[POINT DE VUE] L’affectation des professeurs : le gâchis des compétences !

On voudrait dégoûter les professeurs de l'enseignement qu'on ne s'y prendrait pas autrement.

Je voudrais, dans cet article, donner mon témoignage sur l'affectation des professeurs, notamment des professeurs agrégés. Le point de vue de Virginie Fontcalel, exprimé dans l'une de ses dernières chroniques, est non seulement véridique, mais il est en dessous de la réalité.

Affectations dans l'Éducation nationale : c'est l'ancienneté qui prime

Il faut connaître le mécanisme implacable des affectations, dans l'Éducation nationale. À l'exception des nominations dans les classes préparatoires aux grandes écoles, pour lesquelles l'inspection générale joue un rôle important, ou encore des postes à profil qui sont attribués par les recteurs – dans des conditions parfois opaques –, la grande majorité des professeurs sont affectés selon des règles technocratiques, qui ne prennent aucunement en compte leurs compétences ni leur expérience antérieure.

Les candidats à une mutation ou, pour les débutants, à une première affectation à l'issue de leur stage de titularisation doivent d'abord participer au « mouvement interacadémique », généralement fin novembre. S'ils ont la chance d'obtenir une académie qu'ils souhaitaient, ils n'ont fait qu'une partie d'un chemin dont ils ne connaissent pas l'issue. Ils doivent ensuite participer, en mars ou avril, au « mouvement intra-académique » dans l'académie où ils ont été affectés. Et là, c'est le saut dans l'inconnu.

Qu'ils soient ou non agrégés, ils sont affectés en fonction d'un barème où le critère principal est l'ancienneté. Lors de ce mouvement, le professeur n'est pas une personne, avec un parcours, une expérience, des compétences spécifiques, mais un NUMEN (Numéro d’identification de l’Éducation nationale) affublé d'un certain nombre de points au barème. On imagine mal, dans une entreprise privée, des recrutements qui se feraient selon de telles modalités.

Agrégés ou non, peu importe...

Sans doute un tel système a-t-il l'avantage d'être fondé sur des critères objectifs, mais la qualification du professeur, sa formation universitaire, son adéquation à tel ou tel poste ne sont en rien prises en compte. C'est une sorte de loterie où l'on perd plus souvent qu'on ne gagne. Les professeurs débutants, ayant un faible barème, sont le plus souvent affectés dans les académies les moins attractives et, pour la plupart d'entre eux, n'aspirent qu'à en sortir au plus vite.

De plus en plus de professeurs agrégés ont un doctorat, l'enseignement et la recherche étant intimement liés. Ils seraient certainement plus utiles dans des classes de lycée, notamment les classes d'examen, pour favoriser la transition entre les enseignements secondaire et supérieur. Vous rêvez ! Le ministère et les rectorats ne savent même pas qui, parmi ses personnels, est docteur et qui ne l'est pas. Quand ils le savent, ils n'en tiennent nullement compte. Faut-il s'étonner, dans ces conditions, que de plus en plus de professeurs soient en souffrance, estiment que leurs compétences sont gaspillées et finissent par quitter l'enseignement ?

Il faut savoir aussi que, dans beaucoup d'académies, les professeurs titulaires nommés sur zone de remplacement (TZR) sont souvent moins bien traités que les contractuels et passent après eux pour les affectations. En effet, pour « fidéliser » les contractuels, les rectorats leur attribuent de bons établissements à l'année, les titulaires étant affectés pour des remplacements de courte ou moyenne durée au fur et à mesure que des besoins apparaissent au cours de l'année. On voudrait dégoûter les professeurs de l'enseignement qu'on ne s'y prendrait pas autrement !

Bien sûr, les titres et les diplômes ne font pas nécessairement un bon professeur, mais un professeur qui ne maîtrise pas la matière qu'il doit enseigner à ses élèves peut-il les instruire efficacement ? Il serait temps que le ministère mette fin au gaspillage des compétences, qui est une des causes de la crise de l'enseignement et du manque d'attractivité du métier de professeur.

Picture of Philippe Kerlouan
Philippe Kerlouan
Chroniqueur à BV, écrivain, professeur en retraite

Vos commentaires

40 commentaires

  1. Quand on connaît la difficulté des épreuves de l’agrégation, le nombre d’années nécessaire pour maîtriser les matières au programme, le nombre d’années, la quantité de recherches exigés par une thèse, les conditions d’affectation sont en effet décourageantes. 10 ans d’étude acharnée pour être livré en pâture aux sauvageons ! Non merci, et c’est ainsi que les meilleurs esprits d’un pays vont voir ailleurs.

  2. nous sommes depuis 50 ans gouverner par des nullités mais depuis 9 ans l’élite des nuls a croire qu’ils font un concours

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Marc Baudriller et Boulevard Voltaire ⇦

Jean Bexon démonte les FAKE NEWS sur la mort de Quentin Deranque au micro de Christine Kelly
Jean Bexon sur Europe 1

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois