[LIVRE] « L’Occident », ce vestige d’un monde révolu

Post-occidental, le nouvel ordre international nous dessine un monde multipolaire auquel il faudra bien s'adapter.
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Que nous dit l'élection de Donald Trump de l’état du monde, de son ordre et de ses désordres, de ses équilibres et déséquilibres, de ses permanences et de ses évolutions ? Le géopolitologue Alexandre del Valle ne l’a pas mis par hasard au centre de son nouvel ouvrage, Le Nouvel Ordre post-occidental. Comment la guerre en Ukraine et le retour de Trump accélèrent la grande bascule géopolitique (Éditions L’Artilleur). Parce qu’il est un être hors du commun, véritable OVNI politique, et pour cela aussi fascinant qu’admiré ou détesté, mais surtout parce qu’il est aux manettes d’un pays dont la prééminence sur la scène internationale est aujourd’hui contestée pour la première fois depuis qu’elle est devenue la première puissance mondiale. Trump, nous montre l’auteur, est l’accélérateur d’une rupture majeure avec un ordre unipolaire, né de l’écroulement de la puissance soviétique qui avait, elle-même, entraîné la fin de la bipolarisation Est-Ouest.

La parenthèse refermée de la « fin de l’Histoire »

Cette domination sans partage de l’Oncle Sam, qui était aussi celle de ce qu’Alexandre del Valle nomme l’ordre international libéral (OIL), et que Francis Fukuyama pensait (à tort, on le constate aujourd’hui) pouvoir inscrire dans le temps long au nom d’une « fin de l’Histoire ». Trump comme accélérateur, donc, mais aussi acteur, et conscient du rôle qu’il joue volontairement, et du repositionnement des États-Unis qu’il opère dans un monde en mutation dont il a à l’évidence compris comment, pourquoi, et par la volonté de qui il change. Parce qu’il n’y a guère que le microcosme progressiste eurofédéraliste, celui de von der Leyen, Merz et Macron, pour cultiver, par presse subventionnée et surveillée interposée, le mythe d’une Europe-puissance et propagatrice d’un idéal admiré du monde entier. Occident, atlantisme, ordre international libéral… autant de vestiges d’un passé aujourd’hui contesté et qui se fissure de toutes parts. Le 20 Heures de France 2 ou de BFM TV peut bien nous raconter, chaque soir, la vision d’un conflit aux portes de l’Europe qui ne serait que l’affrontement entre un agresseur russe et un agressé ukrainien, l’analyse détaillée et documentée que nous en livre l’auteur en montre une tout autre dimension. L’histoire de la Rus’ de Kiev nous rappelle que ce conflit est presque une guerre civile entre frères de sang. La géopolitique nous rappelle qu’« Ukraine » signifie « marche », point de passage entre deux mondes, et en cela faille dans une tectonique des plaques qui voit se frotter l’euro-atlantisme et non plus la seule Russie mais les BRICS, où l’on trouve notamment aussi la Chine, l’Inde, l’Afrique du Sud, l’Égypte ou encore le Brésil. Au-delà de sanglants combats pour le Donbass se jouent la contestation du dollar comme référence monétaire mondiale, celle des organisations internationales nées depuis Yalta, celle encore de toute une pensée et d’une façon de penser occidentale, et celle bien sûr d’un ordre du monde dominé par l’Amérique puissance et ses satellites, européens au premier chef.

Les exigences d’un monde multipolaire

Au-delà des provocations propagandistes et grossièrement « va-t-en-guerristes » d’Emmanuel Macron sur l’air des Russes déboulant sur les Champs-Élysées, que nous annoncent vraiment les changements actuels ? Ce moment de rupture, que nous vivons aujourd’hui, est-il dangereux, annonciateur de catastrophes ? Faut-il en avoir peur ? Alexandre del Valle n’en disconvient pas. Dangereux, il l’est comme l’est toujours possiblement tout point de bascule, quand on sait ce que l’on perd sans pour autant savoir ce que l’on gagne. Quand les repères deviennent flous, les points d’ancrage flottants, les refuges hypothétiques. Oui, bien sûr, l’opposition Chine/USA ou les antagonismes internes aux États occidentaux entre, d’une part, les progressistes, immigrationnistes et autres fédéralistes et, de l’autre, les conservateurs, protectionnistes et souverainistes, sont potentiellement autant de germes conflictuels interétatiques, voire de guerres civiles. Mais notre moment est avant tout, nous confirme l’auteur, une sorte d’apocalypse, c’est-à-dire une révélation, le signe d’un changement auquel il nous appartient de nous adapter. Car ce monde multipolaire en gestation est aussi une chance pour les puissances moyennes, comme l’est aujourd’hui la France. Mais cette chance a ses exigences. Dans ce nouveau monde qu’esquisse Alexandre del Valle, il faut, pour exister et prospérer, retrouver le sens de la politique, le souci du bien commun, l’art de la diplomatie, le regard géopolitique et, surtout, la notion de qui nous sommes et l'amour d'une France que nous apprenons chaque jour à détester… Autant de défis pour lesquels nos gouvernants actuels n’ont à l’évidence pas ou si peu les qualités requises.

