Michelin : « Malgré un mouvement de décolonisation de l’alimentation en repensant l’héritage colonial du pouvoir et les modes d’alimentation extractifs [sic], Michelin a tiré sa réputation exceptionnelle principalement de l’évaluation de la cuisine métropolitaine européenne. » Le Michelin s’est mis au vegan en 2021, mais le principe, en matière de wokisme, est qu’on ne donne jamais assez de gages.

La gastronomie française est l’héritière de trois cuisines : cuisine bourgeoise, cuisine des domestiques, cuisine paysanne, chacune ayant ses particularités régionales. Une identité issue d’une authentique mixité, mais… trop blanche, trop franco-française. Le jour où le CAP cuisine consistera à préparer des tacos, des fajitas et des cornes de gazelle, la dilution de notre identité aura fait un grand pas et Le Monde frétillera des papilles.

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Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

72 commentaires

  1. Un C.A.P de cuisine en 1976 à Bourg Saint Maurice: Allumettes au fromage; à suivre pommes sautées à crus escalope milanaise et pour finir tarte aux pommes. Je l’ai eu largement. Maintenant, pour avoir son C.A.P il faut tout simplement une bonne paire de ciseaux pour ouvrir les paquets de bouffe !

  2. Personnellement je refuse de manger un kebab. Les rares fois où on mange un couscous, on fait un couscous gaulois. C’est un couscous avec des saucisses et des côtes de porc. L’harissa est remplacée par du Tabasco.
    Je n’ai jamais entendu parlé de la mousseline de merlan arlequin, mais j’aimerais bien goûter à ça.

  3. Franchement, c’est à mourir de rire tant c’est ridicule. Il est bien normal que le CAP cuisine en FRANCE corresponde à la cuisine FRANCAISE et non à la cuisine exotique. A chaque pays sa tambouille !!!! non ? Non seulement les touristes viennent en France pour notre Histoire et notre Architecture mais aussi pour notre Cuisine qui est faite avec nos propres produits et il en est de même pour chaque pays. On va ailleurs pour apprendre et s’émerveiller de leur histoire, de leurs coutumes, de leur cuisine etc….. sinon pourquoi voyager ?

  4. L’identité bretonne c’est mal. L’identité malienne c’est bien. L’identité bourguignonne c’est mal. L’identité algérienne c’est bien. L’identité alsacienne c’est mal. L’identité kosovarde c’est bien.
    Voilà, c’est facile le gaucho-wokisme !

  5. Ce n’est pas le rapport à la saisonnalité et au local qui est problèmatique, mais la farine d’insectes, la disparition de la viande et l’accord Mercosur, qui va nous envahir de nourriture trafiquée, et que veut nous imposer Bruxelles !

    • C’est pas faux, !!! Mais bon éviter quand même les fruits et légumes hors saison qui viennent de je ne sais où et pas gouteux

  6. Ah! vous pensez bien que la la cuisine à base de viande et de cochonnaille, ça déplaît à la bien pensance relayé par la presse aux ordres. Tout est bon pour cracher dans la soupe

    • Il à passé le CAP en 1 an ,c’est quoi ce diplôme, j’ai fait 1 an de pré apprentissage, 2 ans d’apprentissage il as pas du faire grand chose et son maitre d’apprentissage un copain sans doute ,pour moi diplôme ,expérience et savoir faire sans valeurs ,tout comme ses critiques certainement

  7. Contrairement à ce qu’affirme cette prof de Boston, le Michelin a depuis longtemps viré woke. Cela fait bien longtemps que ce guide fait pression sur les plus grands chefs français pour supprimer la cuisine française de leur carte. S’il ne s’était pas agi de Bocuse Michelin rêvait de lui retirer sa 3ème étoile plusieurs années avant sa disparition pour cause de trop grand classicisme. Le guide rouge (maintenant dans tous les sens du terme) a donc réalisé son rêve après le décès de Monsieur Paul. Le retrait de la 3ème étoile de Georges Blanc cette année découle du même processus. Malgré des aspirations asiatiques sa cuisine était encore trop française au goût des détenteurs du bien culinaire. Le guide Michelin a du s’inspirer d’un autre petit livre rouge …

  8. Tiens, je viens de lire : « Une nourriture sans pesticides de préférence »… Comment est-ce possible avec la loi Duplomb ?

  9. Bref, pour satisfaire Le Monde, il ne nous reste plus qu’à nous ébaubir devant un couscous aux cancrelats…dont la recette, grâce à Dieu, n’existe pas encore !

  10. Si il fallait encore une preuve que tout Macron Mélanchon Tonnelier Rousseau and Co n’ont qu’un seul et même objectif : détruire la France, ses origines, sa culture, Etc

  11. Dans ce domaine comme dans d’autres, ah, que la vie serait plus sereine et les individus moins exités si les journalistes n’existaient pas, surtout quand ils racontent du n’importe quoi, ce qui arrive presque toujours.

  12. Vive la quenelle de brochet, le foie gras ,le steak tartare découpé a couteau, le bourguignon, le chevreuil , le sanglier , le cochon de lai rôti ,le lièvre à la royale, le bar en croute ,les rillettes de maquereau , la choucroute les tagines et tous les merveilleux desserts français voire allemands et autrichiens , les cuisines du monde m’ennuient

  13. Pour le Monde, une cuisine française trop identitaire ?
    A moins que ce ne soit « Le Monde » qui soit lui-même devenu trop « mondialiste » pour un titre de presse français.

    • pourquoi pas ! intermarché veut bien nous faire manger des cakes aux boulons……
      bilan, j’ai changé ….de crèmerie……

  14. Si l’on veut avoir une bonne santé, il faut manger varié, de la bonne viande achetée chez le boucher, des légumes et des fruits frais et cultivés localement, de préférence sans pesticides. Quand on voit à quel point certains jeunes, voire très jeunes, sont empâtés, on comprend ce qu’ils mangent. De plus ils ne font marcher ni leur cerveau ni leurs muscles à être tout le temps sur leur téléphone portable dernier cri.

    • Et pour les fruits et légumes suivre la saison tout simplement, jamais je ne mange de tomate après octobre et ce jusqu’à avril mai sinon c’est de la tomate sous serre et de toute façon d’un gout fade, comme fraises cerises et autres en hiver, c’est du bon sens mais en FRANCE on en a oublié la définition, heureusement mon grand père m’avait expliquée comment suivre les saisons et il avait un jardin et potager magnifiques !

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