Notre-Dame de Paris : renaissance du point zéro, l’origine des routes de France

Ce repère symbolique, retiré après l’incendie de 2019, retrouve enfin sa place dans le pavé parisien.
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Partout en France, il existe des symboles discrets mais puissants, des repères que l’on foule sans y prêter attention et qui, pourtant, ont une importance cruciale. Le « point zéro » des routes de France, petit médaillon en laiton incrusté sur le parvis de Notre-Dame de Paris, est de ceux-là. Retiré après le terrible incendie de la cathédrale en 2019, il vient d’être réinstallé, ce 1er juillet 2025. Ce retour s’inscrit dans le cadre de la réouverture progressive de Notre-Dame et du réaménagement complet de son parvis. Ce chantier, d’apparence modeste, joue également un rôle symbolique dans le fonctionnement concret de notre pays.

La pose d’un médaillon en laiton sous un soleil de plomb

Sous un soleil de plomb, les ouvriers de la ville de Paris ont replacé, ce 1er juillet 2025, le médaillon là où il avait été posé en 1924, au centre du parvis rénové de Notre-Dame. Fabriquée par les métalliers du Centre de maintenance et d’aménagement urbain (CMA), la nouvelle plaque est une reproduction fidèle de l’ancienne, trop abîmée pour retrouver sa place. Néanmoins, cette dernière rejoindra prochainement les collections du musée Carnavalet, où elle pourra témoigner d’un chapitre de l’histoire de la Ville Lumière auprès de nombreux visiteurs.

D’apparence simple - une rose des vents en laiton enchâssée dans une dalle de pierre -, le point zéro est bien plus qu’un simple ornement urbain. Il constitue le centre à partir duquel sont calculées les distances entre Paris et toutes les villes de France, notamment pour les quatorze routes nationales rayonnant depuis la capitale. À la manière d’un compas, il donne un cap et une orientation. Pour les touristes comme pour les Parisiens, il est aussi un porte-bonheur : la tradition veut que celui qui pose le pied dessus reviendra un jour à Paris.

Un repère ancien né sous la monarchie

Cependant, l’existence du point zéro ne remonte pas à la simple fabrication de ce repère ancré dans le sol de Paris. En effet, il voit le jour sous le règne des rois de France. En 1769, par une lettre patente, Louis XV veut fixer officiellement un site bien précis comme point de départ de toutes les routes royales. On choisit alors un lieu symbolique et incontestable : le parvis de la cathédrale Notre-Dame de Paris, sur l’île de la Cité.

L’endroit n’est pas anodin. À l’époque médiévale, il accueillait déjà l’échelle de justice, une sorte de potence sur laquelle les condamnés faisaient amende honorable avant leur exécution ou leur bannissement. Ce lieu de l’expiation et du pardon devient ainsi, à la fin de l’Ancien Régime, celui de l’orientation géographique de tout le royaume de France par le remplacement de la potence par une borne symbolique. Ce point zéro ne prendra enfin sa forme finale de médaillon qu’en 1924, sous la IIIe République

L’un des plus beaux édifices du christianisme devint ainsi, que cela soit sous le régime de la république ou de la monarchie, le point de convergence des principales routes de notre pays. Si tous les chemins mènent à Rome, beaucoup d’autres mènent visiblement à Notre-Dame de Paris.

Une renaissance à l’image de Notre-Dame

Cependant, le médaillon en laiton de 1924 n’est pas toujours resté à sa place. En effet, de 1966 à 1972, il fut retiré dans le cadre de travaux d’urbanisme pour la construction d’un parking souterrain qui ne verra jamais le jour, suite à la découverte de précieuses structures gallo-romaines et médiévales dans les sous-sols de l’île de la Cité. Ces fouilles donneront naissance à la crypte archéologique du parvis, ouverte au public en 1980.

Remis en place après ce chantier, le point zéro garda son rôle jusqu’en avril 2019. Fragilisé après un siècle d’usure, il fut décidé qu’à l’image de la cathédrale, il recevrait une cure de jeunesse. Ce projet déboucha finalement sur la fabrication d’une réplique neuve, conforme aux plans d’origine.

Cette renaissance s’inscrit dans le projet de restauration de Notre-Dame. Ainsi, de la charpente à la flèche, du parvis au paratonnerre, c’est tout un pan du patrimoine français qui renaît de ses cendres dans les moindres détails.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

11 commentaires

  1. Espérons que personne vienne voler cette masse de laiton, en France maintenant on fait un peu c’qu’on veut quand-même.
    Et si l’extrême gauche prend la mairie de Paris ou l’Elysée, peut-être même que le point zéro sera déménagé place de la concorde en hommage à Robespierre.

  2. Une façon de remettre l’église au milieu du village … ou la cathédrale au milieu de la Cité et la France autour du christianisme ?

  3. Efficacité des employés municipaux parisiens, à 6 pour poser un petit médaillon !!!! Par une boite privée 2 ouvriers auraient été suffisant.

  4. Merci Mr de Mascureau. Votre article m’a fait remonter des souvenirs. La première fois où j’y suis allé sur ce point Zéro , c’était en Mai 1968. Et après, tous les ans j’y revenais pour suivre des stages de formation, et cela pendant 24 ans. J’ai appris à connaître et aimer Paris de cette époque là.

      • si « SAMU31 » officiait (comme son pseudo le laisse entrevoir) dans le médical, et compte tenu des incessantes modifications, règlements, dispositifs pondus par des directeurs et autres têtes pensantes tentant de justifier leurs émoluments, 24 ans de « mise à niveau des connaissances » apparaissent être le minimum.

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