Vos commentaires

19 commentaires

  1. Je ne suis qu’un français, parmi tant d’autres. Je met bout à bout (à tort peut-être) les manquements américano-européens face aux russes. Les encouragements anglo-saxons à « soutenir » l’Ukraine, sans réfléchir. Les bénéfices qu’en ont tiré les USA en nous vendant leur gaz, puisque nous (européens) avions pris des mesures de sanction nous interdisant l’achat de gaz russe. Au final, les US ont « poussé » la Russie dans les bras de la Chine, alors que la Russie aurait pu faire partie de l’Europe (sous une forme à préciser). Demain « l’oncle Sam », lorsque la Chine s’attaquera réellement à la mer de Chine, découvrira que les russes ne s’y opposent pas, que l’Europe a été tellement affaiblie qu’elle ne compte plus. Nous serons revenu à une bi-polarité, essentiellement sur le Pacifique, mais les US, à trop vouloir dominer le monde, risquent de se sentir bien seuls…

  2. On connaît déjà tout ça, pour peu que l’on suive les bonnes personnes sur les medias alternatifs. Vous devriez surtout faire un article sur la Stratégie de Sécurité Nationale Américaine rendue publique il y a quelques jours. On y découvre de façon limpide la doctrine de Trump avec ses alliés et ses ennemis.
    Très intéressant.

  3. Oui. L’Occident a dominé le monde, scientifiquement, techniquement, économiquement et politiquement pendant deux siècles. C’est Terminé. Mais le monde multipolaire, cela ne signifie pas le Grand Mélange chez soi, la renonciation à toute spécificité territoriale et la condamnation des antagonismes de cultures et d’idéologies dans le Monde. Seule une minuscule « élite » occidentale de prétendus «éclairés », particulièrement en France, s’est pervertie dans l’Inintelligence d’une société totalitaire Mondialiste. Absolument pas en Chine, au Japon, en Russie, en Asie du Sud-Est, en Afrique Noire ni dans aucun pays musulman…Le commerce des marchandises oui , le grand mélange des humains non. Le Mondialisme est une idéologie perverse. La Mondialisation une réalité : la reconnaissance de la diversité des Mondes et de leurs nécessaires racines territoriales. L’Organisation des Nations Unies n’est pas l’Organisation des Nations Uniques.

  4. Nous vivons vraiment une période similaire à l’antiquité tardive. Le monde gréco-romain qui avait tout inventé
    et vivait de ses acquis technologiques mais sans conviction face à l’avenir avec la velléité des émergeants tout autour de ses frontières devenues poreuses.

  5. j’ai arrêté de lire là = « la vision d’un conflit aux portes de l’Europe qui ne serait que l’affrontement entre un agresseur russe et un agressé ukrainien ».
    Prions plutôt pour tous ces enfants du Donbass qui sont morts depuis plus de 20 ans (et cela continue), tués par des bombes souvent anti-personnelles, par le pays que veut défendre l’UE.

    • Oui, mais ne n’est pas avec le président français actuel que cela va se produire.
      il faut que nous ayons un président non inféodé à quelque pays que ce soit.

  6. L’U.E. a décidé d’appliquer l’article 122 des traités pour se dispenser de la règle de l’unanimité dans le cadre du « gel » des avoirs russes. Victor Orban a protesté : “Aujourd’hui, les Bruxellois franchissent le Rubicon. À midi, un vote par écrit aura lieu qui causera des dommages irréparables à l’Union.”

  7. Après la chute de l’URSS que personne n’a manqué, l’atteinte de ses limites par les USA est passée inaperçue. L’empire n’a pas assez de ressources pour continuer à s’étendre, d’autant plus que Vladimir Poutine a réussi à réorganiser l’économie de la fédération russe et que la Chine est depuis longtemps réveillée. Donald Trump essaie avec réalisme de replier son pays sur des positions qu’il est capable de tenir contre son « état profond » qui tente de continuer à se maintenir coûte que coûte en Europe. Celui-ci est financé par la bulle financière qui confisque artificiellement les richesses réelles produites par l’agriculture et l’industrie des pays qui en disposent encore.

  8. En temps de guerre le défaitisme est un crime. Partout dans le monde il y a des réactions salvatrices. Une fois libérée de Bruxelles la France et les autres pays d’Europe retrouveront leur génie si on nous rend notre liberté.. Elle a toujours fait ainsi depuis 2500 ans.

    • Certes, la première chose st d’être libéré de Brussel. Mais, ensuite, être libéré de gouvernants inféodés à d’autres pays. Et cela n’est pas gagné. peut être en nous retirant de l’OTAN, ce sera déjà un grand pas de gagné sur notre chemin vers la liberté.

  9. Des quatre dernières ligne de votre article un autre point de bascule a été, pour la France, le référendum de 2005 suivi par le traité de Lisbonne pour en faire la petite france.

  10. « retrouver le sens de la Politique, le souci du bien commun, l’art de la diplomatie, le regard géopolitique, et surtout la notion de qui nous sommes et l’amour d’une France que nous apprenons chaque jour à détester… » Les preuves de la détestation de la France nous sont données par son président, il donne toujours préférence à certains étrangers.

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