Musée du Louvre : cambriolage, inondation, effondrement… à quand, l’incendie ?

Ce n’est pas le sort qui s’acharne sur le Louvre, plutôt le résultat de l'incurie de la direction et de l'État.
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Après le cambriolage des bijoux de la Couronne par des pieds nickelés, la menace d’effondrement de la galerie Campana et l’inondation de la bibliothèque des Antiquités égyptiennes, faute d’entretien des conduites d’eau, on peut maintenant craindre l’incendie dans « le plus grand musée du monde ». On découvre, d’ailleurs, que celui-ci a été évité de peu, l’inondation ayant atteint l’armoire électrique à l’étage inférieur…

Un petit coup de sèche-cheveux, et hop ! il n’y paraîtra plus

Ce n’est pas le sort qui s’acharne sur le Louvre. Non, c’est juste le résultat de l’incurie d’une direction et d’un État plus préoccupés de faire savoir que de savoir faire. Ainsi, après le rocambolesque vol des joyaux de la France par Aboulaye N., alias Doudou Cross Bitume, et ses copains, et après la fermeture des salles de la galerie Campana, côté Cour carrée, ce sont les livres de la bibliothèque des Antiquités égyptiennes qui ont trinqué. Ce sont près de 400 volumes, dont des comptes rendus de fouilles anciennes, qui, le 26 novembre dernier, auraient été inondés, leurs reliures irrémédiablement endommagées par la fuite d’une conduite d’eaux sales.

Le musée minimise : ce ne sont pas des livres rares, dit au Parisien Francis Steinbock, l’administrateur général adjoint. Ce sont des « revues d’égyptologie » et de « documentation scientifique » utilisées par les chercheurs. Des ouvrages reliés qui datent de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, précise-t-il. Et de rassurer : « Aucun ouvrage patrimonial n’est concerné par ce dégât » et, donc, « à ce stade, nous n’avons pas de pertes irrémédiables et définitives sur ces collections ». Le remède ? Un petit coup de sèche-cheveux, et hop ! on n’en parlera plus : « Ils vont sécher, on va les envoyer chez le relieur pour les remettre en état, puis ils seront remis sur étagère. » Bref, circulez, bonnes gens, tout va bien !

Qu’on se le dise : l’erreur est humaine. Très décontracté, monsieur l’administrateur explique que la fuite dans le réseau hydraulique qui alimente les équipements de chauffage et de ventilation de la bibliothèque est « due à l’ouverture par erreur d’une vanne de ce système qui a provoqué une fuite d’une canalisation au plafond de l’une des salles ». La faute à pas de chance, en somme, car ce réseau hydraulique « en obsolescence totale » est coupé depuis plusieurs mois. Comment se fait-il, alors, qu’un quidam soit allé ouvrir les vannes ? Mystère. C’est « extrêmement regrettable », dit l’administrateur, jurant qu’on allait « renforcer les sécurités de manière à éviter toute erreur humaine ».

Les personnels, « dernier rempart avant l'effondrement » ?

À lire l’excellent article de Didier Rykner, dans La Tribune de l’Art, on comprend que la réalité est tout autre. Pour le journaliste, cette inondation était « parfaitement prévisible », et quand bien même on essaierait de trouver un lampiste pour porter le chapeau, la responsabilité en revient à la direction du musée, et tout particulièrement à l’administrateur Francis Steinbock. La Tribune de l'Art liste ses refus successifs de débloquer des crédits pour déménager ou, au minimum, protéger efficacement ces livres des inondations récurrentes dues au système obsolète. Et si les ouvrages rares ont cette fois-ci été épargnés, Didier Rykner souligne que ceux-ci sont aujourd’hui « placés sous des fenêtres et protégés seulement par du papier bulle ». Donc à la merci d’une pluie torrentielle… ou d’un monte-en-l’air ?

Surtout, l’article de La Tribune de l'Art souligne la proximité de la bibliothèque endommagée avec les bureaux de la direction générale, dans l’aile Mollien, rénovés, ceux-là, à prix d’or. Épinglés par la Cour des comptes dans son rapport de novembre 2024, les embellissements pour le confort de la direction et la réception des visiteurs de prestige (mobilier design, cuisine de chef, etc.) ont coûté 276.000 euros au contribuable. Tout cela au détriment des indispensables travaux de sécurisation du musée.

La conclusion du rapport, très critique pour l’institution, établissait que le projet grandiose porté par Emmanuel Macron, intitulé Louvre Nouvelle Renaissance – initialement prévu à hauteur de 800 millions et revu à 1,15 milliard d’euros –, a empêché tous les travaux de rénovation indispensables à la sécurité du Louvre. Un projet qui « n’est pas financé, et [il] n’a pas fait l’objet des études nécessaires », écrivait alors La Tribune de l'Art. Le rapport de la Cour des comptes relevait également la confusion entretenue entre deux projets initiaux : celui, indispensable, de la rénovation et de la sécurité, et celui de la Grande Colonnade, qui devrait repenser tous les accès au musée et porter le sceau d’Emmanuel Macron.

Si l’on a évité de peu l’effondrement des planchers dans le quadrilatère Sully, et de peu l’incendie derrière l’inondation, un autre fléau va malgré tout toucher le Louvre : un préavis de grève du personnel pour le 15 décembre. Lancée par la CFDT, la CGT et SUD, la grève reconductible a été votée à l’unanimité. Dans la lettre adressée à Rachida Dati, ministre de la Culture, les personnels du musée disent avoir « le sentiment aujourd’hui d’être le dernier rempart avant l'effondrement ». Ils réclament « une modification des projets portés par la direction afin de hiérarchiser et prioriser les travaux à venir en concentrant les moyens humains et financiers sur les urgences », soit « la remise en état du bâtiment, [la] protection du palais, de ses collections, de son public et de son personnel ».

Picture of Marie Delarue
Marie Delarue
Journaliste à BV, artiste

Vos commentaires

54 commentaires

  1. On privatise l’audio-visuel public et on pourra même construire un nouveau Versaille par an! Allez hop au placard les propagandistes qui se nourrissent de l’ignorance de ceux qui les regardent.

  2. Je crains que cette pagaille ne favorise le développement d’affaires comme celle qui impliquait M.Garel à la BNF il y a quelques années, des manuscrits volés et revendus…

    Il serait utile d’accéder au récolement des différentes collections, nous aurions probablement des surprises…

    • Le capitaine Blake, Sir Mortimer et Herr Grossgrabenstein devaient justement venir pour consulter les documents !

  3. Au point où on en est, un vol de sauterelles n’est pas à exclure. Le Louvre est à l’image de la France. Ça renferme des trésors fabuleux mais c’est vieux, pas entretenu et mal dirigé car on y préfère l’intérêt personnel au destin commun.

  4. Que des malheurs depuis 2017 notre Dame de Paris qui brule,le vol des joyaux de la reine maintenant la fuite d’eau l’arrivé massive de l’immigration et peut étre une guerre et le ponpon une dette de plus de 1350 milliards,chapeau l’artiste.

  5. Dès qu’il s’agit de technique, les journalistes se perdent! A moins que ce tableau électrique date d’avant 1970, il comporte des disjoncteurs différentiels qui coupent le courant à 30mA, soit en présence d’une goutte d’eau!
    Ensuite, pour la fausse manœuvre concernant une vanne qui aurait dû rester fermée, j’ai du mal à croire qu’au Musée du Louvre, les techniciens ne connaissent pas l’usage de consignations interdisant l’ouverture ou la fermeture d’une vanne condamnée…

  6. Grève à partir du 15 décembre, donc pendant les vacances de Noël. On n’a pas fini de voir des touristes français et étrangers clamant leur déception devant les caméras. Mais pour une fois, les revendications des syndicats semblent légitimes.

  7. Le temps des travaux ( 10 ans) Dati, Macron et Des Cars pensent au Louvre d’Abou Dabi . Actuellement l’une d’occupe éléments de langage pour mieux faire passer la pilule, l autre de détruire physiquement le louvre.. afin de devoir le fermer 10 ans..

  8. Une bonne enquête sur les responsabilités de tout ces cadres incompétents, quelques places à la Santé, et confiscation des biens !

  9. Le problème est que tous ces gens que l’on nomme « les Responsables » se moquent complètement des responsabilités auxquelles ils doivent répondre, tous sont des « planqués », grassement payés et, comme pour Radio France, ils/elles profitent du système.
    Dans le privé ils/elles seraient déjà viré(e)s !

  10. La réaction à ces négligences graves devrait être exemplaire : à partir de la date des divers audits qui n’ont pas été pris en compte il faut impliquer la responsabilité des dirigeants successifs…et tan-pis pour … »la république des copains » (si chère à macron) !

  11. Il va être temps de faire un grand ménage dans nos institutions, nos ministères et nos politiques, nous sommes envahis par des fonctionnaires grassement payés, mais bon a rien, des incompétents notoires

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