[MUNICIPALES] Des imams en campagne contre le RN

La communauté musulmane est sommée de faire bloc et voter contre le RN, lors des élections municipales.
@Cédric Sicot/Wikimedia Commons
@Cédric Sicot/Wikimedia Commons

Existe-t-il un « vote musulman » en France ? La question scandalise la gauche. Selon les tenants d’un universalisme béat, chaque individu s’exprimerait en tant que pur citoyen, « à titre individuel, et non communautaire », indifférent aux aspirations du groupe culturel auquel il appartient.

Une thèse battue en brèche à chaque élection. Nous venons d’en avoir un exemple à Nice, où un chef religieux a semblé indiquer à ses ouailles le bon bulletin de vote à insérer dans l’urne. « La mairie de Nice va basculer pour l’un ou pour l’autre [Éric Ciotti ou Christian Estrosi, NDLR] à un delta de 5.000 voix. 5.000 voix, c’est le quartier des Moulins, à l’ouest de Nice […] À nous d’être intelligents et de faire notre travail pour que la ville de Nice reste une très belle ville, où tout le monde ait sa place, sans discriminer qui que ce soit », a ainsi exhorté, en février dernier, un certain Otmane Aissaoui, recteur de la mosquée de Nice, affilié à Musulmans de France, héritière de la sulfureuse Union des organisations islamiques de France (UOIF).

« Cette ingérence communautaire et religieuse devrait indigner tout le monde et faire peur quant à l'emprise sur l'élection d’un maire d'une aussi grande ville !, a réagi l’ancien député européen Gilbert Collard. Nice, ville martyr, mérite mieux que cette propagande des Frères musulmans ! »

En fouillant un peu sur les réseaux sociaux, on découvre que Dominique Estrosi-Sassone, sénateur des Alpes-Maritimes et ex-épouse du maire actuel de Nice, a été invitée par le même Otmane Aissaoui, le 10 mars dernier, à l’occasion de la « rupture fraternelle du jeûne ». Quelques jours plus tôt, nos confrères de Frontières avaient publié une vidéo étonnante dans laquelle l’imam semblait promettre son soutien à M. Estrosi en échange, notamment, d’une priorité d’embauche donnée aux « jeunes dans nos quartiers difficiles »

Des prêches politiques

Ce discours à teneur électorale tenu par un imam est loin d’être le premier. Mardi 17 mars, la mosquée des Bleuets a appelé à faire barrage au candidat RN Franck Allisio à Marseille. « L’institut musulman des Bleuets appelle à une mobilisation massive contre l’extrême droite des habitants des quartiers populaires des XIIIe et XIVe arrondissements lors du second tour », a-t-il été inscrit dans un communiqué. Le même jour, à Villepinte, une autre incantation très politique a été prononcée dans un lieu de prière, provoquant le départ de certains fidèles, écœurés.

À Paris, les fidèles de la grande mosquée ne sont pas en reste. Le recteur de l’institution ne manque jamais une occasion d’appeler ses fidèles à la mobilisation. En juin 2024, Chems-Eddine Hafiz avait ouvertement appelé ses coreligionnaires à faire barrage au RN, lors des élections législatives. « Je m'adresse à tous mes concitoyens : pour l'amour de la France et de ses idéaux, ALLEZ VOTER. Dites NON à la haine », avait-il écrit. Un engagement public qu’il avait déjà pris lors des élections européennes.

Un vote ancré à gauche

Bien entendu, l’ensemble des Français de confession musulmane ne suivent pas servilement les consignes politiques de leurs chefs religieux. Certains votent au centre, une poignée à droite, et beaucoup ne votent pas du tout. Il reste néanmoins que les enquêtes indiquent une très nette préférence pour LFI. Un ancrage à l’extrême gauche qui ne se dément pas : lors du scrutin des européennes de 2024, 62 % des citoyens français musulmans qui s’étaient rendus aux urnes avaient voté pour La France insoumise, selon un sondage IFOP pour La Croix. Des résultats similaires à ceux du premier tour de l’élection présidentielle de 2022, qui avait vu 69 % des électeurs musulmans plébisciter Jean-Luc Mélenchon.

Ces voix sont-elles en mesure de faire basculer une élection, comme on semble le penser à Nice ? C’est sans doute l’ambition d’un Jean-Luc Mélenchon et la raison de son éloge d'une « France créolisée ». Alimenté par les flux migratoires et la natalité, le vote communautaire aura vraisemblablement un impact de plus en plus grand, à chaque scrutin, et l’élection présidentielle de 2027 ne fera pas exception.

Déjà, l’ancien député européen Karim Zeribi se frotte les mains : « Nous sommes 5 millions !, lançait-il, pas peu fier, à l’antenne d’une radio algérienne, l’été dernier. Si on se mobilise à 50 %, on pèse quasiment 10 % sur une élection présidentielle. Vous savez ce que c’est, 10 % ? C’est-à-dire que la communauté algérienne installée en France peut décider de qui est président de la République ! » Avis aux Français abstentionnistes qui souhaiteraient reprendre leur destin en main…

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Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

44 commentaires

  1. En Espagne , le gouvernement espagnol commence a s’inquiéter de l’influence des 1,2 million de binationaux marocains espagnols .
    Sur les élections et le pouvoir que pourrait avoir le gouvernement marocain. Qui les encourage a devenir parlementaires .
    Se pose la question sur la loyauté concernant les territoires de Mellia et Ceuta possession espagnole au maroc .

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